In the Family [Blu-ray]
In the Family LLC

Réalisateur: Patrick Wang
Année: 2012
Classification: G
Durée: 169 minutes
Ratio: 1.78:1
Codec: 1080p (AVC)
Langue: Anglais (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (BD-50)
Code barres (CUP): 823857169023

Ce disque Blu-ray est disponible chez: Amazon.com

Selon Martin Gignac
14 juin 2013

Aurait-on trouvé l'héritier de John Cassavetes et de Yasujiro Ozu? Peut-être bien. C'est du moins un des sentiments qui ressort de "In the Family", le formidable premier film du réalisateur Patrick Wang.

L'accueil critique réservé à "In the Family" fut dithyrambique. Surtout aux États-Unis, où ce film indépendant a pris l'affiche sur plusieurs écrans. Et c'est tant mieux! En apparence, il ne s'agit pourtant que d'un mélo digne des traditionnels "movie of the week".

Joey (Patrick Wang) et Cody (Trevor St. John) forment un couple modèle. À la mort de ce dernier, son fils de six ans Chip (Sebastian Brodziak) est remis à la sœur de Cody, ce que décide de contester en cour son amoureux éploré.

Tous les éléments sont de la partie pour créer un drame sirupeux et moralisateur. Il y a les injustices de la vie, le racisme envers les homosexuels et les personnes asiatiques, l'avenir potentiellement sombre d'un enfant mignon comme tout, le rapport de force entre les liens de sang et ceux qui se développent chaque jour, etc.

Des pièges que le cinéaste évite continuellement à l'aide de son propre scénario. Ses dialogues sont particulièrement aiguisés, allant au fond des choses, créant un surplus d'émotions à partir de simples pacotilles. Ses personnages sont vrais et ils vivent de véritables drames. L'identification se fait presque instantanément. Peut-être que Wang aurait pu pousser encore plus loin sa démarche et rajouter davantage de failles à son héros. Reste qu'il possède plusieurs zones d'ombres, éclairées en partie par de judicieuses ellipses.

L'idée d'étirer les scènes au maximum est brillante... et un peu casse-gueule. Il était aisé de se retrouver devant une mer de répétitions et de redites. Surtout que l'essai dure près de trois heures. Il n'en est presque rien. C'est le réel qui vole au grand jour, devenant palpable grâce à cette superbe mise en scène ponctuée de longs plans fixes. Les longueurs deviennent ici lenteurs, qui permettent de mieux entrer dans la tête des personnages.

Plus que tout, Wang est un formidable directeur d'acteurs. Comédien au talent limité, il sait s'entourer d'excellents interprètes peu connus, les dirigeant de main de maître. Avec son sourire et ses grands yeux qui semblent porter toutes les joies et les souffrances du monde, Sebastian Brodziak est ce symbole par excellence de pureté qui résiste, coûte que coûte, à l'envahisseur.

L'œuvre est sobre, ne recourant pas souvent à la musique. Du coup, les pistes sonores semblent limitées, ce qui n'est évidemment pas le cas. Elles sont profondes aux moments opportuns, s'arrangent constamment pour mettre les dialogues à l'avant-plan. Ces derniers s'entendent sans aucune difficulté, et il y a même de potables sous-titres blancs en cas de besoin. Son sujet nageant dans des zones grises, il est presque normal que la palette de couleurs soient sans éclat. Cela n'empêche pas les teintes de surprendre par leurs détails et les contrastes de ravir pour leur homogénéité.

En faisant abstraction des onéreux Criterion, peu de produits rivalisent avec celui-ci en terme de présentation. Le boîtier en carton est magnifique, offrant un livret qui comporte quelques essais extrêmement intéressants de critiques et de metteurs en scène. Sobre et sans mélodie, le menu principal du disque offre une image de livres. Les suppléments très originaux sont constitués d'entrevues avec des artistes admiratifs de cette ode familiale, une bande-annonce, des auditions et une plongée assez complète dans le processus de création de son auteur, qui explique en détail comment il construit une séquence et de quelle façon il élabore son montage.

Ne se permettant jamais de juger ses personnages, privilégiant une approche posée et empirique, Patrick Wang prouve avec ce premier long-métrage qu'il est un réalisateur à surveiller de très près. Ce ne serait d'ailleurs pas surprenant que son prochain opus soit retenu à Cannes en compétition officielle. En attendant, John Cassavetes et Yasujiro Ozu peuvent enfin dormir tranquilles. Leur véritable fils spirituel vient peut-être bien d'être trouvé, à la grande joie des cinéphiles qui désespéraient devant le cinéma américain qui n'était plus vraiment indépendant et avant-gardiste.


Cotes

Film8
Présentation9
Suppléments8
Vidéo7
Audio7