Trente-septième Président des États-Unis (1969-1974), Richard Milhaus Nixon est le seul président américain à avoir démissionné de son poste. Confronté à une procédure de destitution de la Chambre des Représentants et à une condamnation du Sénat pour son rôle dans le scandale du Watergate, Nixon démissionne le 9 août 1974. Son successeur, Gerald Ford, lui octroie un pardon controversé pour tous les crimes fédéraux qu'il aurait pu commettre alors qu'il était en poste. Quatre ans après l'excellent JFK (1991), le cinéaste Oliver Stone poursuit dans la veine politique en réalisant "Nixon", une fascinante biographie du président déchu, marquée par la superbe prestation de sir Anthony Hopkins.
Coécrit par Stone, Stephen J. Rivele et Christopher Wilkinson, "Nixon", présenté ici dans sa version longue de 212 minutes, n'est pas facile à suivre pour les non-initiés de cette tranche de l'histoire américaine. Débutant par le vol qui mènera au célèbre scandale, le film utilise une approche non linéaire pour brosser le portrait d'un homme ambitieux aux origines modestes qui, après les turbulentes années 1960 et la guerre du Vietnam qui se pointe à l'horizon, tentera de saisir le pouvoir des mains des élites démocrates en proposant changement et renouveau au peuple. Sautant d'une époque à l'autre, le film aborde les années formatives du jeune Richard sous la poigne de fer de sa mère Hannah, son passage à l'Université Whittier, son entrée en politique et sa contribution à la chasse aux communistes, sa nomination à la vice-présidence sous Eisenhower, sa défaite face à John F. Kennedy, son accession au pouvoir, ses réussites en matière de politique étrangère envers la Chine et l'Union Soviétique, jusqu'à cette affaire du Watergate qui marquera la fin de sa carrière.
Tout comme dans Natural Born Killers, Oliver Stone, qui n'a jamais été reconnu pour sa subtilité, matraque le spectateur d'images dans un montage parfois effréné où se côtoient différents types de pellicules, les angles de caméras non conventionnels, et une intrigue qui mélange allègrement les faits, la fiction et les hypothèses. L'oeuvre est touffue, captivante et complexe et, en deçà des évènements marquants de la vie de Nixon, elle arrive à cerner l'âme du personnage, ses obsessions et ses démons intérieurs. Une grande partie du mérite va à sir Anthony Hopkins, qui survole la distribution et qui parvient à cimenter un film qui aurait pu facilement basculer dans l'incohérence. Joan Allen est également excellente dans la peau de Pat Nixon et les autres membres de cette distribution de haut niveau (Powers Boothe, Ed Harris, Paul Sorvino, James Woods, Madeline Kahn, etc.) offrent des prestations exemplaires.
Sortie simultanément en DVD (quatrième version!) et en format Blu-ray, cette édition "Election Year" propose un transfert qui respecte (presque) le ratio original de 2.35:1. On est plus près de 2.40:1, mais on ne chialera pas pour si peu. Considérant la myriade de pellicules différentes utilisées, l'image présente différents niveaux de granularité, mais demeure claire et passablement propre tout au long de la présentation. La palette de couleurs est rendue avec justesse et l'étalement des noirs est à point. Le niveau des contrastes et des détails est excellent et le gain de résolution est perceptible lors des plans rapprochés et dans les textures des éléments en arrière-plan. La piste audio non compressée est équilibrée, même si le film est essentiellement basé sur les dialogues. La trame musicale de John Williams y gagne en profondeur et les bruits ambiants provenant des enceintes arrière procurent un environnement sonore agréable. Les dialogues, souvent chuchotés, sont toujours facilement audibles.
Cette édition double-disque nous arrive dans un boîtier Blu-ray standard, mais la présentation est plutôt quelconque, tant au niveau de l'image qui orne la couverture que dans le design des menus qui, malgré l'animation, demeurent fades. Au rayon des suppléments, le premier disque nous offre deux pistes audio de commentaires avec le réalisateur Oliver Stone. La première s'attarde à la genèse du projet, au scénario, à la distribution, à la cinématographie et aux techniques de tournage, alors que la seconde se concentre sur les aspects politiques. Stone est un fin raconteur et son propos est intelligent et informatif, mais puisque chacune des pistes comporte de nombreux temps morts, on aurait pu condenser ces deux pistes en une seule. Le second disque propose des scènes coupées avec une introduction du réalisateur, une fascinante entrevue avec Charlie Rose et la bande-annonce originale du film. On retrouve également le documentaire "Beyond Nixon", exclusif à cette édition Blu-ray (en 1080i), réalisé par le fils d'Oliver Stone, Sean Stone. Cet intéressant mélange d'entrevues avec son père, des historiens et des politiciens ayant côtoyé Nixon, nous permet de mieux comprendre l'approche du réalisateur et le bilan qu'il tire du controversé président.
Malgré ses failles et certaines libertés prises avec l'histoire, "Nixon" demeure un film fascinant, qui brosse le portrait d'un homme ambitieux et complexe, ultimement détruit par sa passion pour le pouvoir. Prochain chapitre de cette trilogie présidentielle, W., sur Georges W. Bush, qui devrait apparaître sur nos écrans cet automne, en pleine élection présidentielle. Ça va grincer des dents chez nos voisins du Sud...
| Film | 7 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |