Dr. Strangelove [Blu-ray]
Sony Pictures

Réalisateur: Stanley Kubrick
Année: 1963
Classification: 14A
Durée: 95 minutes
Ratio: 1.66:1
Codec: 1080p (AVC)
Langue: Anglais (TrueHD51, Mono), Français TrueHD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Arabe, Néerlandais
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (BD-50)
Code barres (CUP): 043396263659

Ce disque Blu-ray est disponible chez: Amazon.ca

Selon Simon Bergeron
1er octobre 2010

"Il n'y a rien à comprendre, Général. Cet homme est évidemment un psychopathe!"

Au début des années 60, la peur du conflit nucléaire s'était emparée de la majorité de la planète. À cette époque, la Guerre Froide battait son plein et autant les Russes que les Américains étaient prêts à balancer la responsabilité à l'adversaire. De son côté, Stanley Kubrick jonglait avec l'idée de faire un film sur le sujet. Après plusieurs moutures, le réalisateur était toujours insatisfait du résultat sur papier. Il jeta le tout et repensa au concept. La comédie lui sembla la seule option. Ayant engagé les services de Terry Southern, le film prit une tournure volontairement satyrique, pour le plus grand bien du long-métrage.

Le Général Jack D. Ripper (Sterling Hayden), sous intuition, décide d'aller contre vent et marée afin d'envoyer un raid d'avions portant chacun une forte charge nucléaire et de faire crouler la Russie sous les radiations. Le Capitaine de groupe Lionel Mandrake (Peter Sellers) est témoin de la dégradation de l'état psychologique du Général et tente d'arrêter cette tentative de réduire en cendre l'ennemi imaginaire. Le chef d'état-major Buck Turgidson (George C. Scott) arrive d'urgence à la salle de Guerre où les plus hauts dirigeants du pays sont appelés pour résoudre le chaos qui menace la fragile paix. À l'intérieur d'un des bombardiers B-52 (chacun équipé d'une charge nucléaire de 40 mégatonnes), le pilote (Slim Pickens) et son équipage sont confrontés à subir les décisions d'un général psychotique et peut-être d'appuyer sur le mauvais bouton, risquant l'annihilation du monde... surtout lorsque le ministre de la Russie arrive à la salle de Guerre et révèle l'existence d'une Machine Infernale.

Probablement la meilleure satyre sur la guerre à avoir jamais été réalisée, le film de Kubrick propose une incursion derrière les coulisses du pouvoir et une brillante étude sur la faillite de l'élément humain. Chaque acteur possède un rôle dont il semble né pour interpréter. George C. Scott interprète avec brio le chef d'état-major, bouffant gomme sur gomme, offrant une variété d'expressions faciales fascinantes. Même sa gestuelle est impressionnante. Lors d'une scène ratée, l'acteur est tombé et a poursuivi avec le texte. Kubrick a tant aimé cette improvisation accidentelle qu'il l'a conservé dans le film. Sterling Hayden, sorti de sa retraite spécialement pour le film, interprète le Général psychopathe avec réalisme. Sa lente chute dans la folie paranoïaque procure un effet comique, mais effraie également par sa froide logique. Quant à Peter Sellers, le film lui offre la possibilité de jouer un triple rôle. En premier lieu, il joue Mandrake avec efficacité et comédie. D'un autre côté, il interprète le rôle-titre du Docteur Folamour comme la caricature d'un ancien allemand serviteur sous le Troisième Reich. En troisième, Sellers est le Président des États-Unis où il joue de façon beaucoup plus posée, soignée et avec une incroyable restriction de mouvement. Chacun des personnages qu'il interprète possède sa propre gestuelle et son parler particulier, procurant au film un de ses aspects les plus fascinants et comiques. Kubrick avait même demandé à Sellers de jouer le rôle du pilote du bombardier, mais l'acteur trouvait que ça faisait beaucoup de pages à se souvenir. La filmographie du réalisateur est unique et ce titre ne fait pas ombrage au reste, loin de là. Le montage plus serré que ses précédents et futurs films offre une ambiance d'annihilation imminente. En effet, le tout se passe presque en temps réel et est d'une redoutable efficacité. La psychologie des personnages démontre une fermeture d'esprit et en même temps une noirceur dans l'âme humaine, ne pouvant que conclure en la finale du film. Plusieurs autres films de Kubrick sont guidés par un personnage tiraillé entre la lumière et l'ombre. Ici, on montre un constat plutôt négatif, mais réaliste, de l'humanité et combien ses croyances les plus sombres peuvent coûter au reste du globe. Les dialogues sont particulièrement croustillants et possèdent une dose insoupçonnée de sexe (oui, oui). Les images sont tout aussi révélatrices: le ravitaillement d'un avion lors du générique, le Général manipulant toujours un cigare ou une arme de gros calibre, le pilote du B-52 chevauchant une bombe nucléaire, et plus encore. Les décors ne sont pas de piètre qualité. En effet, le tout est si surprenant que lors du tournage, le FBI aurait brièvement enquêté en rapport l'exactitude de la technologie militaire. Il est difficile de regarder le film une seule fois et d'en comprendre toutes les qualités et subtilités. Seulement, une seule fois suffit afin de comprendre la finale: on peut changer l'être humain, mais pas sa nature.

Quelques films de Kubrick ne sont pas chéris sur le plan de l'image. Ici, le transfert est tout simplement impressionnant. Même pour un film en noir et blanc, les textures sont fidèles et variées. Ainsi, la peau, les rides, les vêtements sont tous représentés avec une telle intransigeance qui aurait sans doute rendu Kubrick très fier. Les gestes et multiples actions sont claires même dans les scènes les plus sombres. Les contrastes sont riches avec une précision cherchant les moindres détails de l'arrière-plan (on peut littéralement voir les indications de chaque cadran de bord du B-52!). Sony mérite de très chaudes félicitations pour cette admirable édition. Impeccable expérience sonore, la piste sonore anglaise propose un excellent travail permettant une immersion complète. La musique de la dernière attaque du bombardier, les plus petits souffles des personnages et les effets sonores des armes ouvrant le feu sont d'une efficacité redoutable. En fait, la piste est vivante comme jamais. Sur DVD, elle était très compétente. Sur Blu-ray, elle est tout simplement parfaite.

Il ne manquerait que la bande-annonce du film et une piste de commentaires pour une note parfaite, mais on nous offre une brochette de suppléments d'une pertinence jamais vue auparavant: "The Cold War" est une interface image sur image où interviennent certains scientifiques et politiciens de l'époque pour parler du danger nucléaire. Ce supplément est aisément le plus pertinent et le plus fascinant contenu sur cette édition, nous apprenant une foule de détails sur la politique de l'époque et une qualité d'intervention comme jamais. Le supplément suivant, "Inside Dr. Strangelove", s'attarde aux événements menant à la création du film. De la pré-production à la production, une série d'entrevues et d'images en coulisse permettent d'apprendre une excellente dose d'anecdotes sur le tournage. La revuette "No Fighting in the War Room" traite du phénomène de la menace nucléaire et combien nous sommes passés près de la catastrophe. Très intéressant, surtout provenant des sources les plus crédibles ayant survécu. "Best Sellers" nous présente une brève biographie de l'acteur Peter Sellers qui permet de comprendre un peu plus le génie du regretté humoriste et ses multiples facéties. "The Art of Stanley Kubrick" résume en une quinzaine de minutes les courts-métrages du réalisateur jusqu'à Dr. Strangelove. C'est trop court, il aurait fallu allonger le sujet puisque la richesse permettait d'en faire un long-métrage en lui seul (regardez A Life In Pictures, LE meilleur documentaire sur Kubrick à ce jour). "Interview with Robert McNamara" propose une conversation de 25 minutes avec Robert McNamara, l'ancien Secrétaire à la Défense des États-Unis. Très intéressant, puisque ça complète plusieurs des morceaux d'entrevue. La mémoire de l'ex secrétaire est phénoménale et les détails sont absolument fascinants. Dans les années 60, il était à la mode d'offrir une entrevue sur un écran séparé en deux. Dans "Split-Screen Interviews", Peter Sellers et George C. Scott se prêtent au jeu.

Difficile d'offrir une critique objective lorsqu'il s'agit de son film favori. Néanmoins, le long-métrage offre bon nombre de morceaux de bravoure, des interprétations de qualité et une histoire aux rebondissements comiques plus que satisfaisants. Le transfert offert par le studio est impressionnant pour un film de cet âge. Quant à la piste sonore principale (et française), le spectacle est tout aussi apprécié. Les suppléments proposent un contenu tantôt amusant, tantôt pertinent comme jamais auparavant sur Blu-ray ou DVD. Si vous possédez déjà le titre sur DVD, sachez qu'une mise à jour serait fortement recommandée. Si vous n'avez jamais vu ce classique, l'un des meilleurs films de tous les temps (selon l'American Film Institute), il est impératif de le faire. Pour sa première incursion en Blu-ray, "Dr. Strangelove" est sans aucun doute une réussite totale.


Cotes

Film10
Présentation10
Suppléments9
Vidéo10
Audio10