Embarquement immédiat
ONF

Réalisateurs: Michèle Cournoyer, Georges Schwizgebel, Nicolas Brault, Jacques drouin, Craig Welch, Serge Clément, Lejf Marcussen
Année: 2005
Classification: NR
Durée: 98 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: français (DD51, DD20)
Sous-titres: Français
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Archambault.ca

Selon Martin Gignac
25 octobre 2005

L'Office Nationale du Film (ONF) n'est jamais en pénurie de bonnes idées. Pour célébrer la journée mondiale du cinéma d'animation, elle a compilé dix courts métrages mettant en vedette des artistes qui tiennent du génie et des œuvres immensément denses. "Embarquement immédiat", le bonheur commence.

Le voyage est intense. Il faut s'arrêter et ne pas tout regarder en une seule séance pour bien saisir les nombreuses subtilités. Le tout débute avec le fascinant et très populaire "Accordéon" de Michèle Cournoyer qui montre des entités disparates se fusionner et s'émanciper. Les métaphores, à chaque instant sur ces dessins à l'encre sur papier, seront interprétées de différentes manières. "L'homme sans ombre" de Georges Schwizgebel est plutôt une allégorie de la cupidité de l'être humain qui est prêt à tout pour obtenir la richesse et la gloire. Avec sa musique lyrique et ses textures un peu étourdissantes, le dépaysement est total. Beaucoup plus minimaliste et poétique est ce "Îlot" de Nicolas Brault, un ingénieux portrait d'un eskimo qui se retrouve toujours dans l'embarras. Les coins de cette animation par ordinateur sont peut-être un peu rigides, mais la simplicité cadre bien avec le propos. Alors que "Empreintes", cet essai féerique du vieux routier Jacques Drouin sur son écran d'épingles Alexeïeff-Parker ne dépaysera pas les amateurs, les autres auront la tête qui tourne devant autant d'instabilité. Plus serein est la peinture de "Bleu comme un coup de feu" de Masoud Raouf qui traite de la guerre. Même si c'est très poétique et que la musique angélique ensorcelle, voilà sans doute le court-métrage le plus ordinaire du lot.

Cela continue avec le bizarroïde "Bienvenue au Kentucky" de Craig Welch qui traite de la loi du plus fort et de l'importance de l'eau. Les fabuleux dessins en noir et blanc créent un univers froid et glauque qui déboussole les sens très rapidement. À l'aide de photos numérisées et traitées à l'infographie, Serge Clément donne à "Parfum de lumière" un cadre beaucoup plus réaliste qui explore les vestiges de la mémoire en quête de l'absolu. Sans doute un peu attendu, mais toujours pertinent. Même si "Angeli" de Lejf Marcussen est le segment le plus long avec ses grosses quatorze minutes, c'est facilement celui qui passe le plus rapidement tant la fantaisie de la couleur se symbiose parfaitement à la musique classique. Un gros trip de drogue qui se termine presque comme le 2001: A Space Odyssey de Stanley Kubrick. À quand le jeu vidéo? En guise d'extras, il y a deux autres courts-métrages d'inclus. Sur "Le chapeau", Michèle Cournoyer et son style immédiatement reconnaissable explore les dessous du genre masculin et féminin. Très osé. Le tout se termine avec l'honnête "Comment les ailes sont attachées au dos des anges" de Craig Welch qui utilise une technique distante et raisonnée, comparable à son supérieur "Bienvenue au Kentucky".

Tout dépendant des courts-métrages, la qualité vidéo peut légèrement varier. De multiples récits offrent de belles couleurs pimpantes et éclaboussantes, mais par moment, des teintes foncées peuvent survenir. Rien pour irriter. Le rendu du noir et blanc est également très acceptable et offre des détails somptueux. La musique, à peine moins importante, a été très soignée. Parfois, on l'aimerait un peu plus présente, mais sa qualité d'être discrète n'est pas négligeable. Ainsi, l'aspect audio est subtil, soutenant l'action au bon moment, et les rares voix sont bien audibles. Il y a même des sous-titres pour les personnes qui en auront besoin.

Dès l'insertion du DVD, le sentiment d'évasion est bien présent. Après avoir choisi la langue, on est transporté dans un menu principal très original en forme de valise. Au sein de celle-ci, quelques options sont accessibles. Il y a des biographiques facilement lisibles sur les différents cinéastes, on peut régler l'aspect audio ou avoir accès aux courts-métrages. La section "extras" contient une deuxième réalisation de Michèle Cournoyer et de Craig Welch. C'est peu (pourquoi ne pas avoir inclus les façons de réaliser de tels opus?), mais il faudra s'en contenter.

Au sein de ces nombreux ouvrages, les multiples façons de construire les animations pourront plaire à certains, et décevoir les autres. Pourtant, des constats sont unanimes. La folie de l'imagination est partout et il n'y a presque plus de limites techniques pour empêcher un créateur de se laisser aller. Les gens qui participent à ces œuvres d'art possèdent des talents infinis qu'ils peuvent exploiter encore et encore. Le plus important avec cet "Embarquement immédiat", c'est qu'en prenant le pouls du cinéma d'animation actuel, il faut constater que malgré le manque d'argent, tout va pour le mieux tant qu'il y aura des artisans pour innover et repousser encore et toujours les possibilités. Une expérience assez particulière.


Cotes

Film9
Présentation7
Suppléments3
Vidéo7
Audio7