Film de 2008 selon l'Association québécoise des critiques de cinéma, le dessin animé "Valse avec Bashir" a fait la joie des cinéphiles partout sur son passage, autant à Cannes qu'au Festival du Nouveau Cinéma de Montréal, remportant le César et le Golden Globe du meilleur long-métrage étranger, avant de se faire coiffer au final lors de la cérémonie des Oscars. Ce n'est pas grave, un authentique chef-d'œuvre est né, et s'en passer serait un sacrilège.
Un metteur en scène israélien a participé à la guerre civile libanaise qui a conduit au massacre de Sabra et Chatila. Hors, il n'a aucun souvenir de ça. Afin d'y voir plus clair, il décide d'interroger d'anciens soldats, qui lui révèlent la noirceur soudaine de ces temps obscurs où une jeunesse sans but précis était embourbée dans un conflit opaque.
Pour ce documentaire animé composé de témoignages probants, le réalisateur Ari Folman a décidé de traités du sentiment de culpabilité d'un peuple qui s'enferme dans un mutisme afin de ne plus souffrir... ou de ne pas s'interroger sur les actions passées. Il est question de souvenirs et de mémoire, de réminiscences douloureuses qui émanent de rêves à peine éveillés ou de l'infernale réalité qui n'épargne personne.
Ce procédé purement intellectuel est accompagné d'un ton lent et contemplatif, ainsi que d'une narration abondante et philosophique qui rappelle le fameux Waking Life (B00005YU1O). Hors, le récit manque davantage les esprits que celui de Richard Linklater. Car l'émotion n'est pas en reste. Elle déferle constamment à l'écran, dissimulée derrière cette violence anarchique et cet humour noir sardonique. En plongeant dans la psyché humaine, le cinéaste, qui se plait à multiplier les mises en abyme et les ellipses chronologiques, ne fait pas dans l'œuvre facile et engagée, mais il rappelle plutôt à la face du monde des injustices révoltantes.
Le rôle de la musique est primordial dans la réussite de l'ouvrage. Les airs mélodiques de Max Richter amènent énormément d'émotions tout en distillant un suspense certain. Un climax que vient alléger quelques pièces plus "populaires", qui vont de Bach à OMD. Les différentes pistes sonores campent à merveille cet état psychologique pas toujours stable en exploitant plus que convenablement les différentes enceintes, faisant ressortir des grognements de chiens, des balles de fusil, de la pluie qui tombe, etc. La piste sonore en hébreu peut être accompagnée de très jolis sous-titres blancs, ou de traductions (en anglais ou en français) tout à fait acceptables dont les dialogues s'entendent aisément.
La qualité de l'animation, qui ressemble parfois à un mélange de flash et de deux dimensions inspirées de la rotoscopie, est saisissante. Le logiciel est techniquement au point, les images regorgent de détails, les couleurs pimpantes sont d'une richesse inouïe et la qualité des contrastes s'avère impressionnante. Enfin un peu de nouveauté au rayon des dessins animés qui finissaient tous par se ressembler!
La pochette jaune et noire montre une ville assiégée, de l'eau et des humains. Le menu principal du DVD regroupe plutôt une succession de photographies, un montage de scènes et une superbe mélodie du compositeur. Les suppléments débutent par une fascinante piste de commentaires de Folman qui traite de l'importance de l'introduction, la construction de l'ensemble en suivant un montage non linéaire et l'utilisation du son, tout en ne lésinant pas sur les anecdotes savoureuses. À écouter impérativement. Il y a ensuite un intéressant documentaire de douze minutes qui revient sur le syndrome post-traumatique si fréquent chez les soldats, un segment révélateur qui permet de comparer le tournage de certaines séquences avec des acteurs réels au résultat final animé, une entrevue à la fois pertinente et divertissante avec le cinéaste, ainsi que la bande-annonce originale et une série de publicités.
Éclairant, brillant, émouvant: "Valse avec Bashir" est une animation pour adultes avertis qui se rapproche beaucoup de l'irrésistible Persepolis. Il s'agit surtout d'une œuvre marquante, que n'importe qui devrait voir au moins une fois dans son existence, et qui en met plein la vue et les oreilles par ses prouesses techniques et ses nombreux bonus, tout en renseignant abondamment - et sans faire la morale - sur le rôle de l'armée et de la mémoire. Une grande réussite.
| Film | 9 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 8 |