L'ogre le plus sympathique de la planète revient faire son numéro pour égayer les petits et les plus grands. Sans rater sa cible, il faut avouer que le troisième "Shrek" est plus un coup de marketing qu'une réelle suite imaginative.
Le royaume de Far Far Away croule sous une nouvelle menace. Le roi (voix de John Cleese) vient de rendre l'âme et Shrek (Mike Myers) ne veut rien savoir de reprendre la succession. Il part plutôt en voyage avec ses comparses l'âne verbomoteur (Eddie Murphy) et le chat tout mignon (Antonio Banderas) pour convaincre le frêle Arthur (Justin Timberlake) de prétendre à la couronne. C'est lorsque les protecteurs sont loin que le déchu Prince Charmant (Rupert Everett) et son armée de méchants en puissance décident d'envahir la cité. La princesse Fiona (Cameron Diaz) et ses proches fidèles peuvent résister, mais pas indéfiniment. Lorsque le pire est sur le point d'arriver, un héros vert et puant débarquera pour rétablir l'ordre.
"Shrek" n'est pas uniquement la vache à lait de la compagnie DreamWorks. Il s'agit également de l'animation américaine qui a fait revivre le genre aux États-Unis et qui a obligé Pixar à se surpasser. Le toujours excellent premier volet qui est sorti en 2001 présentait un univers féerique et des gags loufoques qui étaient tout sauf politiquement corrects. Le personnage principal était hideux et il cherchait désespérément l'amour. Trois années plus tard, une suite presque aussi réussie voyait le jour avec des dessins encore plus fabuleux. Cette fois, l'ogre affrontait sa belle famille comme Sidney Poitier à l'époque de Guess Who's Coming Dinner. En cette saison estivale de 2007, qui était également surnommée l'été des suites, est-ce qu'un troisième épisode était réellement nécessaire?
Les enfants diront oui. Ils pourront alors retrouver leur monstre préféré et ses nombreux amis dans des aventures où action et rires triomphent. Les adultes redécouvriront des touches d'humour insoupçonnées dans les jeux de mots et les situations. La plupart font référence aux personnages présents, que ça soit les jubilatoires réminiscences du bonhomme de pain d'épices, le dialogue d'un Pinocchio qui fait l'impossible pour ne pas mentir, un Lancelot qui cherche constamment à ridiculiser Arthur et un Merlin dévergondé à la sollicitude amusante.
Le sablier s'est toutefois écoulé et la licence n'a pas vraiment évolué. Les gags finissent par se ressembler et la magie s'est considérablement estompée. Après avoir travaillé sur les deux premières aventures, Andrew Adamson et ses amis cinéastes ont laissé toute la latitude à Chris Miller, ce qui n'était peut-être pas une bonne idée. Même s'il avait déjà participé à la série, le nouveau réalisateur peine à construire un rythme quelconque et sa production lève difficilement. S'il y a plusieurs séquences réjouissantes, il n'y a rien pour les lier entre elles. Les faibles enjeux et la construction primaire de l'histoire peuvent expliquer ces zones floues, cette façon de toujours en offrir plus que moins.
Au moins, sur le plan technique, c'est la totale. Le dessin n'aura jamais été aussi beau et réaliste. Le rendu vidéo est pratiquement impeccable. Des jolis effets de lumière font ressortir ces multiples détails qui sont souvent sidérants. Les couleurs sont éclatantes, les contrastes plus que parfaits et la définition des contours ne laisse jamais à désirer. Sur le plan audio, les voix se font parfois enterrer par ces pistes sonores francophone et anglophone en Dolby Digital 5.1 qui utilisent les différents haut-parleurs pour en mettre plein les oreilles de bruits multiples de pluie, de vent et de grenouilles. Les chansons, sans doute trop présentes, reprennent des tubes populaires en changeant parfois quelques paroles, ce qui fait souvent rire au passage. Le seul hic est, comme toujours chez DreamWork, la traduction dans la langue de Molière a été effectuée en France, ce qui donne des voix et des sous-titres souvent (totalement) incompréhensibles.
La pochette rouge à l'effigie de plusieurs personnages ne manque pas de charme. Tout comme le menu principal du DVD qui montre une maquette sobre, avec des nuages qui bougent sur une musique évocatrice qui rappelle parfois Back to the Future. Les suppléments sont parfaits pour les enfants. Ils sont généralement cocasses et légers à défaut d'être très intéressants. Une large portion des bonus peut être consultée sur l'Internet. Le reste est séparé en plusieurs courts segments. L'icône de la compagnie représente trois jeux où il est possible de poser des questions à Merlin, voir danser la bourrique et obtenir un sermon de Shrek sur l'environnement. Un album photo permet de consulter les camarades d'Arthur et de savoir quels sont leurs désirs et leurs rêves... Une autre section représente des gaffes de l'ogre vert. Rien de particulièrement convaincant. Au moins, il y a ces trois scènes oubliées qui sont expliquées dans le détail, avec une pléiade de croquis à l'appui. Les acteurs qui prêtent leurs voix aux héros des plus petits parlent de l'animation et du "jeu" de Justin Timberlake lors d'un documentaire de dix minutes. Quelques personnages (l'âne, le chat, Pinocchio et le bonhomme de pain d'épices) offrent également des conseils à Shrek et à sa dulcinée afin de bien élever leurs enfants. Et ce n'est pas tout! Il y a une section sur la création des effets spéciaux, quelques bandes-annonces de longs-métrages variés et un juke-box où les chansons de diverses productions de DreamWork sont regroupées et qu'elles n'attendent que d'être jouées!
Les êtres hauts comme trois pommes n'y verront que du feu, mais les amateurs de "Shrek" ne seront pas dupes. Le scénario a subi une cure minceur et les morales prennent maintenant toute la place. Eddie Murphy est encore une fois formidable en fidèle équidé et les détails sont souvent savoureux, sauf que cette nouvelle animation semble déjà avoir pris un coup de vieux et elle ne tient tout simplement pas la route face aux deux premiers tomes. Sortir un film directement en DVD n'est pas toujours une mauvaise idée...
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 8 |