Bernard Gariépy Strobl est mixeur chez Marko Films depuis maintenant cinq ans. Il pratique donc un métier important quant à la qualité d'un film, mais qui reste encore un des plus méconnus du grand public. Par contre, avec l'arrivée des cinémas-maison et, plus spécifiquement des DVD, cet aspect du septième art tend de plus en plus à être reconnu. M. Gariépy Strobl a commencé chez les Studios Marko Films, en 1995, comme assistant-mixeur. C'est en 1998 qu'il assume le poste de mixeur pour la première fois, au côté de son père Hans Peter Strobl. Depuis, il a travaillé sur des films comme Le Violon Rouge, The Art of War et Gaz Bar Blues, ainsi que des projets pour la télévision comme Cirque du Soleil: Fire Within et plus récemment À Hauteur d'Homme. Il a aussi effectué un stage chez les studios de Sony pour le mixage de Charlie's Angels. À la veille de la sortie sur DVD de Séraphin: Un Homme et son Péché de Charles Binamé, film pour lequel il a d'ailleurs remporté un Jutra, il répond à nos questions sur son expérience lors du mixage de ce film.
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Oui, le fait que ce soit un blockbuster ou non ne change pas vraiment notre façon de travailler.
Oui, je crois qu'avec le temps que nous avions, nous sommes allés très loin dans la construction sonore. Plus nous avons du temps pour un film, plus nous pouvons explorer des idées. Dans le cas de Séraphin, une grande partie de la dramatique est amenée par la musique de Michel Cusson. Une des grandes réalités du travail du concepteur sonore est celle de ne pas pouvoir travailler avec la musique finale puisque cette dernière n'est généralement pas encore complétée à cette étape. Donc pour Claude Beaugrand, le travail était de s'assurer que nous étions couverts partout au cas où il n'y aurait pas de musique pour telle scène, ou qu'elle ne conviendrait pas pour telle autre et les idées de Claude ne manquent pas d'originalité et de richesse! Souvent l'option musicale s'imposait rapidement, mais il nous est arrivé d'être déchirés entre deux avenues très différentes, mais tout aussi efficaces, où nous avons attendu jusqu'à la dernière journée pour trancher. Parfois, le hasard rendait possible de mixer musique et création sonore comme si elles avaient été créées l'une pour l'autre. C'est ce qui rend l'étape du mixage si intéressante et c'est ce qui nous a permis d'atteindre une grande richesse sonore pour ce film.
Pas vraiment, les réalisateurs sont en général conscients de la visibilité qu'aura leur film et prennent leur décision en conséquence. Toutefois, nous suggérerons différentes approches selon le type de sortie qu'aura le film. Si le film est destiné uniquement à la télévision, nous suggérerons un mix en stéréo plutôt qu'en 5.1 plus dispendieux et plus long. S'il est présenté uniquement dans des festivals, nous ne suggérerons pas des effets sonores pouvant être reproduits uniquement par un système 5.1 numérique puisqu'il arrive souvent que ces films soient présentés dans des salles plus modestement équipées. Dans un tel cas, l'effet ne sera jamais entendu. Nous produirons cet effet autrement pour qu'il puisse être entendu dans toutes les salles.
La réputation de Claude Beaugrand n'est effectivement plus à faire. Il est reconnu pour ses constructions sonores d'une grande sensibilité et d'une originalité propre à lui. Face à son travail, le mixeur est souvent appelé à jouer le rôle d'un musicien interprétant une composition musicale. Claude nous pousse souvent à essayer des choses auxquelles on ne penserait pas, il aime beaucoup jouer avec le hasard. C'est toujours un travail intéressant.
Notre implication se limite à livrer le son pour le DVD, ce qui consiste à assembler le son pour en faire une version continue. Rarement avons-nous une implication plus grande.
Pour Séraphin, j'ai été appelé à mixer les scènes coupées qui seront sur le DVD. Un mix très sommaire des voix et de quelques ambiances et la musique. Rien de complexe, uniquement pour remettre les personnages dans leur contexte.
Il y a des films sur DVD dont le son est uniquement stéréo. C'est plutôt décevant lorsqu'on pense au temps qui a été mis pour le mix. Je pense entre autres à la première version du Violon Rouge qui est sorti en stéréo uniquement. Dans ces cas, oui nous aurions bien aimé être consultés, car on ne voit pas vraiment pourquoi ça n'y est pas.
Non, le travail du mixeur est rarement reconnu par le public, sauf lorsqu'il est mal fait. Au cinéma, il y a plusieurs métiers qui resteront toujours dans l'ombre. L'étalonnage, entre autres, est un métier que l'on ne remarquera jamais, mais s'il n'est pas fait, la magie du cinéma disparaîtrait! Nous n'apportons rien de concret, sauf peut-être lorsqu'il s'agit d'effets spéciaux. Et même dans ces cas, cela peut faire référence au travail du monteur ou du bruiteur, qui eux aussi sont, en général, totalement inconnus du public. En son, le plus caché de tous les métiers est probablement celui de monteur des dialogues. Il est très difficile d'imaginer tout ce qui peut être enlevé, ajouté, trafiqué dans les dialogues d'un film et ce, parce que le travail est bien fait.
Non, il y a différentes façons de faire, mais je ne crois pas que ce soit plus ou moins important ailleurs. En France et aux Etats-Unis, c'est le monteur image qui fait le lien entre le réalisateur et l'équipe du son. Le réalisateur peut donc garder ses distances par rapport au travail et avoir une oreille plus objective en écoutant le film. Ici, les réalisateurs sont plus présents et les monteurs image presque absents.
Peut-être que cela aura mis de la pression sur les propriétaires de salles de cinéma pour mieux entretenir leurs équipements, maintenant que les spectateurs peuvent faire la différence entre une bonne reproduction sonore et une mauvaise. Il fut un temps où les salles étaient très mal entretenues avec des haut-parleurs manquants ou d'énormes vibrations provenant des surrounds, mais personne ne se plaignait, faute de connaître mieux.
Certains aimeraient que tout soit fait en 5.1, puisque tout film est susceptible de se retrouver en DVD, mais la réalité est qu'il est beaucoup plus long et plus dispendieux de mixer en 5.1 qu'en stéréo, et que les budgets sont toujours à la baisse.
Je crois que seul le consommateur peut juger de cela. Pour ma part, je ne crois pas que ces améliorations soient quelque chose de si extraordinaire comme le passage du Dolby Surround au Dolby 5.1 ou DTS l'a été. Nous sommes dans une période où plusieurs compagnies cherchent à ajouter des canaux aux trames sonores, mais pourquoi? Pour vendre de l'équipement principalement. Pensez aux milliers d'appareils que Dolby a vendus pour le lancement de Star Wars Episode 1. Est-ce que le canal matricé additionnel en valait la peine? Ces nouveaux artifices servent principalement aux films d'action, mais le cinéma englobe tellement d'autres formes qui n'ont pas d'utilités pour ces effets. En bout de ligne, il va au consommateur de juger si les sous additionnels valent le passage d'un vaisseau spatial.
Je n'ai pas une très grande collection de films en DVD. Ceux que j'ai sont en grande partie des cadeaux que l'on m'a offerts. J'achèterais des films que j'ai beaucoup aimés et que j'aimerais revoir ou prêter à des amis, mais ça ne s'est pas produit très souvent jusqu'à maintenant. Lorsque je serai très bien équipé à la maison peut-être qu'alors je serai plus porté à m'acheter des DVD, mais même là… C'est beaucoup moins dispendieux de louer deux fois que d'acheter!
Je ne suis pas un grand amateur de suppléments. Je regarde parfois les bandes-annonces, surtout pour les films moins récents. Je trouve intéressant de voir comment on essayait de vendre les films il y a 20, 30 ou 40 ans. Je n'ai jamais écouté la piste de commentaires, je ne vois pas toujours la pertinence de voir les scènes coupées, les "making of" sont parfois divertissants, mais se ressemblent souvent.
Prochainement en salle, il y a La petite Lili de Claude Miller, L'Espérance de Stefan Pleszczynski, Piggy Bank Blues de John Smith. En DVD, le film Saved by the Belles de Ziad Tuma devrait sortir sous peu. Merci à vous! |