Même si ses films n'ont jamais atteint la notoriété d'un Akira ou d'un Ghost in the Shell, Hayao Miyazaki reste un des réalisateurs de dessins animés les plus populaires au Japon. En occident, son premier film à remporter un succès commercial est sans doute Princess Mononoke (1999). Bien sûr, le fait que ce soit Disney qui ait assuré la distribution n'a pas nui à cette notoriété. Bref, confiant d'avoir découvert un filon d'or avec ce réalisateur, Disney s'est aussi empressé mousser la visibilité de son dernier film, "Spirited Away". Pour assurer un succès en Amérique, une version traduite de qualité devait être réalisée. Ainsi, pour superviser la traduction anglaise de "Spirited Away", ce n'est nul autre que John Lasseter (le réalisateur de Toy Story et Bug's Life) qui a été sanctionné. Ce dernier s'est assuré d'une traduction de qualité, avec un maximum de synchronisation avec les lèvres des personnages animés. Bref, une formule gagnante est née: un excellent réalisateur à la base, avec un gros studio qui le produit et le distribue et un réalisateur renommé s'occupant de la traduction. Le résultat était prévisible, le film a remporté l'Oscar du meilleur long métrage d'animation. La sortie de "Spirited Away" en DVD coïncide aussi avec la réédition de deux de ses plus grands succès: Kiki's Delivery Service (1989) ainsi que Castle in the Sky (1986).
L'histoire de ce film est difficile à décrire, sans la présence d'un support imagé. Elle raconte l'histoire de Chihiro, une petite fille de 10 ans, le premier jour de son déménagement. Anxieuse de se rendre à son nouveau logis, la famille de Chihiro décide d'emprunter un raccourci. Mais le passage ne les mène pas à leur maison, mais plutôt à un étrange endroit, qui ressemble à un parc d'amusement abandonné. À la tombée de la nuit, les parents de Chihiro se transforment soudainement en cochons, et tous se retrouvent prisonniers d'un nouveau monde qui lentement prend vit. L'étrange village qui semblait désert se retrouve soudainement peuplé d'esprits de toute sorte. Désemparée, n'ayant nulle part où aller, elle fait la rencontre de Haku, qui lui explique ce qu'elle doit faire pour survivre; se trouver un emploi aux bains publics du village. C'est ce qu'elle fait; après de multiples péripéties, toutes plus fantastiques les unes que les autres, elle finira par recouvrer sa liberté, et délivrer ses parents.
Il est difficile de ne pas faire de parallèles avec Alice au pays des merveilles. Dans les deux histoires, une petite fille se retrouve seule et abandonnée dans un monde "imaginaire" et rencontre toutes sortes de personnages. Par contre, la dernière séquence du film laisse comprendre que Chihiro a bel et bien vécu son aventure et que ce n'était pas un rêve. Et comme dans Alice au pays des merveilles, la beauté de l'histoire est indéniable; par contre, tous, peu importe l'âge, peuvent y trouver leur compte. Encore plus qu'une spiritualité imagée, on retrouve pour chaque personnage plusieurs niveaux de profondeur, permettant ainsi des redécouvertes à chaque écoute. Dans cette histoire, personne n'est tout à fait méchant, laissant comprendre que du bon peu être trouvé chez tous et qu'il suffit de ne pas s'attarder aux apparences extérieures. L'exemple le plus frappant est sans doute la présence du monstre "No-Face", qui suit Chihiro tout le long du film et dont la personnalité évolue en fonction de son entourage. L'imagination de Miyazaki est sans borne; chaque petit détail, aussi dénué de sens soit-il, impressionne par son ingéniosité à s'imbriquer parfaitement, et surtout logiquement, dans le monde où évoluent les personnages. Le réalisateur arrive même à subtilement faire passer des messages moraux bien réels, à travers des événements de son histoire. L'exemple le plus évident est bien entendu le nettoyage de l'esprit de la rivière polluée. C'est fort probablement cette attention au détail, mêlée à un discours qui s'adresse à tous, qui en a fait le film le plus populaire de tous les temps au Japon.
Comme dans tous les films de Miyazaki, les dessins sont tous simplement splendides et la qualité de l'animation est époustouflante. Même les cinéphiles rebutant les dessins animés ne pourront s'empêcher de constater la grandeur de l'oeuvre. Le scénario est lui aussi saisissant; il se démarque autant par la qualité des dialogues (même traduits...) que par son imaginativité. Les plans choisis sont à couper le souffle et les effets visuels employés sont splendides. La qualité de transfert sur DVD est à la hauteur du film; les couleurs sont pures et vivantes et on ne dénote aucun défaut de compression, ni aberration du matériel-source. Bref, une image à couper le souffle. Notons finalement que les trois pistes sonores utilisent la même bande vidéo, contrairement aux deux autres DVD susmentionnés, ce qui permet de changer de langage avec la télécommande.
Mais encore plus que l'image, le son impressionne. L'ambiophonie, toujours bien présente, reflète un mixage attentionné et judicieux. Les effets d'ambiances sont nombreux et justes, sans jamais distraire. La musique est, elle aussi, adéquatement intégrée aux ambiances; le compositeur, Jô Hisaishi, a d'ailleurs su bien représenter les émotions visuelles par des thèmes appropriés, et une orchestration aussi variée que complexe, ce qui est très différent de la musique des films animés nord-américains. Pour ce qui est du canal dédié au haut-parleur d'extrême grave, il est en général bien utilisé, apportant une profondeur nécessaire dans plusieurs scènes. Notons par contre qu'à quelques endroits, le fait que les mixeurs aient choisi de ne mettre des basses fréquences que dans ce canal produit une nette cassure en fréquence par rapport aux autres haut-parleurs. Il n'est pas nécessaire de préciser que le mixage des effets et de la musique est identique dans la version originale japonaise et la version traduite anglaise, pour un film de ce genre. La différence majeure réside évidemment dans le mixage des dialogues. Une rigoureuse comparaison des deux versions permet de détecter un meilleur mixage dans la version originale, qui est, de toute façon, la version réelle du réalisateur. Les intensités liées à l'action sont davantage respectées, en plus d'une meilleure spatialité des voix. Notons en dernier lieu que la version française, seulement offerte en stéréo, n'a pas l'ampleur des deux autres, mais est tout de même respectable.
Cette édition DVD comporte deux disques, dont le second est uniquement dédié aux suppléments. Sur celui-ci, on retrouve un bref documentaire sur les acteurs qui ont prêté leur voix au doublage américain. Il est très intéressant de pouvoir voir leur visage, et avoir leurs impressions sur le fonctionnement du processus de doublage. On nous propose ensuite une présentation continue des scénarimages, avec la bande sonore (en anglais ou japonais, au choix). La séquence présentée est celle des dix premières minutes du film. Même si le visionnement s'avère un peu long, il n'en demeure pas moins intéressant, et permet de voir l'art original de Miyazaki. On peut d'ailleurs constater à quel point l'animation ressemble aux scénarimages. Le supplément suivant est un documentaire sur la production, tourné par une télévision nippone. Le documentaire rapporte les détails de tout le processus de réalisation du film, allant des dessins initiaux jusqu'aux derniers moments de l'enregistrement des voix. D'ailleurs, soulignons que contrairement à plusieurs documentaires du genre, une bonne partie est consacrée à l'aspect sonore du long métrage. Le documentaire se termine par l'explication du choix de la dernière chanson. On y apprend que cette chanson a inspiré l'âme du film; dans ces circonstances, il est étonnant qu'elle n'ait pas été traduite. Finalement, on nous présente toutes les bandes-annonces japonaises du film; plus d'une vingtaine. Sur le premier disque, on retrouve deux suppléments; le premier est une introduction au film par le producteur de la version anglaise, John Lasseter. Soulignons que cette introduction nous est imposée lors du visionnement du film, peu importe la piste sonore choisie, ce qui est très contrariant, puisque que le commentaire est insipide et n'apporte rien. Le second supplément est un documentaire sur l'art de "Spirited Away". Même s'il est intéressant, il demeure toutefois un tantinet redondant, une fois le documentaire du deuxième DVD écouté. Il permet toutefois de constater l'admiration que témoignent les responsables de Disney à Miyazaki. On peut bien entendu se plaindre de l'absence d'une piste de commentaires du réalisateur, mais tenant compte de son inhabileté à s'exprimer correctement en anglais, elle est compréhensible. De plus, une piste de commentaires d'une toute autre personne aurait été malvenue.
Pour ce qui est des menus, c'est plutôt bien réussi. Ils sont, de façon générale, animés, avec de la musique différente d'un menu à un autre. Les séquences entre les menus sont de brèves animations tirées du film, toutes différentes, en fonction des options choisies. Soulignons aussi que des bandes-annonces de films de Disney sont présentées dès l'insertion du DVD dans le lecteur; par contre, il est possible de les contourner à l'aide de la télécommande.
Bref, ce film mérite largement les prix qui lui ont été attribués; et prouve encore une fois que les dessins animés ne sont pas uniquement pour les enfants. Cette édition DVD rend justice à tous les aspects du film, et les suppléments présents aident grandement à mieux saisir l'artiste qu'est Hayao Miyazaki.
| Film | 9 |
| Menu | 7 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |