En 1995, Pixar s'alliait au père de Mickey Mouse pour créer Toy Story, un fantastique conte sur les jouets qui allait faire école. Depuis ce temps, ce duo n'a créé que du beau et du bon comme Finding Nemo et le récent The Incredibles. Pendant ce temps, la concurrence, utilisant à quelques différences près la même technologie, s'avérait assez rude et des petites merveilles comme Robots voyaient le jour avec plus ou moins de succès. Entre ces combats de mastodontes se trouvait un Hayao Miyazaki vieillissant qui continuait à émerveiller avec ses dessins en deux dimensions et le combo terrible formé de Nick Park et Peter Lord qui s'amusait dans la pâte à modeler avec les truculents Chicken Run et Walace & Gromit. Grâce à ses prouesses techniques et celles au box-office qui augmentaient encore et encore, Pixar a cherché à voler de ses propres ailes. À un tel point que ce "Chicken Little" marquera un nouveau début pour Walt Disney en devenant le premier vrai produit de la maison mère qui utilise uniquement des animations en trois dimensions. Afin de ne pas rater cette "rencontre historique", le réalisateur Mark Dindal, l'auteur du sympathique The Emperor's New Groove, a été désigné à la tâche.
Chicken Little (voix de Zach Braff en version anglaise) habite un endroit tranquille peuplé de poulets, de bœufs, de cochons et de plusieurs autres animaux de la ferme. Depuis qu'il a mené son entourage en bateau, il est devenu la risée de ses camarades et presque la honte de son père (Gary Marshall). Un jour, après qu'il ait réussi à se racheter partiellement, ce petit personnage découvre que des extra-terrestres vont bientôt arriver pour détruire la planète. Mais à part ses trois amis, qui va vraiment le croire?
Depuis le phénomène Shrek en 2001, les animations étasuniennes sont de plus en plus enclines à utiliser un langage outrancier et à faire appel à la culture populaire pour séduire leur public. "Chicken Little" ne fait pas exception. Dès le générique, c'est facile de déterminer à quoi s'en tenir. Le narrateur ne sait pas de quelle manière débuter son histoire. Pas avec un livre, pas à la façon du génial Lion King, mais en allant directement dans l'action. Ainsi, tout au long du récit, les clins d'œil seront nombreux et ceux-ci iront de la célèbre souris à la grosse boule qui roule dans Indiana Jones en passant par l'évasion débile à la Mars Attacks!. Pourtant, en aucun cas l'ingéniosité humoristique ne se fera sentir. Dans quelques occasions, ce procédé pourra faire sourire (il y a un énorme cochon qui aime danser sur des gros tubes comme Stayin' Alive), mais la plupart du temps, l'ennui est total. Tout cela est la faute du scénario, accessoire et simpliste au possible, qui cherche à accumuler les gags plutôt qu'à créer une bonne cohésion d'ensemble. Les différents personnages sont souvent hilarants et les voix utilisées sont tout à fait acceptables, mais les situations demeurent tellement imbéciles qu'elles en deviennent navrantes. Au lieu de concurrencer Toy Story 2 au sommet des meilleures animations en trois dimensions, cette production demeure décevante!
En dehors de ce synopsis limité se trouve un dessin intéressant, mais jamais concluant. Les personnages sont plutôt bien recréés, sauf qu'il n'y en a aucun qui brille par leur originalité ou leur ingéniosité. En contrepartie, le rendu vidéo est assez fantastique. L'image est claire et toujours juste. Les couleurs sont merveilleuses et les effets de lumière, saisissants. Aucun artéfact ne vient brimer cette aventure où les animaux sont encore rois. Les sous-titres beiges sont très gros et toujours visibles. Du côté audio, les fleurs sont presque aussi nombreuses. Les voix pas toujours rigolotes sont audibles à tous les moments. Les sons cocasses surprennent amplement. La traduction francophone est réussie et les trois pistes sonores s'avèrent riches en bruits de toute sorte. Il est cependant évident que les enceintes situées sur le côté auraient pu servir davantage à recréer un univers fantastique et déboussolant. La présence d'autant de chansons médiocres et traduites s'avèrent une régression que les admirateurs de Disney ne pensaient peut-être plus jamais vivre.
Comme c'est généralement le cas chez les produits du père de Mickey Mouse, la présentation et les suppléments sont plutôt soignés. La simple pochette montre quatre personnages répondant à des questions des journalistes. Le ton est lancé, les couleurs sont vives et malheureusement, comme c'était le cas sur le récent Valiant. Le menu principal très mouvementé, une chansonnette appropriée et des icônes désopilantes. Au nombre de six, les bonus sont bien entendu pas tous satisfaisants au niveau de la qualité. Il y a un documentaire de 18 minutes, séparé en cinq sections, qui raconte des anecdotes sur l'histoire, l'exploration de nouveaux territoires, les voix des personnages, la musique et le travail du réalisateur. À la fois drôles et superficiels, ces commentaires sont suffisamment rythmés pour attirer l'attention. Le segment intitulé "Where's Fish" propose deux jeux. Tout d'abord, des questions sont posées sur le film. Par la suite, il faut trouver à quel endroit se trouve le poisson tout coquin. Il y a également quatre chansons que le spectateur peut écouter encore et encore. Entre une pièce de karaoké, le même extrait, mais cette fois avec la mélodie originale, un tube de Barenaked Ladies et un autre des Cheetah Girls, tous les goûts sont dans la nature. Quatre séquences retranchées avec un commentaire du réalisateur sont présentes à un autre endroit. Si ces scènes demeurent valables, elles ne sont nullement nécessaires au récit final. Finalement, neuf publicités de Walt Disney se retrouvent sous "Sneak Peeks".
Fatigué après une longue journée de travail, "Chicken Little" fera rire en de nombreuses occasions. Mais ça ne serait pas placer la barre haute. Ce marché pour les enfants et leurs parents devient tellement saturé que seules les animations de très grande qualité mériteront le coup d'œil. Malheureusement, ce petit poulet ne fait pas partie du lot. Les très petits auront peur lors de certaines séquences, les autres auront vu bien mieux récemment (chez Tim Burton par exemple) et la majorité trouvera le temps long.
| Film | 5 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 7 |