Dans la veine du sympathique Kirikou et en attendant la sortie en DVD de l'excellent Persepolis, place à "U", un dessin animé rythmé et joyeux qui s'avère parfait pour les enfants.
U (voix de Vahina Giocante) est une licorne. Sa tâche n'est pas de réaliser les rêves, mais plutôt d'accompagner des gens dans le besoin. Elle est l'amie protectrice de Mona (Isild Le Besco), une princesse un peu égoïste et superficielle qui vit dans une tour morbide en compagnie de sinistres individus. Un jour, ce duo féminin fait la rencontre des Wéwés, des êtres adorables qui passent leur temps à être heureux et à jouer de la musique. Au sein de ce groupe, elles remarquent rapidement le verbomoteur Lazare (Guillaume Gallienne) et le plus réservé Kulka (Sanseverino). L'amour est dans l'air, avec ses joies, ses peines et ses moments complètement imprévisibles.
L'histoire est connue et elle se répète. Une bande dessinée populaire, une pression sans doute considérable des fans et hop, voilà l'adaptation cinématographique qui arrive, principalement pour les petits et peut-être également pour les plus grands. En transposant son œuvre en collaboration avec le réalisateur Serge Elissalde, Grégoire Solotareff pouvait difficilement se tromper. Surtout que ses efforts sur pellicule ressemblent beaucoup à ses apports dans les bulles et le papier glacé.
Le dessin, particulièrement vivant et parfois déroutant, capte immédiatement l'attention. Les couleurs sont vives, le trait est effilé et les teintes demeurent toujours très variées. Les figures en deux dimensions rappellent parfois la peinture naïve revisitée par Dali et Picasso, avec ces formes qui se mélangent subitement, créant ainsi des échappées ludiques. Si la majorité du travail a été réalisé par des artisans asiatiques, le résultat diffère nettement des mangas traditionnels et des merveilles des studios Ghibli... tout en étant aux antipodes des productions de Disney, Pixar et compagnie. De beaux dessins très bien retransmis par des images précises aux reflets superbes et à la luminosité flamboyante.
Les textes tendent vers la naïveté et ils font souvent sourire. De nombreux thèmes consensuels sont visités avec légèreté, que ce soit l'amitié, la famille, l'amour et les relations hiérarchiques. Rien de trop compliqué, violent ou sexy, car la suggestion a bien meilleur goût. Bien entendu, ce sont les personnages qui demeurent les entités les plus intéressantes de l'ouvrage. Les gentils et les méchants sont faciles à reconnaître, les voix sont généralement bien choisies (hormis quelques expressions plus difficiles pour un jeune public québécois) et entre un lézard, une sorte de chat, des rats et une licorne, l'identification sera variée et assez immédiate.
Le rôle de la musique est prépondérant. La trame narrative y revient sans cesse, louangeant cet art, le montrant noble et riche. Il est cependant surprenant que la trame sonore ait été confiée à Sanseverino. Ses airs, très accrocheurs, finissent par tourner sans cesse sur le même ton, ne s'éloignant jamais trop de ses multiples albums. Cela demeure toutefois de la copie des Ogres de Barback et autres La rue Kétanou, sans la finesse des mots et des arrangements soignés. À ce sujet, il est dommage que la seule piste francophone présente soit en Dolby Digital 2.0 Une piste plus développée aurait permis une meilleure utilisation des enceintes qui demeurent ici plutôt discrètes. Les voix s'entendent cependant parfaitement et les sous-titres anglophones blancs se déchiffrent aisément.
La pochette est incroyablement attirante. Elle montre la licorne, dos à la mer, avec un intense mélange de bleu, de vert et de blanc. Le menu principal du DVD est beaucoup plus simple. Des personnages statiques apparaissent un peu n'importe où et ils semblent porter par un intense vent musical. Les petits et les grands seront déçus d'apprendre que les suppléments se résument uniquement à la bande-annonce originale et à une galerie de photo qui défile automatiquement pendant un peu plus d'une minute. Mince alors!
Même si le récit ne fait pas rire aux larmes, plusieurs séquences s'avèrent assez désopilantes, comme cette filiation entre les animaux et les humains. Et quelle bonne nouvelle d'avoir laissé le drame et le ton moralisateur au vestiaire! Sans doute que la personne moindrement cynique risque de décrocher à de multiples occasions au sein de ces 75 petites minutes, mais certainement pas des enfants de six ans qui seront captivés par autant de couleurs vives et attrayantes. Des plaisirs éphémères qui sont toutefois loin de la perte de temps.
| Film | 6 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |