Judas
Paramount Home Entertainment

Réalisateur: Charles Robert Carner
Année: 2004
Classification: PG
Durée: 89 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (DDST)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Alexandre Martin
13 août 2004

Dans La Divine Comédie de Dante, l'enfer est représenté par neuf niveaux concentriques, chaque niveau étant réservé à ceux ayant commis des péchés de plus en plus graves. Ainsi, au centre du denier niveau, le pire, on retrouve le plus grand pécheur de l'Histoire: Judas Iscariote, le disciple qui a trahi Jésus en le livrant au grand prêtre juif Caiphe. Bien que les écrits mentionnent exhaustivement la trahison de Judas, les motifs ayant mené à cet acte sont toutefois nébuleux. En s'inspirant de la Bible ainsi que d'écrits historiques, le présent film tente d'expliquer rationnellement le geste de Judas, en lui donnant un rôle un peu plus vertueux qu'à l'habitude.

Vers l'an 30, les Juifs de Palestine sont soumis à l'empire romain. Cependant, ils ont la liberté de culte, pourvu qu'ils ne se rebellent pas, ou ne manifestent pas publiquement. Judas n'est pas du tout satisfait de cette entente et prône le soulèvement du peuple juif; il considère que les dirigeants de la communauté sont faibles et ne font pas leur travail. C'est alors qu'il entend parler de Jésus, et voit en lui l'espoir de libérer son peuple; il se lit donc d'amitié avec celui-ci et devient un de ses disciples. Mais les enseignements de Jésus ne concordent pas tout à fait avec les plans belliqueux de Judas, et après quelque temps, il perd patience. Vulnérable, il se laisse convaincre par Caiphe qu'il serait plus profitable pour la libération du peuple juif si Jésus était livré et mis à mort...

Il est intéressant qu'un film s'attarde à l'histoire d'un personnage "secondaire" de la bible. Le film Barabbas en 1962 avait d'ailleurs fait la même chose en nous présentant la vie du voleur que la foule avait préféré à Jésus lors de sa condamnation. Dans le cas de Judas, quelques autres films s'y sont attardés, mais il est extrêmement difficile d'y accéder (soit les films sont vieux, soit ils sont originaires d'autres pays). Bref, le concept est bien pensé.

Au niveau du film lui-même, il est amusant de voir que plusieurs éléments des évangiles ont été inclus: le discours sur la montagne, la multiplication des pains, la résurrection de Lazare, le malade en civière, la guérison du fils du centurion, etc. C'est un peu l'équivalent d'écouter le Jésus de Nazareth de Zéffirelli en accéléré. Il est aussi intéressant de vivre ces événements du point de vue de Judas. Le film comporte aussi plusieurs scènes "kétaines"; par exemple, Jésus et Judas luttant amicalement dans la forêt... Ce qui est par contre moins intéressant est que le scénario prend beaucoup de libertés sur des évènements fondamentaux: par exemple, lors de la dernière cène (le "moment de gloire" de Judas), on ne voit pas Jésus donner le pain à Judas. Une autre digression, cette fois-ci beaucoup plus majeure, est que c'est Pilate qui "berne" les Juifs à mettre à mort Jésus, et non ces derniers de leur plein gré, tel qu'il est écrit dans les évangiles. Encore pire, ce sont principalement des Romains qui mettent Jésus aux arrêts à Getsemanie (même si on voit quelques serviteurs de Caiphe en arrière-plan...). Sachant que Mel Gibson avait soulevé tout un débat en peignant le portrait officiel dans son film, il est à se demander la raison de ces "interpolations"... Cela dit, il est dommage que tant de libertés aient été prises sur des passages bien documentés, puisque le résultat rend moins crédibles les événements plus astucieusement romancés (par exemple la libération de Barabbas...).

Techniquement, le film nous est assez bien présenté. La piste stéréo, même si elle manque nettement de profondeur, est efficace. On note un bon dynamisme en intensité, et le mixage fait en sorte qu'aucun mot des dialogues n'est perdu. Étant donné que le film a été tourné pour la télévision, l'aspect sonore est bien suffisant. Du côté visuel, on ne note pas de réels problèmes, tant au niveau du transfert qu'au niveau de la compression. La palette de couleurs est adéquate et rend justice à l'aspect visuel du film (blancs éclatants pour Jésus et tons sombres pour Judas). Le dégradé des noirs est aussi approprié, sans blocage apparent. La seule lacune visuelle est la présence de quelques scènes avec un fourmillement excessif. Ce DVD ne nous offre malheureusement aucun supplément. Étant donnée la nature du film, c'en est d'autant plus dommage. L'unique menu est simple, ne comportant qu'une image et le choix de visionner le film par chapitre ou en entier.

Bref, un intéressant film à écouter, même s'il est sérieusement à se demander si le but ultime n'est pas de contrer le film de Mel Gibson en atténuant fortement le rôle des Juifs dans la passion de Jésus. D'ailleurs, c'est exactement pour cette raison que l'édition aurait grandement bénéficié de suppléments.


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