Le guide du panoramique
Par Martin Albert
12 mars 2000 / révisé le 11 septembre 2003

Il y a un fait très triste dans le monde du DVD depuis que monsieur Tout-Le-Monde a découvert la technologie : Le fait que celui-ci se fout éperdument du format original d'un film. C'est que monsieur Tout-Le-Monde a un téléviseur standard (presque carré) et il veut que l'image remplisse tout l'écran. Il a payé pour tout l'écran, pas seulement la moitié, alors il veut que ses DVD lui rapportent de son investissement. "Je veux plus d'image" dit-il à des gens comme moi qui prône la panoramique. Vous pouvez décrire les avantages du panoramique à ces gens autant que vous le voulez, mais ils vont continuer à s'en foutre. J'écris cet article au cas où je pourrais convertir quelques-uns de ces gens là et surtout qu'il ne faut pas laisser ces gens gagner leur point. Les réalisateurs ont décidé de tourner un film d'une telle façon, alors donnons-leur le respect de leur travail.

Mais pourquoi le panoramique?

Avant de discuter le panoramique sur DVD, nous devons tout d'abord discuter de l'origine du panoramique lui-même. Tout le monde s'est rendu compte un jour ou l'autre lorsque nous allons au cinéma que l'écran n'a pas la même proportion que notre téléviseur à la maison, mais cela n'a pas toujours été le cas. De la fin des années 1890 au début des années 50, les films étaient tournés avec un ratio de 1.33:1 (techniquement 1.37:1, mais reconnu comme 1.33:1). En d'autres mots le film était 1.33 plus large que haut. De nos jours, nous appelons cela 4:3 au lieu de 1.33:1 (hé oui... le format de notre TV).

Academy Standard (1.33:1)

Éventuellement, ce format sera connu sous le nom "Academy Standard" (quand il a été reconnu formellement par le 'Academy of Motion Picture Arts and Sciences' dans les années 30). Presque tous les films classiques de cette époque sont dans ce format.

    

En haut (G à D): "Casablanca" (1942) de Warner et "Sabrina" (1954) de Paramount
En bas (G à D): "All About Eve" (1950) de 20th Century Fox et "Summertime" (1946) de Lopert Films

    

Lorsque les studios veulent transférer un film de ces années-là sur DVD (ou laserdisc ou VHS), il n'y a de problème, car le film a la forme de votre TV. C'est certain, car il y a eu un moment où l'industrie devait choisi un format pour créer la télévision moderne et le 'National Television Standards Committee' (NTSC) a choisi le standard de l'Académie. Dès les années 50, il y avait tant de gens qui achetaient des télévisions et restaient chez eux que Hollywood avait un problème... personne ne venait voir de film. Quoi faire?

Hollywood a donc décidé de faire des choses que les gens n'avaient pas à la maison : le 3D, le son ambiophonique et le panoramique. Quelques-uns d'entre vous se souviennent sûrement des lunettes 3D (une lentille rouge et un autre bleu). Malheureusement (heureusement) les lunettes ont été mises de côté, mais le panoramique est là pour rester. En 1953, 20th Century Fox a introduit le monde au CinémaScope qui a été utilisé par plusieurs studios entre 1953 et 1967 pour éventuellement donner la place à Panavision (qui est encore utilisé aujourd'hui). Il y a deux formats "standardisés" de nos jours : le 'Academy Flat' (1.85:1) et 'Anamorphic Scope' (2.35:1). Il y a aussi des ratios moins utilisés tel que 1.66:1 et 2.20:1 (70mm), mais nous allons continuer notre discussion avec des formats plus communs.

Academy Flat (1.85:1)

Anamorphic Scope (2.35:1)

Dans le cas du 'Academy Flat', le film est 1.85 fois aussi large que haut. 'Anamorphic Scope' est encore plus large soit 2.35 fois large que haut. Quelques films familiers tournés dans le ratio 'Flat' inclus The English Patient, All the President's Men et The Birds. Les films 'Scope' incluent Star Wars, Apocalypse Now et Blade Runner. Voici des exemples :



En haut: Charade (1963) de Universal en Academy Flat (1.85:1).
En bas: "Forrest Gump" (1994) de Paramount en Anamorphic Scope (2.35:1).


Le panoramique offre au réalisateur de cadrer son film plus large pour inclure plus de détails, plus d'action. Ils aiment faire preuve de créativité avec l'image plus large… sinon ça ne donnerait rien de tourner de cette façon. John Carpenter, réalisateur de films tells Halloween et Starman dit qu'il dépense des fonds supplémentaires afin d'obtenir la présentation la plus large possible. Il dit que ceux qui regardent ses films en format plein écran lui font mal au cœur. Les réalisateurs sont bien conscients que regarder un film panoramique sur un écran de télévision peut être difficile surtout pour les gens qui ont des problèmes de vision. Mais ils savent aussi que la norme grandeur des téléviseurs standards d'aujourd'hui s'en va du 27 pouces à plus de 65 pouces. Carpenter y va d'un commentaire très cru en ajoutant que "les studios devraient inclure avec les DVD panoramiques un DVD pan-and-scan (plein écran) pour les idiots". Ouch!


    

Exemples de la présentation letterbox d'un film en 1.85:1
("That Thing You Do" (1986) de 20th Century Fox - gauche) et d'un film en 2.35:1
("Mummy Returns" (2001) de Universal - droite) sur une télévision standard (4x3).

Bien des gens disent "Heille c'est quoi ces barres noires... le film ne marche pas bien". Si ces personnes réalisaient ce qu'ils manquent en regardant des films en mode plein écran au lieu de leur version originale panoramique, ils changeraient peut-être d'avis. Voici quelques images pour montrer la différence entre un ratio en 2.35:1 (panoramique scope) et en 4:3 (plein écran). La première image par exemple montre une scène de dialogue du film Star Trek IV: The Voyage Home où l'actrice parle avec Spock et Kirk. Les amateurs du plein écran vont manquer les expressions de l'actrice et par après de Kirk. Il nous manque toujours un des deux personnages. La différence est frappante :

    

"Star Trek IV: The Voyage Home" (1986) de Paramount

    

"Grease" (1978) de Paramount

    

"October Sky" (1999) de Universal

    

"Star Wars : Episode II" (2002) de 20th Century Fox

    

"Mask Of Zorro" (1998) de Columbia TriStar

    

"Sleeping Beauty" (1959) de Disney

Depuis que le panoramique est devenu populaire chez les réalisateurs, la difficulté d'apporte ces œuvres à la maison est constante. Il y a eu quelques VHS panoramiques et des laserdiscs, mais ces deux solutions étaient très coûteuses pour les consommateurs et n'étaient destinées qu'aux cinéphiles ou tout simplement ceux qui en avaient les moyens. Le DVD, peu coûteux à produire, est équipé pour supporter les formats panoramiques sans difficulté dans le format letterbox (où des espaces noirs sont enregistrés directement dans l'image) et panoramique anamorphique (où les espaces noirs sont générés par le lecteur – le format préférable des deux).

Question d'éducation?

Maintenant que le DVD, peu coûteux, satisfait la masse des consommateurs, il y a le problème que je citais en haut de monsieur Tout-Le-Monde… celui-ci veut remplir son écran. Plusieurs méthodes sont bonnes pour éduquer monsieur Tout-Le-Monde aux bienfaits du panoramique, mais en plus d'avoir à le convaincre nous devons faire face à l'impact "Wallmart". Les magasins comme ceux-ci ont commencé à désinformer le consommateur en citant les formats plein écran comme étant meilleurs : "Wow! Pas de barres noires!" Anciennement, les détaillants de clubs vidéo offraient seulement des versions plein écran pour éviter les questions des gens qui se plaignaient des espaces noirs. Blockbuster, les premiers à demander aux studios de faire deux versions des DVD, prône maintenant le panoramique en offrant plus de copies de ce format à leurs locataires. Les studios font leur part aussi en offrant des textes explicatifs (MGM, Disney) et carrément des vidéoclips sur leur DVD montrant la différence.

Un de nos lecteurs, Jean-Marie Boisclair, nous a informé que sur le DVD Pearl Harbor : Director's Cut - Vista Series il y a supplément caché (pourquoi caché?!) qui explique pourquoi le panoramique est supérieur. Pour y accéder : À partir du menu principal du premier disque, choisissez 'SET UP' et surlignez 'AUDIO COMMENTARIES'. Faites gauche sur votre télécommande pour qu'une étoile apparaisse. Cliquez dessus pour voir une comparaison entre la version panoramique et celle plein écran de certaines scènes du film. Ces comparaisons sont accompagnées de commentaires expliquant pourquoi la version 2.35:1 est supérieure.

la notice panoramique de MGM

Enfin le panoramique à la maison

Déjà la télévision numérique haute définition fait parti des cinémas-maison des fans du DVD. Le gouvernement américain a ordonné aux télédiffuseurs que d'ici l'an 2005 tous les signaux de TV doivent être digitaux (mais cela est repoussé). Puisque que le Canada suit les États-Unis pour la technologie, la même demande s'impose, mais avec des délais plus éloignés. Le standard de la télévision numérique (alias DTV) est déterminé par le 'Grand Alliance' (le consortium de l'industrie qui décide ces standards) est réellement 18 formats regroupés sous un seul nom. Ces formats incluent SDTV (525 lignes de résolution comme les TV courantes) et HDTV (1080 lignes de résolution). Mais vous voulez savoir à où nous voulons en venir avec tout cela. Hé bien... nouveau standard... nouveau format! Le ratio est maintenant de 1.78:1 (16x9). En d'autres mots, le futur de la télévision est le panoramique... prête à jouer vos DVD.

U.S. Digital TV (1.78:1 or 16x9)

Merci à Bill Hunt de The Digital Bits qui nous a donné la permission de se baser sur leurs articles 'Widescreen-O-Rama' et 'Ultimate Guide to Anamorphic Widescreen DVD (for Dummies!)' pour écrire cet article.