Le réalisateur de Crash, Paul Haggis, ne fait pas seulement des récits légèrement préfabriqués et prétentieux. Il sait être bouleversant, sensible et engagé. Malgré son échec au box-office, "In the Valley of Elah" s'avère une œuvre de très grande qualité qui est portée par la dévotion de ses interprètes.
Hank (Tommy Lee Jones) est désemparé. De retour d'Irak, son fils est porté disparu. Laissant de côté son épouse (Susan Sarandon) pendant quelques journées, le paternel part à la recherche de fiston. Rapidement, il se retrouve plongé dans un meurtre sordide où les forces de l'ordre et la police militaire se relancent la balle. Avec l'aide d'une policière dévouée (Charlize Theron), le père de famille s'acharne à retrouver la chair de sa chair, et ce, au péril de son âme et de celle de ses proches.
Pour son nouveau film, le cinéaste canadien a pris beaucoup de risques. Au lieu de pondre un récit facile et prévisible, il a plutôt voulu verser dans l'œuvre à thèmes (qui est, ironiquement, inspirée d'une histoire vraie). 2007 a été marqué par de nombreux opus traitants du conflit en Irak... et aucun n'a réellement trouvé de public. Pourtant, la démarche d'Haggis était loin d'être manipulatrice. Bien au contraire. Le metteur en scène sait doser ses effets et il ne dénonce jamais en vain. Sa charge arrive plutôt sournoisement, confrontant les certitudes et le cynisme, relevant le malaise des combattants de retour aux États-Unis à cette terre de liberté qui a besoin d'aide, représentée par une dernière scène qui glace le sang. Les détours narratifs peuvent rappeler Courage Under Fire, mais en plus haletant et intéressant.
"In the Valley of Elah" nage dans les émotions sans jamais s'y noyer. Les drames sont nombreux et déchirants. Heureusement, les effets mélodramatiques sont généralement absents. Les yeux tristes apparaissent grâce aux évènements et ils le demeurent jusqu'à la fin par les performances viscérales des comédiens. Tommy Lee Jones y trouve là son meilleur rôle en carrière, personnifiant à la perfection cet ours mal léché qui voit ses idéaux fondre comme neige au soleil. Un rôle en or qui s'est vu récompensé d'une nomination aux Oscars. À côté de lui, il y a une émouvante Susan Sarandon qui apparaît dans de trop rares séquences. Et surtout une Charlize Theron qui y est beaucoup plus crédible que dans le surestimé Monster. Voilà un trio extrêmement solide et implacable.
Les images sont aussi sobres que le sujet. Les teintes éclatantes sont rares (hormis une séquence de discothèque), car ce qui est important est l'atmosphère fantomatique et les secrets dissimulés dans les ombres. Cela explique la prédominance du blanc et du noir. Les contrastes sont solides à défaut d'être parfaits et le léger blocage s'oublie rapidement à côté de cette photographie épurée. Les différentes pistes sonores sont de bonne qualité, jouant avec les enceintes pour faire ressortir des bruits de vents, d'hélicoptères ou de tubes dansants. L'emphase est cependant mise sur les dialogues et ils sont toujours parfaitement audibles. Comme d'habitude, il faudra s'habituer à l'accent à trancher au couteau de Jones et entre une traduction de l'Hexagone et l'insertion de beaux sous-titres blancs, mieux vaut opter pour ce second choix. La musique passe bien près d'être trop intense. Elle relève toutefois convenablement les émotions sans trop insister sur les violons.
Comme c'est trop souvent le cas, la pochette n'est pas particulièrement attirante. Montrer les deux principaux protagonistes devant un drapeau américain peut véhiculer de fausses idées sur le résultat final. Le menu principal du DVD n'est guère plus réussi. Il reprend l'image de la pochette sans y insuffler le moindre mouvement. Une chanson très mélodique est toutefois de la partie et elle est là pour apporter un peu de baume sur les souffrances des personnages. Les bonus forment un étrange diptyque. Il y a huit minutes de scènes additionnelles qui tournent autour d'un béguin féminin du fils disparu. Ces séquences assez cocasses ne servent pas à grand-chose, si ce n'est de montrer l'efficacité des effets spéciaux qui savent être plutôt discrets. Le plat de résistance est composé d'un documentaire scindé en deux sections distinctes qui se complètent aisément. Contrairement aux autres segments du même genre, ce visionnement se veut plus spirituel et émotif que démonstratif. Quelques comédiens sont interrogés sur leurs motivations, de vrais parents en deuil parlent de leur enfant décédé pendant un conflit armé et de nombreux enjeux moraux sont abordés par le combat d'argumentations. Un peu long, mais franchement original et douloureux.
Œuvre dense sur la nation et la mort, "In the Valley of Elah" cherche à garder la tête hors de l'eau malgré la lourdeur de son sujet. De front, tout y est abordé, que ce soit le rôle de l'Amérique en Irak et les conséquences sur les soldats laissés à eux-mêmes en passant par les vices du patriotisme et la désintégration de la sphère religieuse. Des belles pistes traitées sobrement par un metteur en scène en pleine possession de ses moyens, et surtout par des interprètes convaincus qui livrent des performances éblouissantes.
| Film | 8 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |