"Rappelez-vous que rien n'est permanent... pas même la mort!"
L'infâme Monsieur Nick propose un jour au Docteur Parnassus de lui donner l'immortalité. Cependant, et le bon docteur s'en rend compte, le processus d'âge, lui, n'a toujours pas été inversé. Monsieur Nick fait une contre-proposition à Parnassus de conserver un aspect physique immortel en échange de l'âme de sa petite fille, le jour de ses 16 ans. À peine quelques jours avant l'anniversaire fatidique de cette dernière, Parnassus réalise le poids de son erreur et compte sur l'aide des membres de sa troupe mobile pour l'aider à contrecarrer les plans du sombre Monsieur Nick. Ils rencontrent sur leur chemin un amnésique (Heath Ledger) qui pourrait bien les aider à se sortir du pétrin.
À priori, ça ne semble en rien à une histoire jamais racontée. Cependant, il ne faudrait pas juger trop vite puisque le nom de Terry Gilliam y est apposé. Certes son Brothers Grimm de triste mémoire n'a en rien arrangé les choses, mais le réalisateur-scénariste a ici trouvé un moyen de revenir à des envolées nettement plus poétiques, garantes de nous rappeler les meilleurs instants de Baron of Munchausen, "dans la manière et l'esthétique. Toujours porté par la présentation, le spectateur cherche et trouve ainsi la signification par lui-même au travers d'une dimension fort recherchée par l'intervention de trois acteurs, suite au décès prématuré de Ledger. Ainsi, Collin Farrell, Jude Law et Johnny Depp offrent un aspect de surréalisme encore plus démesuré, que le film n'aurait pu atteindre avec la présence d'un comédien uniquement. L'univers coloré et hautement fantastique de Gilliam fuse de personnages surprenants et il est le seul à savoir jongler aussi habilement entre le rêve et la réalité. Lorsque la peinture de Dali et de Magritte se heurtent à l'immuable réalité, il n'y a qu'un résultat à cette collision: Terry Gilliam. Le thème du rêve, des univers hallucinants, atteint ici un haut degré de poésie. La plastique des effets spéciaux peut sembler bidimensionnel, mais une chose est certaine, tout a une raison, même si la raison est abandonnée au profit d'un visuel des plus éclatants. Heath Ledger domine dans le rôle de l'amnésique et offre un chant du cygne laissant présager d'un talent d'acteur comme on en voit peu... au lieu de ça, il a rejoint les légendes telles James Dean, John Cazale et tous ces jeunes acteurs au talent illimité dont la mort a frappé trop tôt. Christopher Plummer campe un docteur Parnassus avec brio, toujours porté par le poids de ses erreurs. Le chanteur Tom Waits incarne ici le diable et suggère toujours des paris dont l'issue sera à deux visages. Terry Gilliam revient en force après un douteux et mitigé Tideland, pour embrasser à nouveau des thèmes à fortes connotations surréalistes.
Tout film de Gilliam se doit d'être excellent du côté visuel sinon, c'est la moitié de l'expérience qui passe par la fenêtre. Ici, pas de problèmes. On nous offre une image des plus belles faisant reluire les effets spéciaux et les délires imaginatifs du réalisateur de talent. Quelques gestes et actions témoignent d'un petit manque d'attention de la part des effets spéciaux, mais le reste demeure très compétent si on ne s'arrête pas au moindre détail... seulement, tout détail compte dans l'univers de Gilliam, c'est pourquoi le tout aurait dû bénéficier d'une plus grande supervision et, à priori, d'une plus confortable enveloppe pour les effets.
Du plus haut du mon Parnasse (Parnassus, donc) au plus bas de la société londonienne, la piste sonore tant anglaise que française nous offre des moments sublimes. Le son est subtilement divisé pour retentir à tout moment. Les scènes plus calmes et moins épiques se concentrent sur la création de l'environnement fantastique, à savoir le besoin d'imaginer... une fois de l'autre côté du miroir, le son retentit comme une tonne de brique et permet des envolées purement fantastiques et pas redondantes, l'Imaginarium s'attardant sur l'imagination de la personne y pénétrant... La musique rehausse donc l'expérience, là où les effets spéciaux manquent un peu de finition.
La pochette nous vante d'aller en profondeur dans le monde imaginatif de Gilliam, seulement, elle omet de nous offrir des bonus en qualité... la quantité semble y être, mais après un rapide coup d'œil, les maigres 56 minutes offertes ne suffisent tout simplement pas à rassasier le spectateur à la recherche d'une véritable immersion dans le processus créatif. Cependant, quelques suppléments méritent que l'on s'y attarde, la majeure partie concernant Heath Ledger: une (trop) brève entrevue (avec un collage d'images au lieu de la véritable entrevue) et des tests d'habillage avec le défunt acteur. Suis-je réellement le seul à vouloir en savoir encore plus que ce que nous offre cette édition? De plus, l'édition américaine propose la bande-annonce originale, néanmoins omettant la piste sonore française... bizarre.
Tout simplement spécial, L'Imaginarium du docteur Parnassus ne plaira pas à tous. Le film ne suit pas le traitement auquel le spectateur pourrait s'attendre, mais mérite plusieurs visionnements pour s'en convaincre. La mise en scène fortement adaptée et dans le ton permet au regretté Ledger une performance hors du commun et à ses successeurs de prendre une relève tout aussi imaginative. Les suppléments déçoivent beaucoup, mais la piste de commentaires permet de remédier un peu à ça. Il s'agit en somme d'une édition correcte pour un film qui ne manque pas d'originalité... pour les fans, c'est peut-être un achat certain... pour les non-initiés, je recommanderais une location.
| Film | 9 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 9 |