Pas de Boll - Dossier et Entretien avec Uwe Boll
Mené et Traduit par Simon Bergeron
6 novembre 2007

Plusieurs occasions surviennent dans la vie afin de nous faire comprendre que parfois, nous faisons fausse route. Dans le cas de cette entrevue, il ne s'agit pas d'un Mea Culpa, mais plutôt d'une tentative de rajuster le tir en ce qui concerne le réalisateur le plus maudit par le cinéma depuis Ed Wood : Uwe Boll, réalisateur dont la filmographie ne cesse de croître (pas moins de trois films réalisés en une année).

Faisons un constat rapide avant d'entamer les questions que j'ai réservé à Monsieur Boll, histoire de se mettre en appétit et non en dédain : malgré toute la polémique entourant son nom et ses films, l'idée est de conserver un esprit ouvert. Ensuite, et c'est là un aspect fondamentalement importante à considérer : Uwe Boll n'est pas Michael Bay. Qu'est-ce que cette comparaison, me direz-vous? Voici : Michael Bay tourne des films qui coûtent une bagatelle de 170-180 millions de dollars (budget initial de Transformers avant l'inflation due aux effets spéciaux). Uwe Boll se contente entre un maigre 10 millions avec House of the Dead et d'un plus confortable 65 millions pour son épique basée sur le jeu vidéo In the Name of the King: A Dungeon Siege Tale. On pourrait croire que le réalisateur jouit enfin des budgets dans la cour des grands, mais il n'en est rien.

Économiquement parlant, Uwe Boll est davantage rentable que n'importe quel film de Michael Bay. S'il n'entre pas dans son argent lors des exploitations en salle, le marché du DVD suffit pour combler les trous. Les deux réalisateurs ont un point en commun : les critiques démolissent chacun de leur produit simultanément lors de sa sortie. D'un côté, le spectacle de robots galactiques géants se tapant sur la gueule (Transformers) est visuellement parfait mis à part quelques accrocs et, d'un autre, les courbes sensuelles de la séduisante Rayne sont aussi mortelles qu'attrayantes (Bloodrayne).

Cependant, puisque nous ne vivons pas dans une société juste, les films du sieur Bay s'en retrouvent couronnés pour leurs efforts alors que Uwe Boll se contente de ramasser insulte par-dessus insulte ce que Bay amasse en dollars et en réputation. L'Internet est rempli de sites proclamant qu'il doit arrêter toute activité de réalisation. Qui est le plus dangereux ici? Celui qui ne joue qu'avec 20 millions en ne s'attaquant qu'à quelques titres de jeux vidéo ou l'icône violant la légende d'un dessin-animé vieux de 20 ans? Je vous laisse le soin d'en juger par vous-même.

J'ajouterai, par contre, qu'en terme de débrouillardise, Uwe Boll témoigne d'une ingéniosité certaine puisqu'en dépit de maigres budgets (que Michael Bay n'a pas du voir depuis l'époque de ses pubs de voitures), le spectacle demeure au rendez-vous. Là où, au contraire, Michael Bay se vautre dans la facilité, Boll se gratte la tête. Il utilise l'argent de manière à ce qu'il se ramasse à l'écran, que le spectateur ne se sente pas triché, que l'ensemble du film soit crédible. Nous pouvons tergiverser sur les qualités des scénarios que Uwe Boll accepte, mais les effets spéciaux qu'il utilise sont faits de manière à ce que les défauts visuels possibles soient cachés par une utilisation ingénieuse.

On pourrait croire, entre mes critiques de House of the Dead et Bloodrayne que je sois devenu un adepte, un convertis. À cela je répondrai par la négative. Je n'ai certes pas changé mon fusil d'épaule, mais ai plutôt ouvert mon esprit afin de tenter de découvrir le divertissement potentiel des films qu'il offre. Bloodrayne est un sacré film de vampire qui devrait satisfaire tout amateur de gore, House of the Dead contient des zombies et des fusillades à profusion, Bloodrayne 2 est un clin d'œil cruel à souhait sur les films de vampires et les Westerns. Alone in the Dark est... ce qu'il est. Probablement la seule véritable erreur de parcours dans un long procédé.

L'entrevue en question n'est pas une occasion pour moi de le recaler davantage, mais plutôt de lui offrir la parole que trop peu de gens (j'en étais un à une certaine époque, j'avoue) lui accordent. Donc, le tout se concentrera majoritairement sur la carrière du réalisateur, où il compte s'en aller avec tout cela, etc. Le tout dans le respect que tout être humain mérite. En jetant un second coup d'œil à certains de ses films, il vous sera probablement offert l'occasion de découvrir un divertissement inoffensif, certes, mais dont la débrouillardise technique témoigne davantage de débrouillardise au profit du spectateur que 12 Michael Bay pourraient offrir.

Prenez note qu'aucun mot n'a été changé pour en modifier le contenu. Il faut ajouter en dernier lieu que ses réponses peuvent être courtes, probablement dû à un horaire très chargé (en une année, ce sont : Postal, In the Name of the King et Seed qui auront pris ou prendront l'affiche).


Que souhaiteriez-vous dire aux cinéphiles se permettant de critiquer un film sans même l'avoir vu?

Personne ne devrait critiquer un film avant de l'avoir vu, c'est absurde, mais dans mon cas, ça se produit tout le temps.


Il semble y avoir un trou, un manquement entre Alone in the Dark et Bloodrayne, ce dernier donnant l'impression d'être votre meilleur effort. Comment décririez-vous votre expérience sur ces deux films?

Alone... n'était pas parfait et Tara Reid était un mauvais choix en tant qu'actrice, ceci étant la raison principal d'avoir réduit sa présence dans le montage du réalisateur. Bloodrayne est pourvu d'un meilleur script et de meilleurs acteurs. Malgré tout, les monstres de Alone in the Dark bottent des culs.


Cette expérience vous a-t-elle aidé à grandir en tant que réalisateur?

Bloodrayne a été tourné en Roumanie. Malgré la mauvaise bouffe et une équipe d'incapables, la Roumanie possède des châteaux et des paysages qui ont su aider le film de beaucoup.


Bloodrayne 2 a souffert d'un très petit budget et serait, selon les rumeurs, votre pire tournage en date. Racontez, s'il vous plaît.

Bloodrayne 2 est un film de vampire doublé d'un western, doté d'une trame sonore d'enfer: froid et sombre, comme l'était le tournage. Nous avons eu une explosion accidentelle durant laquelle la gare de chemin de fer a brûlé. Plus tard dans le tournage, Natassja Malthe (actrice principale de Bloodrayne 2: NDLR) a failli se noyer dans un lac gelé.


Considéreriez-vous diriger une éventuelle suite malgré cette expérience?

Oui: Bloodrayne 3: Warhammer.


Qu'est-ce qui vous a incité à choisir le Canada comme lieu de tournage pour Bloodrayne 2?

Bordertown est la recréation d'une ville du Far Ouest à louer.


Tel que mentionné dans la piste de commentaires, changeriez-vous l'actrice principale afin d'avoir une Rayne fraîche et neuve à chaque film?

Absolument.


Aux vues de la bande-annonce de Postal, on a l'impression que ce film est votre réplique, votre critique à un système américain déficient. Se pourrait-il qu'il s'agisse également de votre plus ambitieux projet?

Tout à fait. Seulement, ce n'est pas seulement envers les États-unis que se dirige ma critique, mais envers le monde entier. Envers la stupidité dans laquelle nous vivons: nous devrions nous débarrasser des religions et des races; utiliser notre tête.


Comment décririez-vous votre expérience sur ce film?

Il est difficile de trouver des acteurs et loure des écrans pour projeter le résultat (notez que le film possède une critique envers l'administration Bush ET une relation très amicale entre lui et Ben Laden, NDLR), mais c'en vaut la peine. Les acteurs que nous avons déniché ont embarqué, très enthousiastes, et continuent de défendre le produit. Je crois que Postal sera un classique peu importe ce qui arrive.


Votre filmographie dénote un intérêt certain envers les jeux vidéos adaptés à l'écran. Continuerez-vous ainsi ou allez-vous mélanger le tout avec des films plus personnels?

Je crois que je vais mélanger le tout.


Auriez-vous un projet dont vous rêviez de faire depuis longtemps, le projet de votre vie?

United States of America est un film traitant de la société et j'ai pu dénicher Donald Sutherland dans le rôle principal.


Dans tous les acteurs ayant été devant la caméra pour jouer dans un de vos films, lesquels seraient les plus aptes à jouer dans un projet de Uwe Boll?

Kristanna Loken (Bloodrayne, NDLR) est une superbe personne en plus d'une amie et Michael Paré tout autant.


En regardant les adaptations de jeux vidéos sur le marché, laquelle auriez-vous le plus souhaité réaliser?

Hitman.


Que changeriez-vous à ce qui existe déjà du film, si tel est le cas?

Je ne sais pas, je ne l'ai pas encore vu, mais je compte bien le faire.


Une dernière question: décrivez ce qu'est la vision de Uwe Boll en ce qui a trait à la politique, l'oppression, les secrets, le terrorisme, l'anarchie et la liberté?

Allez voir Postal, tout y est.


En dernier lieu, je souhaite remercier personnellement Uwe Boll pour cet entretien et le fait qu'il ait répondu à toutes mes questions sans y être obligé et tous mes collègues du coindudvd.com sans qui l'inspiration de cette entrevue ne serait jamais arrivée.

Filmographie partielle de Uwe Boll:

House of the Dead (2004): Horreur, Action, 13 ans et +, 90 minutes: une bande de jeunes amis se rend sur une île afin de participer à un événement rave. Lorsqu'une ancienne malédiction se réveille, la soirée de danse se transforme en soirée d'horreur alors qu'ils doivent échapper aux créatures tentant de les dévorer.

Alone in the Dark (2005): Action, Suspense, 13 ans et +, 96 minutes: Edward Carnby est un détective privé enquêtant sur des dossiers surnaturels. Sa dernière enquête va le propulser dans une spirale où il apprendra sa véritable nature. Aidé de son ex-petite amie et poursuivis par un rival entêté, Carnby devra faire vite avant que ne s'ouvrent les portes de la noirceur.

Bloodrayne (2006): Horreur, Action, 16 ans et +, 98 minutes: Rayne est à moitié humaine et vampire. Fuyant un passé dont elle ne possède pas toutes les clés, elle en vient à croiser le chemin d'une organisation oeuvrant à se débarrasser des damnés. Se joignant à eux avec résignation, elle parviendra à obtenir des réponses à ses origines troubles.

Bloodrayne 2: Deliverance (2007): Action, Western, Horreur, 13 ans et +, 99 minutes: Rayne poursuit sa quête contre le mal dans un Ouest des États-Unis dévastés par la cupidité. Son chemin la mène à Deliverance, ville dans laquelle se terre le malfaisant Billy the Kid, ayant récemment rejoint la ligue des damnés.

Postal (2007): Action, Comédie, 13 ans et +: peu de choses sont connues sur ce film si ce n'est qu'il traite de l'administration Bush et que c'est dans ce film que Uwe Boll a appelé une quantité de critiques d'Internet afin de les confronter sur un ring. Intrigant? Bien sûr. Controversé du début à la fin? Certainement.

Bon cinéma.