"Nous sommes l'antidote!"
À l'été 2007, les réalisateurs Rodriguez et Tarantino, à qui l'on doit respectivement Sin City et Inglourious Basterds, se sont unis pour réaliser un film chacun, reprenant les vieux thèmes chers au cinéma bis des années 60 et 70. L'un réalisera "Planet Terror" et l'autre se chargera de "Death Proof". Avec une bande d'amis pour réaliser de fausses bandes-annonces en plein milieu, l'expérience était plus que complète (je l'ai vu trois fois au cinéma, c'est dire). Seulement, les gens ne se déplacèrent pas et le film connut un des pires flops de l'année. La décision des producteurs fut de séparer les deux titres et de les rallonger. Sur DVD et Blu-ray, les deux titres vendaient beaucoup, mais les fans du film original tel que vu en salles commençaient à croire que leur cher désir ne verrait jamais le jour, qu'ils ne pourraient jamais tenir entre leurs mains le coffret. Aujourd'hui, c'est désormais chose faite et l'édition vantée comme prometteuse livre la marchandise.
Le premier film de la soirée est "Planet Terror", dans lequel Cherry Darling (Rose McGowan) est aux prises avec un brusque désir de changer son existence. Alors qu'elle croise un convoi militaire suspect mené par Muldoon (Bruce Willis), Cherry est loin de se douter à quel point son désir se réalisera. Muldoon arrive à une base militaire pas très éloignée et exige un chargement de gaz toxique auquel lui et son équipe a été en contact. Pour empêcher leur transformation en d'immondes cloques de pu humain dévoreurs de chair, ils ont besoin de respirer le gaz en petite dose. Seulement, l'échange ne se passe pas comme prévu et une bonne partie s'échappe dans l'air, changeant quiconque entre en contact en amateur de chair humaine. Au restaurant de J.T. (Jeff Fahey), Cherry rencontre son ex-petit ami au passé douteux, El Wray (Freddy Rodriguez), qui lui suggère de la ramener où elle veut. Durant le chemin, la voiture dérape et Cherry est attaquée par une horde de mangeurs de chair. Ils s'emparent littéralement de sa jambe. Une fois à l'hôpital, El Wray veille sur Cherry mais tombe sur le shérif Haig (Michael Biehn) qui lui passe les menottes. El Wray suggère un plan, qui inclut avant tout d'échapper aux morts et de parvenir à les repousser. Seulement, Muldoon est sur les traces d'El Wray avec un compte à régler. Après le générique, une série de fausses bandes-annonces prend d'assaut l'écran. Vous pourrez ainsi voir des extraits de "Les Femmes Loup-Garou des SS" (avec Nicolas Cage dans le rôle du Fu Manchu), "Faut Pas" et "Action de Grâce". Le second film, réalisé par Tarantino, est intitulé "À l'Épreuve de la Mort" (mais on peut voir brièvement un autre titre: "Thunder Bolt", remplacé par le titre officiel). Un groupe de filles part faire la fête à Austin. L'une d'entre elles est animatrice dans une émission radio et essaie de se payer la tête d'une amie en affirmant que cette dernière, si un homme lui offre à boire et lui récite un poème, devra lui faire une danse contact. Arrivées au bar, la soirée est calme. Leur vendeuse est en retard et les gars ne se pointent pas. En fait, personne ne vient les voir. Une jeune fille, Pam (Rose McGowan), arrive au bar et se lie d'amitié avec un mangeur de nachos nommé simplement "Cascadeur Mike" (Kurt Russell). Après une soirée bien arrosée, les filles s'en retournent chez elles tandis que Mike se propose de reconduire Pam. Cependant, une fois dans la voiture, le conducteur affiche une personnalité psychotique. Faisant brûlure de feu rouge sur excès de vitesse, Cascadeur Mike parvient à tuer Pam et rejoint les autres filles, créant une collision frontale sans précédent, les tuant toutes sur le coup... excepté lui. Suite à un séjour à l'hôpital, le chauffeur malade tombe sur un nouveau groupe de filles à terroriser.
Véritable phénomène sous-estimé, le double programme propose une super soirée en émotions fortes. Le film de Rodriguez recycle les vieux clichés du cinéma d'exploitation avec succès. Son récit de mangeurs de chair propose une bonne dose d'adrénaline et des scènes d'horreur intense. L'idée de présenter le film avec tous les défauts et qualités du cinéma d'antan est géniale. L'interprétation est dans le ton, donc quelque peu exagérée. La narration est impeccable et offre une durée qui passe très rapidement. Le même constat ne peut pas être dit du film de Tarantino. Son récit est beaucoup trop engagé dans le dialogue et tombe souvent à plat. Seulement, la présence de Kurt Russell cimente le film et ses apparitions ne manquent pas de jeter une goutte de sueur froide dans le dos tant son personnage est efficace. La dernière partie de ce film est complètement exempte des défauts visuels et auditifs chers au concept, ce qui pourrait paraître plausible considérant qu'à l'époque, rares étaient les publics restant jusqu'à la toute fin... mais il n'était pas obligé de reproduire le même type d'ennui de seconde partie.
Reproduisant fidèlement l'image, le transfert est fortement inspiré. Les défauts paraissent tout aussi inspirés et renforcent l'ambiance malsaine et dégoûtante du film. Les contrastes sont parfois exagérés, on observe une grande perte de détails dans les scènes nocturnes (donc la majorité du film), les égratignures envahissent l'écran lors des moments plus stressants, etc. Les actions et gestes perdent parfois de leur qualité, mais comme le titre l'indique, tout est dans le concept. Donc l'expérience est forcément positive et parfaite. Pas aussi concluante que l'image, la piste sonore possède une certaine force et profondeur et offre une solide performance. Une fois qu'on se rappelle le concept, il est facile de comprendre pourquoi le Dolby Digital 5.1 est un choix de prédilection. Premièrement, le studio peut encore vendre les éditions séparées, qui possèdent une piste sonore en DTS-HD. En second lieu, il s'agit d'une excellente façon d'entendre les craquements, les pops et autres défauts auditifs qu'une piste sonore haute définition ne pourrait reproduire aussi fidèlement.
Sans vouloir réécrire la liste totale des suppléments reproduits de la précédente édition, concentrons-nous sur les exclusivités de ce coffret: "Robert Rodriguez's 10 Minute Cooking School": Le réalisateur montre les détails de la préparation d'un véritable barbecue style Texas et vous présente les ingrédients nécessaires pour créer sa sauce favorite. Intéressant puisque le film traite également de cette recette. "Makeup Effects of Planet Terror": Plutôt explicatif, il s'agit d'une douzaine de minutes montrant les effets de maquillage utilisés dans le film, avec une grande efficacité et ingéniosité. "Hot Rods of Death Proof": Présente les véhicules modifiés utilisés dans le film. Sans être totalement dépourvu d'intérêt, on nous montre comment rendre une voiture à l'épreuve de la mort et tous les gadgets requis pour garder le conducteur en vie lors de cascades dangereuses. "Making of the Fake Trailers": De brèves vignettes montrant les coulisses du tournage des différentes bandes-annonces. Palpitant, j'en aurais pris encore pendant des heures. "New York Times Talk": Une journaliste s'assoit avec les réalisateurs de Grindhouse et discute de différents sujets par rapport aux thèmes du film. Très intéressant, surtout qu'il s'agit de l'entrevue en entier, donc c'est au-dessus d'une heure. "Comic-Con 2006": Les réalisateurs se présentent au célèbre Comic-Con de San Diego en 2006 et moussent la publicité pour leur film. Une vingtaine de minutes qui passent relativement vite avec la variété de sujets qu'ils passent et l'évidente camaraderie entre les deux hommes. "Hobo With a Shotgun": Gagnant d'un concours Grindhouse, cette fausse bande-annonce propose un film tout aussi concept dans son approche style années 70.
Ayant originalement vu le film en salles (trois fois... oui j'étais déjà un fan), j'attendais avec impatience qu'un studio s'en empare pour enfin le sortir sur DVD ou Blu-ray. Le film est excellent et constitue un très bon classique lors des soirées d'Halloween. L'audio n'est peut-être pas le plus convaincant, mais dans l'esprit Grindhouse, c'est parfait. L'image est superbe et suggère un spectacle tangible représentatif des cinémas d'époque. Pour les suppléments, on reprend les éditions précédentes et on ajoute deux heures de nouveaux bonus pour une nouvelle édition plus que satisfaisante. En définitive, si vous êtes déjà un fan des films séparés, vous devez cesser de regarder les fausses bandes-annonces sur YouTube et vous jeter sur cette édition, qui est la manière d'origine d'apprécier le film. Si vous aimez l'horreur et les films au visuel à l'aspect très usé, vous passerez une très bonne soirée... et même si vous ne connaissez pas du tout, le concept seul vaut la peine d'être vu. Chose certaine, c'est grâce aux éditions DVD qui ont su séduire le public qui ne s'est pas déplacé que nous pouvons enfin, après trois ans, voir le film original et les fausses bandes-annonces.
| Film | 10 |
| Présentation | 9 |
| Suppléments | 9 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 7 |