Après un minitour du monde qui l'a vu remporter le prix de la meilleure animation à l'édition 2007 du festival de Fantasia de Montréal, "Tekkonkinkreet" arrive en DVD avant même d'avoir passé sur les écrans québécois. Une vraie honte. Surtout que le film, sans atteindre les sommets du mémorable Paprika de Satoshi Kon, s'avère fascinant de beauté et de profondeur.
La ville de "Treasure City" est en train de changer. Des yakuzas se sont accaparés d'elle et ils cherchent à la modifier, à la transformer, à la bouleverser à jamais. Pour contrer cette mondialisation drastique, la police est impuissante. Il n'y a qu'une seule personne qui peut sauver la situation, ou tout au moins agir comme un baume. Il s'agit de l'adolescent Black. Malgré son âge, sa passion et sa détermination au travail sont indéniables. Son seul talon d'Achille est l'attention qu'il porte pour l'encore plus jeune White. Lorsque celui-ci fuit la ville, Black perd la tête, faisant des ravages meurtriers partout sur son passage.
Ce projet est une adaptation libre, mais consciencieuse du manga Black & White de Taiyo Matsumoto originellement paru en 1993. Il s'agit surtout du premier long-métrage de Michael Arias, un passionné des effets spéciaux qui a décidé de se tourner derrière la caméra. Quoi, une animation japonaise dirigée par un Américain? Eh oui! Malgré ce préjugé (sans doute normal pour les amateurs du genre), il n'y a pas de quoi s'inquiéter. C'est le fantastique Studio 4°C qui s'occupe des images. C'est la même compagnie qui, par le passé, a contribué au petit classique en puissance qu'est Mind Game, un joyau présenté à Fantasia et qui n'est pas encore apparu en DVD... Il faut donc s'attendre à un type d'image plutôt particulier qui combine plusieurs styles de dessins, alliant réalisme et onirisme. Les couleurs, au demeurant un peu blanches, explosent rapidement, inondant la rétine, la faisant virevolter dans tous les sens.
"Tekkonkinkreet" n'est pas qu'un beau dessin animé. Bien au contraire. Il s'agit d'une œuvre profonde et pas immédiatement accessible sur l'enfance, ses changements et ses pertes de repères. Pour résister, il n'y a souvent que la violence ou la résignation. Deux côtés de la même sphère, Black and White explorent cette dualité de façons aussi pertinente (et même plus) que le célèbre A History of Violence de David Cronenberg. Malgré ses scènes d'action, l'intrigue se noue autour des dialogues, de cette pression du temps qui finit par perdre la tête, de cette légende urbaine qui évoque quelques éléments du génial Paranoia Agent de Kon. Il faudra donc passer cette entrée en matière qui ne casse rien pour entrer dans l'âme des héros et surtout de ce tandem, un des plus sympathiques depuis le trop triste Grave of Fireflies d'Isao Takahata.
La qualité du dessin et le scénario soigné ne sont pas tout. Il y aussi l'excellente trame sonore ambiante du groupe Plaid qui rajoute beaucoup à la tension. La musique passe donc rapidement de la douceur à l'inquiétude, demeurant toutefois la plupart du temps purement descriptive. Les pistes sonores anglophone, espagnole, portugaise et japonaise en Dolby Digital 5.1 offrent une multitude de bruits de klaxons, d'éclairs et de bourrasques de vent sans jamais entraver les très compréhensibles dialogues. Et il y a des superbes sous-titres jaunes en anglais, en espagnol, en portugais et en français pour les gens qui en ressentent le besoin.
Dans des tons de bleus et de blancs, la pochette fait découvrir une ville et des figures qui regorgent de couleurs. Le menu principal du disque multiplie les carrés de dessins animés, suivant à la lettre une action particulière. Une musique évoquant le voyage part le bal dans l'harmonie. Les suppléments, en apparence peu volumineux, sont là pour surprendre. Il y a tout d'abord une conversation avec le réalisateur et avec le duo Plaid qui répondent à des questions simples et pertinentes. Il y a ensuite un très complet documentaire japonais sur le tournage qui défile pendant 43 minutes! Le spectateur peut y voir des croquis, le Studio 4°C, les bureaux, les inspirations, les impressions, les tests, etc. Le montage souple et aéré, sans briser la norme de la revuette sur la production, s'avère dans ce cas-ci plus que séduisante. Le tout se termine avec huit bandes-annonces diverses et d'une piste de commentaires de Michael Arias et de son équipe de production. De sa voix posée, il donne encore plus de détails sur les éléments visuels et sonores qui abondent, en évitant de tomber dans les technicités.
"Tekkonkinkreet" n'est pas le meilleur film pour initier quelqu'un à l'univers de l'animation japonaise. Mieux vaut opter pour un Hayao Miyazaki. Pourtant, en s'investissant dans l'histoire, la psychologie des personnages ressort aisément, tout comme les thèmes d'actualité et les morales qui évitent toute forme de manichéisme. Une plongée contrôlée au cœur d'un début de folie... en attendant la sortie prochaine de l'encore plus perturbant "Paprika" et, dans les rêves les plus fous, de Mind Game... ou du sidérant Tamala 2010 : A Punk Cat in Space.
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 8 |