Les ancêtres du DVD
Par Martin Albert
25 mai 2002

Quand nous parlons des ancêtres du DVD, bien des gens pensent au VHS. En fait, le seul lien entre ces deux médias est la possibilité d'y mettre un signal vidéo. En fait, lorsque je parle de l'ancêtre du DVD, je pense plutôt à un média sous forme de disque. Je connaissais le Laserdisc, mais avant le Laserdisc, il y avait d'autres formats (moins numériques) aux particularités semblables à celles du DVD… depuis 1927!

En août 1900, Constantin Perskyi fut le premier à utiliser le mot "Télévision" (pour dire "voir à distance") et 25 ans plus tard, le 2 octobre 1925, John Logie Baird captura et projeta la première image télévisée en action. En 1926, Baird chercha le moyen d'enregistrer ce qu'il filmait. Il appela son procédé "Phonovision". Il enregistra quelques disques tests en 1927, mais ne présenta jamais son produit au public puisqu'il n'était pas satisfait de la qualité. En effet, la structure du signal vidéo de sa télévision était de 30 lignes verticales à une vitesse de 12.5 images par seconde dans un ratio 3:7. Pour des raisons mécaniques, il dû descendre la vitesse à quatre images par seconde pour avoir trois images par tour de disque à 78 tours par minutes. L'enregistrement d'émissions télévisées a été qu'un hobby des patenteux jusqu'à l'invention du ruban magnétique quelques 25 ans plus tard, mais ça c'est une autre histoire.

En 1965, Ampex ont testé une autre forme d'enregistrement vidéo. Le "Instant Replay Disk Recorder" capturait quelques secondes d'image d'une partie de football au réseau CBS. La durée était très courte dû au grand espace d'enregistrement nécessaire. Cet appareil permettait de démontrer le "slow motion", la pause sur image et les reprises. En 1967, Ampex ont introduit une version commerciale de l'appareil nommé HS-100 qui pouvait enregistrer 30 secondes à 30 images par seconde et tournait à 1800 tours par minute. Ça s'en venait bien. Bell ExpressVu offrira un service comme celui-la près de 43 ans plus tard (avec, bien sûr, une plus grande capacité)!

En 1970, la firme allemande AEG Telefunken démontrait la fonctionnalité de leur prototype de leur "Teldec" ou "TED VideoDisc". Les disques étaient minces comme du papier et, par une rotation de 1800 tours par minute, étaient suspendus dans le vide pour la lecture selon la théorie de Bernoulli (tout comme faisaient les disques durs de la compagnie Iomega il y a plusieurs années - avant l'invention des disques Zip). Ces disques ne contenaient que 10 minutes de vidéo. Pas très pratique. Imaginez écouter un film de deux heures avec ça! Cette technologie fut introduite sur le marché allemand en 1975 au prix de $650US. En 1980, le produit fut retiré du marché après que leur juke-box à 12 et 50 disques furent des échecs commerciaux.

En 1963, quelques employés de RCA voulaient produire un média haute densité pour l'enregistrement vidéo. Le résultat fut le CED (Capacitance Electronic Disc) qu'ils nommèrent "SelectaVision". En 1972, le premier disque test contenait un segment de dix minutes de l'émission télévisée Get Smart. Finalement, en 1981, RCA introduit sur le marché le lecteur CED SFT100W. Ce média reçu bien du support des studios. À son lancement, plus de cinquante titres étaient disponibles. En 1982, RCA ajoute le son stéréo au CED (pour expérimenter Star Wars en stéréo! - Le seul moyen d'avoir du son stéréo à la maison à cette époque) ainsi qu'une télécommande sans fils à ses lecteurs (qui se vendaient $399.95US)! Un disque CED ressemble étrangement à un disque 33 tours enfermé dans une cartouche de plastique (pour protéger contre les traces de doigts) et la lecture du disque se faisait avec une aiguille (qui devrait être changée à chaque 100 heures de lecture). C'est en 1986 que RCA pressèrent leur dernier disque CED annonçant ainsi la mort du format.

Le 12 décembre 1972 chez MCA ils démontraient pour la première fois en public leur système Disco-Vision, le premier système à utiliser un laser et la technique de la réflectivité optique. Ce système permettait d'avoir 20 minutes d'enregistrement sur un disque CAV (Constant Angular Velocity) où chaque piste du disque contenait une image (permettant de faire une pause) ou 40 minutes sur un disque CLV (Constant Linear Velocity) (avec une pause sur image pas possible). Les gens de chez Philips avaient développé un système très semblable en Europe nommé LaserVision. Après cette démonstration, les deux compagnies s'associèrent pour produire le système DiscoVision (sans trait d'union) qui permettait 30 (CAV) ou 60 (CLV) minutes d'enregistrement de chaque côté d'un disque de douze pouces. Le 15 décembre 1978, le Laserdisc était né! Je me souviens encore d'avoir vu Star Wars sur laserdisc au début des années 80 chez Radio Shack au Carrefour Laval! Dans ce temps là, je ne m'intéressais pas encore au cinéma ou à l'informatique, mais j'avais été extrêmement impressionné! Le prix élevé des lecteurs ($750US) et des films (difficiles à fabriquer) ont empêché le Laserdisc de percer réellement le marché. Même l'ajout par après du son Dolby CX et du son numérique (Dolby Digital 5.1 et DTS!) aux lecteurs n'a pas plus attiré le public.

Plusieurs nouveautés furent introduites au public grâce au Laserdisc principalement par la Collection Criterion durant les années 80. La majorité de ces choses sont maintenant standard sur DVD. Il y a tout d'abord le ratio panoramique (non anamorphique), car avant cette époque, tout était formaté plein écran pour le visionnement à la maison. Ensuite vint les éditions spéciales avec des pistes de commentaires et du matériel photographique et vidéo supplémentaire (encodé sur le disque après la présentation principale - Il n'y avait pas encore de menus). Les gens collectionnaient maintenant les films et demandaient de nouveaux transferts avec des éléments de film de qualité supérieure.

Durant les années 90, Philips introduit sur le marché une variante moins coûteuse de ce système qui offrait aussi la possibilité de jouer à des jeux d'arcade et des jeux éducationnels : Le CD-I. Avant le CD-I, tout était analogue. Cette nouvelle technologie pouvait jouer des films compressés en MPEG-1. La qualité de l'image était un pas en arrière comparativement au Laserdisc et la résolution n'était pas "vargeuse" non plus. Cette machine n'a pas eu du tout de succès sur le marché Nord américain. Une variante de la machine, qui ne joue que les films, est encore utilisée au Japon : Le Video-CD ou VCD. C'est toujours du MPEG-1, mais mieux compressé, un film entre sur deux disques de format CD. L'utilisation de ce format de nos jours est principalement pour le piratage.

En juin 1994, Toshiba travaillait avec Time-Warner et les studios d'Hollywood afin de trouver un remplaçant pour le VHS. Le résultat fut le "Super Density SD disc" (SSSD) qui est presque qu'un DVD-10 (double côté, simple couche). En septembre 1994, Sony et Philips annonçaient "High-Density CD" (HDCD) qui ressemblait pas mal au DVD-9 (simple côté, double couche). Durant le mois d'août 1995, les deux compétiteurs s'associent pour créer le format DVD qu'ils annoncèrent le 8 décembre 1995. En septembre 1996, la norme officielle avec un codage régional et une protection contre la copie fut officiellement annoncée. Deux mois plus tard, le premier lecteur DVD était vendu au Japon. Les studios d'Hollywood pensaient que le DVD serait encore une bébelle pour les maniaques, mais à la surprise générale, le format fut embrassé par les consommateurs de partout sur la terre… Le reste de l'histoire, vous la connaissez puisque vous possédez un lecteur DVD!



Note spéciale : Le Laserdisc est un type de lecteur que j'aimerai, un jour, explorer un peu plus. Est-ce que quelqu'un d'entre-vous en a un à vendre? Si vous avez un lecteur Laserdisc avec une sortie digital optique, je suis preneur si le tout est en bon état! Ça me permettrait d'étendre cet article avec des comparaisons des différentes technologies.

Les images sont une gracieuseté de Pitman, AEG Telefunken, RCA, MCA, MPO et Philips