Le réalisateur canadien David Cronenberg a bâti sa carrière et s'est fait une réputation avec des films d'horreur à petit budget mettant souvent en vedette des prothèses de latex et des acteurs ou actrices en faisant un fétiche! Bien que l'essentiel de son œuvre se résume effectivement à ce genre cinématographique, il lui arriva (et il lui arrive encore) de réaliser des films dramatiques ou d'action n'ayant rien d'épeurant si ce n'est leur scénario et leurs mauvais acteurs.
En 1978, entre deux films de peur, il s'attaqua à une histoire de vengeance qui se passait dans le merveilleux monde des "dragster", ces autos superpuissantes et bruyantes qui font des accélérations records sur de courtes distances et qui ont ensuite besoin d'un parachute pour ralentir. Mettant en vedette les légendes de films B William Smith, John Saxon et l'ex-playmate Claudia Jennings (qui se tua après le tournage dans un accident de voiture), le film "Fat Company" connut des problèmes nébuleux de distribution, ce qui empêcha le grand public nord-américain d'en profiter à sa sortie. Le réalisateur Cronenberg en parle pourtant avec affection et comme de l'un des plus importants de sa filmographie...
Maintenant qu'il est enfin disponible en Blu-ray, courtoisie de Blue Underground, on peut finalement apprécier cette curiosité à sa pleine valeur ou à son absence totale des dites valeurs! Le metteur en scène et co-scénariste ayant toujours été plus préoccupé par ses bibittes de latex et leurs actions que par ses comédiens ou ses scénarios, il n'est pas surprenant de voir que dans un film comme celui-ci où les créatures de caoutchouc sont absentes, il a dû sublimer et remplacer ses créatures fétiches par ... des chars! Le reste est tout à fait semblable à ses autres films de l'époque. Un groupe de bons s'opposant à un méchant qui finira par expier ses péchés en leur permettant une vie heureuse et remplie! Ah oui, j'oubliais les filles à moitié vêtues, la musique rock quétaine, le look résolument petit budget et l'absence totale de talent de la part de ses acteurs qui sont en plus mal dirigés. Heureusement, sa vision (si on peut appeler sa détermination à tourner ainsi) porte le ridicule du projet à bout de bras et lui permet d'en faire un film de série B ordinaire qui plaira aux amateurs de moteurs et de bruit.
L'histoire raconte les aventures de deux coureurs de dragster, Lonnie "Lucky Man" Johnson (William Smith) et son poulain, qui tentent de contrecarrer les plans de leur gérant véreux et sans scrupules (John Saxon). Aidés de leurs amies de coeur respectives et de l'équipe de mécaniciens, les deux héros viendront à bout du méchant monsieur et de ses nouveaux alliés qui étaient précédemment ses ennemis mortels! Entre les montagnes de dialogue stupide, de séquences inutiles, et les inepties de la résolution du conflit (le punch final, quoi!), Cronenberg s'en donne à cœur joie à filmer des moteurs, des pneus qui font de la fumée et des autos qui vont vites. Le reste, c'est facilement oubliable. Le ridicule de ses films d'horreur ayant au moins la qualité d'être original et unique, alors que lorsqu'il veut faire du plus sérieux, ses talents de scénaristes ne font qu'empirer la situation!
Au niveau de la qualité vidéo, le travail de transfert est bien fait, mais la copie originale est un peu limite. Les couleurs sont pas mal délavées et manquent de punch et la latitude des pellicules de l'époque n'étant pas très élevée, on retrouve beaucoup trop de contraste au niveau des extrémités. Pour l'audio, on a bien réparti le Dolby 7:1 (ou 5:1, au choix) nous permettant de bien défoncer nos tympans avec les hurlements des bolides. Sinon, la prise de son originale reste quelconque et la musique horrible. Le tout a tout de même été bien travaillé pour la sortie sur disque bleu.
En supplément on retrouve des commentaires optionnels de David Cronenberg, une bande-annonce du film, une entrevue des deux vedettes Saxon et Smith sur leur style de jeu axé sur les personnages plus que sur la méthode, ainsi qu'une revuette avec le directeur de la photographie Mark Irwin qui contribua pendant plusieurs années aux films du réalisateur. Les deux trésors de ces suppléments sont cependant les deux moyens-métrages "Stereo" et "Crimes of the Future", deux films de jeunesse de Cronenberg où on voit déjà poindre son goût pour l'étrange et l'excessif et son humour bizarre.
| Film | 6 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |