Drame social sur le monde du travail, "The Company Men" est cruellement d'actualité, et malgré un ton parfois trop moralisateur, ce premier long-métrage de John Wells (le producteur de la série E.R.) suscite la réflexion en plus de mettre en scène une très belle distribution masculine.
2008, la récession économique n'épargne personne. Surtout pas une grande entreprise qui doit se débarrasser de ses employés afin de demeurer à flot. Bobby Walker (Ben Affleck) est rapidement congédié, puis vient le temps des membres encore plus haut placés comme Phil (Chris Cooper) et Gene (Tommy Lee Jones). Se retrouver un emploi et sauver l'honneur familial ne sera pas de tout repos, encore moins pour ces individus qui sont habitués à mener un luxueux train de vie.
Sorti sur les écrans nord-américains à la fin de 2010 et au début de 2011, "The Company Men" demeure d'une importance primordiale. L'économie ne tourne plus comme avant et le récit jette un regard éloquent sur ces années creuses où le chômage était sur toutes les lèvres. Ce chamboulement du rêve américain qui est évidemment social, politique et économique prend une proportion familiale, ce qu'explore avec efficacité John Wells. Malgré quelques touches d'humour et un espoir qui est généralement au rendez-vous, l'effort montre les efforts de monsieur et madame tout le monde pour ne pas boire la tasse.
Il est donc question de survie, un concept abordé de front et qui n'est pas sans faille. Le film qui a si bien débuté se voit peu à peu englobé par un moralisme manichéen et réducteur, où l'être humain qui est habitué à travailler avec sa tête doit user de son corps (le travail manuel) pour se sortir du pétrin... Un constant un peu primaire au sein de cet essai réalisé très correctement qui peut compter sur d'excellents comédiens. L'émotion filtre sur le visage de Tommy Lee Jones sans que l'acteur n'ouvre la bouche, Chris Cooper a toujours la tête de l'emploi et Ben Affleck fait bonne impression, s'avérant généralement juste et nuancé. Dans des rôles plus secondaires, Kevin Costner rappelle qu'il n'est pas encore devenu un "has-been", alors que Maria Bello met toute sa sensualité au service d'une femme à la fois forte et fragile.
Les images volontairement grises et sans éclat sont desservies par des teintes bien appliquées, de surprenants détails et des contrastes généralement au point qui font oublier que le blocage peut s'inviter à l'apéro. Les pistes sonores demeurent bien fournies, faisant ressortir des enceintes des bruits d'avions et d'applaudissements. Les voix un peu faibles à entendre peuvent être secondées par un doublage français compétent ou des sous-titres blancs beaucoup trop petits qui finissent par se perdre à l'écran.
La pochette ordinaire montre simplement le visage des protagonistes. Le menu principal du Blu-ray utilise à nouveau cette pose statique en l'alimentant d'une fine mélodie. Les suppléments comprennent une bande-annonce qui en dit un peu trop, un court segment plutôt inutile qui montre des plans entre les scènes, et heureusement 21 minutes d'entrevues avec le cinéaste et les interprètes qui ont la latitude pour discuter des thèmes en place et des expériences rencontrées. Quelques documentaires sur le tournage et des pistes de commentaires font cruellement défaut.
Moins sympathique qu'un Up in the Air, mais beaucoup plus profond (hormis ces quelques passages étrangement moralisateurs et appuyés), "The Company Men" se révèle un très intéressant exercice où des hommes riches et blancs doivent apprendre à se serrer la ceinture et changer leurs mentalités afin de joindre les deux bouts. Si la démarche n'est pas sans faute, le sujet se veut captivant, tout comme l'apport de ses têtes d'affiche.
| Film | 7 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |