Il faut bien que je le dise: cette critique a été difficile à faire. Mais cette fois, c'est pour une raison fort plaisante. Je tenais à vous la proposer rapidement, mais je n'arrivais pas à m'enlever de devant mon écran. J'ai bien dû regarder ce film trois ou quatre fois avant de mettre par écrit ce texte. Certains vont peut-être me prendre pour un fou, mais c'est qu'ils n'ont jamais vu ce film ou qu'ils n'ont rien compris. "Happy Feet" est bien un film d'animation, mais c'est assurément un des meilleurs films de 2006, toutes catégories confondues. Alors tant que je suis devant ce clavier, autant poursuivre, car je pourrais avoir le goût de m'en refaire un petit bout! Découvrons donc ensemble le gagnant de l'Oscar 2006 du meilleur film d'animation (et de nombreux autres prix).
Comme chaque année, sur la banquise du Pôle Sud, les manchots empereurs commencent leurs accouplements. Mais dans notre cas, c'est un peu différent. Ce sont des manchots chanteurs et c'est par leur chant qu'ils conquièrent leur dulcinée (et réciproquement). La très attirante Norma Jean (voix de Nicole Kidman) est très courtisée. Mais ce sera le beau Memphis (Hugh Jackman) qui la fera succomber. De cette union, un œuf sera pondu. Puis vient la saison de la pêche et ce sont les femelles qui partent, alors que les mâles restent dans la longue nuit polaire, se protégeant entre eux du froid, tout en surveillant leur œuf bien coincé au chaud entre leurs pattes. Mais Memphis, dans un mouvement incontrôlé, laissera son œuf s'échapper quelques secondes dans la neige. Au retour du soleil, et des femelles par la même occasion, les œufs éclosent. Un petit Mumble (Elizabeth Daily (petit) puis Elijah Wood (plus vieux)) en sortira, un peu maladroitement, et avec des mouvements de pieds curieux. "Ils sont heureux", dira-t-il à son père. Mais Mumble (ou Mambo, qui est en fait son véritable nom dans l'histoire, celui donné par son père Memphis) a un gros défaut: il ne sait pas chanter. Comment fera-t-il pour se trouver une compagne? Acceptant malgré tout son sort, il grandira au sein de sa communauté, mais en étant souvent écarté du reste du groupe. Il ne perdra pas complètement son plumage de jeune manchot ce qui le différenciera encore plus. Alors qu'il tentera d'échapper à une mort certaine, il rencontrera un groupe de manchots Adélie "latinos" menés par un certain Ramon (Robin Williams) et qui ont pour gourou le potelé manchot Gorfou doré "Lovelace" (Robin Williams aussi). Ils l'aideront à conquérir Gloria (Brittany Murphy), mais ce retour dans sa colonie ne sera pas une bonne idée. Ce pauvre manchot marginal sera désigné comme un mauvais sort, la raison du manque de poisson dans l'océan et il sera banni. C'est alors qu'il voudra trouver lui-même la cause de ce manque de poisson.
La quantité de références auxquelles ce film peut se rapporter est impressionnante. Ce n'est pas seulement et uniquement un film pour enfants, c'est un documentaire animalier, une comédie musicale, une ode environnementale et une comédie romantique, le tout mené par un personnage étonnamment tout le temps positif et optimiste, quelle que soit la situation dans laquelle il se trouve, même la pire. Le film est bâti en trois étapes: la naissance et la jeunesse de Mumble, la rencontre avec les cinq manchots et la rencontre des "aliens", le monde des humains. Et les trois étapes ont des environnements propres. Si la première partie plaira aux enfants, les suivantes sont un peu plus adultes, plus sombres aussi, même si la préservation de l'habitat et du poisson est un message pour tous. Certaines scènes malgré tout, comme celle où Mumble se fait poursuivre par un phoque affamé aux dents longues, sont plutôt violentes. Les puristes pourraient clamer que cela dénature la vision de ces animaux pour les jeunes, mais il faut constater que malgré le fait qu'ils parlent, qu'ils chantent ou qu'ils dansent, tout ce qui est montré dans le film est réaliste, de la démarche à la façon de se retrouver, de partir à la pêche et surtout de nager (avec une petite exagération visuelle lors de la première baignade des jeunes, qui se fait dans une chorégraphie sous-marine vertigineuse). Et pour la petite histoire, il y a deux moments dans le film où les manchots "acteurs" jouent avec la caméra virtuelle. Amusant.
Il faut savoir que les personnifications de Marylin Monroe pour le personnage de Norma Jean et d'Elvis Presley pour celui de Memphis ont dû avoir les autorisations des organisations responsables de chacune des célèbres vedettes pour pouvoir être utilisées. La technologie d'animation utilisée pour les séquences de danse est le "motion capture", c'est-à-dire que les mouvements ont d'abord été enregistrés à partir de professionnels munis de capteurs, puis ils ont ensuite été transposés aux personnages générés par ordinateur. Cette technique est souvent utilisée en animation, comme dans Lord of the Rings pour le Gollum ou encore pour les personnages de The Polar Express. Cela permet bien entendu une meilleure gestuelle. À noter pour la voix d'un des éléphants de mer, le regretté baroudeur australien Steve Irwin.
La qualité des images, quasi réalistes, est impressionnante. On se demande parfois si c'est du dessin animé ou la réalité. Parlant de réalité, il est à noter que tous les humains apparaissant dans le film sont réels, pas des versions dessinées. Pour revenir aux images, tous s'accordent à dire que Warner et son studio d'animation ont atteint là un niveau que même Pixar n'avait pas encore. Et cette qualité est parfaitement rendue sur cette édition DVD. Les couleurs sont superbes et les effets de lumière éblouissants (surtout les scènes avec le soleil de minuit en fond). Les mêmes adjectifs s'appliquent aux pistes sonores. Toutefois, on préfèrera la piste anglaise ne serait-ce que pour les pitreries en version originale de Robin Williams, difficilement traduisibles. Côté musical, pas de soucis: les chansons originales ont été gardées et sont parfaitement intégrées quelle que soit la version de langue choisie. La page de menu principal s'adapte à la langue choisie sur le lecteur DVD. Elle est animée (animation spéciale) et sonorisée. Les pages secondaires sont aussi traduites, mais muettes et statiques.
La partie des suppléments est moyennement remplie. On y retrouve deux segments animés inédits: "Mumble Meets a Blue Whale" et "A Happy Feet Moment". Le premier est commenté par George Miller qui nous explique que la participation de l'Australien Steve Irwin était au départ destinée à un albatros. Puis, par la suite, il a finalement prêté sa voix à un éléphant de mer. En hommage, la scène de l'Albatros a été finalisée avec la voix d'Irwin et c'est elle qui nous est présentée ici. Le deuxième segment, très court (moins de 30 secondes), plaira aux amateurs de soccer. Je vous laisse le découvrir, mais c'est une autre façon d'utiliser ses pieds. On poursuit avec "Take a Private Lesson with Savion Glover", un petit documentaire où le professionnel de la danse et des claquettes Savion Glover, qui a été utilisé pour le motion-capture, nous apprend quelques trucs. Puis deux clips vidéo sont accessibles. Il s'agit de "Hit Me Up" de Gia Farell et de "The Song of the Heart" de Prince, qui a par ailleurs remporté le Golden Globe de la meilleure chanson de film au début 2007. À noter que ces clips sont présentés en panoramique, mais non anamorphique et en Dolby 2.0. Et on termine ces suppléments avec un vrai cadeau pour les amateurs d'animation, un dessin animé de 1936 de la série Merrie Melody "I Love to Singa". Quant à la mention d'insérer le disque dans un ordinateur, elle n'apporte rien de plus que des connexions vers le site jeunesse de Warner Bros. À noter aussi dans les bandes-annonces, celle d'Harry Potter and the Order of the Phoenix, ainsi que la bande-annonce d'"Happy Feet" qui présente l'extrait inédit de Ramon chantant "My Way".
Avec un box-office actuel de plus de 350 millions de dollars américains, le film vient tout juste de sortir sur les écrans japonais, les derniers sur la liste. Il a donc largement récupéré son investissement de plus de 100 millions, ce qui est énorme pour un film d'animation (Shrek 2 n'a coûté que 70 millions). Il semble évident qu'une suite sera produite d'ici trois ou quatre ans. En effet, son réalisateur, George Miller, veut absolument donner un quatrième volet à sa série Mad Max (sans Mel Gibson selon toutes vraisemblances) avant de s'attaquer à Happy Feet 2.
Reprenant Lou Lumenick du New York post, "Happy Feet" n'aurait pas dû recevoir l'Oscar du meilleur film d'animation. Il aurait dû recevoir l'Oscar du meilleur film. Dans notre société actuelle, de l'espoir pour les êtres vivants et une vision réaliste sur notre monde en déclin sont quand même plus importants que les sempiternelles bagarres de mafieux, qui finalement finissent toujours par s'entretuer. Il suffit de regarder quelques séquences de "Happy Feet" pour se rendre compte à quel point ce film est fignolé jusque dans ses moindres détails, avec des mouvements de caméra inventifs et parfois stupéfiants et surtout une qualité photographique inouïe. Nous devrions tous posséder le DVD d'"Happy Feet". C'est un ordre!
| Film | 10 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 10 |
| Audio | 10 |