Les films hongrois qui sortent en territoire québécois se font rares. Surtout lorsqu'il s'agit d'animation. Il ne faut pourtant pas désespérer. Après avoir été diffusé dans quelques salles de la Belle Province (il était au Cinéma du Parc à l'automne 2007), "Nyocker!" ("The District!" en version anglaise) est maintenant disponible en DVD.
Les quartiers de Budapest ne sont pas toujours très recommandables. Plusieurs bandes s'affrontent pour contrôler les rues. Même les autorités en place multiplient les caméras afin d'espionner la population. Pourtant, un adolescent et une adolescente s'aiment. Sauf que cet amour à la Roméo et Juliette semble impossible chez des gangs qui sont constamment en rivalité. Pendant que les parents s'insultent, les enfants se réunissent. Ils aimeraient être riches et puissants. Pour y arriver, pourquoi ne pas construire une machine à remonter le temps? Ainsi, il serait aisé d'enfouir des animaux morts afin de récolter du pétrole des millions d'années plus tard. Un rêve qui se transforme en réalité, puis en cauchemar, lorsque les instances politiques mondiales cherchent à s'accaparer de cet or noir qui fait l'envie du monde entier.
La quête du combustible fossile fait rêver. Le meilleur film américain des dernières années, There Will Be Blood, ne confrontait-il pas le capitalisme à la religion en utilisant ce prétexte qui fait rouler l'économie? Sans jamais rivaliser avec le chef-d'œuvre de Paul Thomas Anderson, le long-métrage d'Aron Gauder fait néanmoins bande à part au rayon des animations. Il n'y a pas ici de rigolades insouciantes et stéréotypées comme dans Ratatouille et Surf's Up. "The District!" serait plutôt la réplique hongroise au South Park des Américains. L'humour y est vulgaire, particulier, souvent irrésistible et parfois même lassant. Le sexe, la drogue, le crime, les femmes à la maison et le pouvoir de l'argent sont les monarques de cette critique irrévérencieuse d'une société perdue et sans valeur. Outre ces connotations sociales, les sphères politiques et économiques arrivent rapidement dans le paysage, comme ces représentations sardoniques de George W. Bush et de Ben Laden.
Le style graphique utilisé est particulièrement original. Les visages d'individus ont été filmés et reproduits par ordinateurs, ce qui donne des effets à la fois réalistes et déformés, entre deux et trois dimensions. Une technique communément appelée la rotoscopie. L'animation peut être rudimentaire, mais soudainement, une richesse au niveau de la souplesse ou de la précision des décors surprend. Dans tous les cas, le soin apporté aux contrastes, à la définition des contours et aux détails sont de tous les instants. Le plus formidable se retrouve au niveau des couleurs, riches et intenses, qui donnent presque une réelle personnalité aux multiples personnages.
La musique est également un élément primordial de l'entreprise. Le hip-hop hongrois règne en roi et même les gens qui y sont allergiques pourraient trouver leur compte tant les airs restent gravés en tête. Si plusieurs confrontations chantées s'avèrent mémorables, il y en a peut-être trop sur les 85 minutes que dure le film. La seule piste sonore utilisée est peut-être en hongrois, mais elle est en Dolby Digital 5.1, avec des enceintes diffusant à profusion une multitude de bruits où viennent se superposer du vent, des voitures, des oiseaux, des sirènes de police et bien plus encore. Afin de bien saisir les dialogues, nombreux et abondants, il y a des sous-titres anglophones blancs. Ceux-ci sont cependant un peu petits et les mots utilisés d'écoulent d'expressions qui ne sont pas nécessairement très répandues.
La pochette est jolie, montrant quelques-uns des héros qui ne semblent pas être de très bonne humeur. Le menu principal du DVD reprend le tout. Il est toutefois dommage que pour une œuvre de ce genre, l'image ne soit pas active et qu'une mélodie ne fasse pas danser les tympans. Au moins, quelques bonus se sont greffés au produit final. Il y a tout d'abord un documentaire de 31 minutes sur le tournage. Quelques doubleurs apparaissent, tout comme des temps morts où des gens discutent et de longues scènes où un téléphone est en train de se faire détruire. Les séquences sur la construction de l'animation sont intéressantes et les tubes hip-hop dérident au passage, mais il n'y a rien de très profond. Il y a ensuite quatre minutes d'extraits de la version originale destinée à la télévision, la bande-annonce qui est très réussie et une série de sept publicités de la compagnie de distribution Atopia.
"The District!" est loin du parcours sans faute. C'est parfois un peu long, répétitif et les numéros musicaux et l'humour peuvent lasser, mais c'est une expérience assez unique dans le large univers des animations. Entre le style américain, français et japonais, il est toujours rafraîchissant d'apprendre que d'autres pays peuvent créer des entités originales, à mi-chemin entre les délires du duo Trey Parker et Matt Stone et le style unique que Richard Linklater a utilisé pour son inégal A Scanner Darkly. Politiquement incorrect et presque unique en son genre.
| Film | 6 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |