Le dessinateur, peintre, animateur, producteur et réalisateur Ralph Bakshi a eu une carrière en dents de scie. Capable de mettre en scène des dessins animés de haut niveau comme il le fit pour son Lord of the Rings (qui, malgré son succès en salle ne trouvera pas de financement pour réaliser la deuxième partie de l'œuvre, nous laissant donc avec un superbe film incomplet) adapté de Tolkien en 1978 ou avec le Heavy Traffic de ses débuts mais aussi de produire des films moins réussis comme Coolworld ou ce "Fire & Ice" réalisé en 1981.
On pouvait en effet s'attendre à une plus spectaculaire réussite de la part de Bakshi lorsqu'il décida de travailler sur un film fantastique avec un des dessinateurs les plus en vue de l'époque, Frank Frazetta. La combinaison du réalisateur maître de l'animation par rotoscopique et du dessinateur de Conan et Vampirella laissait présager une fresque plus spectaculaire que ce fut le cas pour ce film. Il est vrai que malgré tout les deux artistes semblent avoir bien fait leur travail puisque l'animation, la réalisation et les dessins sont impeccables.
Là où le projet s'effondre, c'est au niveau de la scénarisation. Bien qu'on ait employé deux écrivains vétérans de la littérature fantastique (division "Sword & Sorcery" - Épées et Magie - un genre incluant un mélange de héros musclés et armés et de sorcières pulpeuses aux pouvoirs magiques terrifiants), on se retrouve avec un scénario d'une banalité déconcertante. Après avoir préparé le terrain lors de l'introduction avec les royaumes de Glace et de Feu se préparant à s'affronter dans une guerre terrible, on passe la quasi-totalité du reste du film en prises d'otages, évasions des dits otages, poursuites de ces derniers par leurs captifs, reprise des dits otages par d'autres méchants, libération par des amis qui vous veulent du bien et remise en captivité. Ha oui, j'oubliais la fuite finale...! Bref, entre le prélude et le combat ultime qui marquera la victoire du bien sur le mal (surpris?) on a plus l'impression d'un film de Laurel et Hardy avec ses poursuites effrénées que d'un drame épique comme le genre nous a habitués à voir. Surtout qu'en tournant une animation et non pas avec de vrais personnages, on peu en général laisser plus libre cour à son imagination, car on est pas limité par le budget des décors et des milliers de figurants. Ce que les scénaristes nous ont livré, ce serait plutôt une histoire sans substance (même pas la classique quête habituelle!) qui semble avoir été écrite sur le coin d'une table en quinze minutes.
Dommage, car l'animation crée à partir du tournage de vrais acteurs et cascadeurs, où les animateurs dessinent image par image par-dessus la séquence "réelle" tournée en studio en amplifiant les traits des personnages à leur guise et pour rester dans le style Frazetta (c'est à dire des héroïnes aux seins surdimensionnés et aux courbes impossibles et des guerriers à la musculature de monsieur univers) est des plus intéressante. Tout comme Bakshi l'avait fait avec son "Lord of the Rings", son utilisation de la rotoscopie crée ici un style à la fois réaliste et envoûtant, rendant les personnages plus intéressants que dans les films style-Disney. Certainement plus que dans ceux plus modernes utilisant l'animation par ordinateur... Donc, un demi-échec qui intéressera les fans du genre fantastique ou les amateurs de Frazetta ou Bakshi, mais qui ennuiera profondément les profanes.
L'histoire est celle d'un puissant sorcier, Nekron, qui règne sur le royaume de Glace et qui décide d'envahir celui du Feu. Grâce à son contrôle sur la matière première - il fait apparaître des glaciers comme bon lui semble à partir de l'humidité de l'air- , il détruit les villages sur son passage avançant sans pause vers son ennemi. En même temps que ses sbires kidnappent la fille du roi du royaume du Feu un jeune guerrier s'enfuit de son village détruit et jure de se venger de Nekron. Après moult évasions et reprises par ses captifs, la princesse rencontre le guerrier et, ensemble, ils tentent de rejoindre le royaume de son père. Mais ils sont repris et s'évadent, puis sont repris individuellement, et s'évadent encore, et ainsi de suite! Quand les choses se gâtent pour les deux amis, un mystérieux guerrier apparaît et les aide. Puis il disparaît aussitôt après. Ce trio réussira-t-il à freiner l'avance de Nekron et à sauver le royaume du Feu? D'après vous ...!?
La qualité de l'image et du son est très bonne. Une chaleur des tons, une forte présence des couleurs se mariant bien avec l'émotion du récit, le tout respectant assez bien l'art de Frazetta, ainsi qu'une piste audio vivante et complexe, nous permettent de nous régaler au visionnement. Les techniques d'animation de l'époque paraissent toutefois un peu vieillottes, mais ça garde un certain charme en Haute-Définition. La bande son en Dolby TrueHD 7.1 ou en Dolby Digital 5.1 permet aussi d'ajouter une dimension intéressante au film.
En suppléments on retrouve un intéressant documentaire de l'époque sur le tournage du film, tiré d'une copie VHS de Monsieur Bakshi malheureusement, avec des entrevues des principaux artisans de la production expliquant le long processus créatif pour parvenir à l'image finale. On a aussi un des acteurs (Sean Hannon, Nekron) lisant des extraits de son journal de bord écrit à l'époque du tournage, des commentaires audio de Ralph Bakshi, une entrevue de ce dernier discourant sur son association et son amitié avec Frazetta et une galerie photo. On retrouve aussi une bande-annonce du film. On regrette toutefois l'omission du documentaire sur Frazetta qui avait été joint il y a quelques années à la copie DVD du film chez Blue Underground.
| Film | 7 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |