Pamphlet édifiant, mais parfois pompeux sur la liberté, l'égalité et la réconciliation, "Invictus" est une œuvre porteuse d'espoir décrivant les longs combats de Nelson Mandela et de Clint Eastwood. Puisque l'attention est déjà portée sur l'Afrique du Sud pour la Coupe du monde, place au rugby en format Blu-ray!
En 1995, dans une tentative de reléguer les souvenirs de l'apartheid aux oubliettes et de rapprocher les habitants noirs et blancs de l'Afrique du Sud, le président Nelson Mandela (Morgan Freeman) convainc le capitaine de l'équipe des Springboks François Piennar (Matt Damon) d'inspirer ses coéquipiers afin de faire belle figure au championnat mondial de rugby.
Ce début du 21e siècle aura certainement été les plus belles années de la carrière de réalisateur de Clint Eastwood. Depuis le troublant Mystic River en 2003, il enchaîne les opus chocs, remportant des oscars pour Million Dollar Baby, explorant la Seconde Guerre mondiale par son diptyque Flags of Our Fathers et l'extraordinaire Letters From Iwo Jima, avant d'offrir des récits mineurs quoique toujours très intéressants grâce au sensible Changeling et à l'hilarant Gran Torino.
Bien que papy semble tourner plus rapidement que son ombre, sa dernière missive prêche par excès. L'ancien homme sans nom veut réhabiliter le passé à grand coup de discours moralisateurs, de chansons appuyées et de messages omniprésents qui envahissent rapidement l'écran. Le créateur du splendide The Bridges of Madison County veut tellement faire réagir et soutirer des larmes qu'il n'hésite pas à manipuler le spectateur et l'émotion, offrant une finale croulant sous les bonnes intentions. De quoi avoir la conscience plus tranquille devant le difficile parcours de la légende politisée.
Derrière ces défauts plus apparents que dans les précédents efforts d'Eastwood et une mise en scène toujours aussi anonyme et académique, il serait facile d'oublier les grandes qualités d'"Invictus". L'ensemble est soufflé par le vent de l'espoir et il inspire allègrement, faisant souvent frissonner de bonheur, rappelant que la parole d'un homme est parfois plus fondée et aboutie que celle du peuple tout entier. Le tout est soutenu par une attention constante apportée aux détails et un regard sincère sur cette période charnière, où les réparties humoristiques dédramatisent des séquences plus troublantes et difficiles.
Le long-métrage bénéficie également d'une impressionnante distribution dominée par ses deux têtes d'affiche. Morgan Freeman semble être né pour jouer Madiba et il l'incarne royalement sans jamais le singer, étant toujours respectueux du grand personnage. Plus effacé, mais néanmoins charismatique est un Matt Damon davantage musclé qu'à l'habitude, qui a parfois de la difficulté à maîtriser les accents. Le duo fait belle figure, renforçant cette amitié masculine qui semble si importante aux yeux de monsieur Unforgiven.
La belle photographie est servie par une image neutre dominée par le blanc, le noir et le gris. Les contrastes développés et détaillés font oublier ce blocage, et l'utilisation d'archives est toujours la bienvenue. L'intéressante partition instrumentale du tandem composé de Kyle Eastwood et de Michael Stevens est parfois utilisée à outrance. Les pistes sonores très efficaces lors des parties sportives (le spectateur a presque le sentiment d'être sur le terrain) tendent malheureusement à empiéter sur les dialogues. Pour être certain de tout saisir, il ne faut surtout pas oublier d'insérer de corrects sous-titres blancs qui peuvent toutefois se perdre à l'écran.
La pochette assez classique montre les deux protagonistes et une équipe qui célèbre leur triomphe. Pour le suspense, il faudra repasser. Le menu principal du Blu-ray reprend l'image du boîtier. Tout est statique, sauf qu'une mélodie solennelle se fait entendre. Les suppléments regroupent une rencontre éclairante entre Nelson Mandela et Morgan Freeman, quelques impressions de Matt Damon sur son rôle, un tronçon de 23 minutes du documentaire The Eastwood Factor qui aborde la carrière du cinéaste et une bande-annonce. Il est possible d'accéder à de l'information privilégiée (de la distribution, de l'équipe technique, etc.) pendant le visionnement en sélectionnant les icônes qui apparaissent. Cela ne remplace cependant pas une vraie piste de commentaires. Un accès BD-Live (dégarni de bonus) et une copie numérique sont également disponibles dans cette édition.
Même s'il est largement imparfait et qu'il a tendance à tout souligner au crayon gras, "Invictus" rappelle que Clint Eastwood n'a pas perdu la main et le film est porté par un lyrisme qui donne des idées de changement. Un portrait subjectif, mais conséquent, plus neutre qu'un ouvrage de Spike Lee, qui s'inscrit parfaitement dans son époque. Depuis l'élection de Barack Obama (il y a tellement de liens à faire entre les deux figures politiques), Disney a décidé que l'héroïne de Princess and the Frog allait être de couleur noire, l'adolescente obèse afro-américaine de Precious se tient contre l'adversité et Nelson Mandela passe son temps à parler de rugby sur ses heures de travail. À quand la déchéance/réhabilitation de Tiger Woods avec Will Smith dans le rôle principal?
| Film | 6 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |