À sa façon, Oliver Stone a marqué le cinéma américain des 25 dernières années. Même s'il n'est pas familier avec la subtilité, le cinéaste polémique connaît certainement l'efficacité du divertissement, l'art du montage dynamique et de gros discours parfois pompeux pour décrire tous les travers de cette Amérique qu'il aime tant. Pour souligner son apport au septième art, voilà que débarque en format Blu-ray une compilation de trois de ses films: le controversé "Natural Born Killers", le mésestimés "Any Given Sunday" et le péplum géant "Alexander" qui bénéficie d'une demi-heure supplémentaire.
À sa sortie en 1994, "Natural Born Killers" a fait couler beaucoup d'encre à cause de sa violence gratuite et ses séances de carnage et de sexualité. Pourtant, l'effort est une satire qui se moque avec verve et énergie de la dérive de la télévision, du journalisme spectacle et de la fascination envers la violence, utilisant justement les instruments sordides qu'il dénonce. 16 ans plus tard, la charge n'a pas perdu de son efficacité. Porté par une histoire écrite par Quentin Tarantino, le long-métrage débute dans la simple farce stupide sur deux tueurs en série, avant de se transformer en énorme cauchemar qui n'épargnera personne. Déstabilisant dans ses messages, son montage apocalyptique et son interprétation (de Woody Harrelson, Juliette Lewis, Tommy Lee Jones, Robert Downey Jr., Tom Sizemore, Rodney Dangerfield et compagnie), il s'agit d'un grand crû extrêmement divertissement qui s'apprécie à sa juste valeur au fil des visionnements. Avis aux intéressés: même si elle ne propose qu'un peu plus d'hémoglobine, c'est la version "Director's Cut" qui est incluse sur cette édition.
Film de football qui tire sur tout ce qui bouge dans sa façon de raconter les hauts et les bas d'un jeune joueur (Jamie Foxx) et de son entraîneur expérimenté (Al Pacino), "Any Given Sunday" est indéniablement marqué du sceau de son auteur. Il est notamment question de l'éternel combat entre le Bien et le Mal, de cet argent sale qui ronge les valeurs du pays et de la relation inaboutie avec la figure paternelle. Doté d'une mise en scène énergique et d'un rythme constant, l'ensemble présenté sous le format "Director's Cut" passe pourtant à deux doigts de complètement ensevelir sa charge, qu'il peut livrer de façon maladroite et avec un soupçon de naïveté. Boudé lors de sa sortie en salles (à la fin de 1999), l'ouvrage demeure pourtant criant d'actualité, et s'il n'est pas à la hauteur de toutes les attentes, sa superbe distribution (Al Pacino, Jamie Foxx, Cameron Diaz, Dennis Quaid, James Woods, LL Cool J, Matthew Modine, Aaron Eckhart, Ann-Margret et Charlton Heston) fera oublier son ton caricatural.
Plus longue d'environ 30 minutes, la nouvelle version d'"Alexander" qui a fait chou blanc en 2004 n'améliore pas totalement les défauts de la première mouture. Sans doute que ce destin exceptionnel du célèbre conquérant est plus nuancé et que les nombreuses ellipses permettent de mieux saisir les liens avec son passé et sa famille. Reste que l'ensemble demeure terriblement classique (malgré quelques ingénieux flashs à la toute fin), avec ces personnages féminins toujours aussi mal développés (comme d'habitude chez Stone) et ces discours plutôt moralisateurs sur les rêves et le pouvoir. Une distribution hétéroclite (Colin Farrell, Angelina Jolie, Val Kilmer, Jared Leto, Rosario Dawson, Christopher Plummer, Anthony Hopkins, Jonathan Rhys-Meyer) apporte toutefois un peu de vigueur à la démonstration ambitieuse, mais pas totalement au point.
Dans l'ensemble les images sont claires et précises. Les couleurs demeurent détaillées, les reflets nuancés, et les contrastes optent pour une belle homogénéité. Il y a toutefois toujours un peu de blocage qui peut se faire ressentir, mais cela n'est jamais nuisible. Les pistes sonores sont également de très grande qualité. Les enceintes croulent sous des bruits divers, qui vont de coups d'épée à des valses de balles, en passant par une foule en délire et des sifflets. Bien que cela puisse légèrement entraver les voix, celles-ci sont généralement audibles. Une multitude de sous-titres variés sont disponibles afin de rejoindre le plus large public possible. Il est également très appréciable de retrouver sur "Any Given Sunday" le choix entre un doublage québécois et parisien.
Le boîtier noir simple (simpliste?) regroupe les trois pochettes. Les menus principaux des Blu-ray sont cruellement statiques, affichant la page des suppléments, dont l'écriture un peu petite risque de donner mal aux yeux. Les bonus varient selon les titres. "Natural Born Killers" offre une piste de commentaires très complète du créateur de "Nixon" (mettre un lien vers mon texte), de nombreuses scènes coupées qui apportent une nouvelle dimension, une seconde fin beaucoup moins forte, une bande-annonce, une introduction d'Oliver Stone, une entrevue plus que satisfaisante de l'auteur chez Charlie Rose et un document intitulé "Chaos Rising" qui se penche sur la génération des années 1990 et le climat de morosité et d'individualisme qui y régnait. Sur "Any Given Sunday", c'est la totale. Entre deux pistes de commentaires (une pertinente de Stone, une plus quelconque de Jamie Foxx), un documentaire sur le tournage, des auditions, des scènes supprimées et ratées, un montage spécial et des ralentis sur les séances de football, un segment sur les locations, des vidéoclips et du matériel visuel, il y a de quoi s'amuser pendant plusieurs heures. C'est également le cas d'"Alexander". Deux très intéressantes pistes de commentaires (une du metteur en scène et l'autre de l'historien et biographe d'Alexandre le Grand Robin Lane Fox) apportent beaucoup d'informations au mythe et au projet en place, il y a une introduction du cinéaste, des bandes-annonces et une courte discussion avec Vangelis qui a composé la musique. La cerise sur le gâteau représente ces deux documentaires d'un peu moins de trois heures qui donnent la parole au fils du réalisateur pour qu'il parle de sa relation avec son père. Bien entendu cela ne l'empêche pas d'aller sur le plateau, développant sur la fiction de Stone avec son sujet, les nombreuses intempéries rencontrées, l'élaboration des séquences, etc.
Même s'il ne comporte pas ses meilleurs opus (comme Platoon et JFK), "Oliver Stone Collection" demeure un bon coffret à mettre sous la main des admirateurs et même des détracteurs du réalisateur. Seulement pour leur rappeler de quelle façon il peut traiter son sujet avec intelligence, avant d'avoir la folie des grandeurs et de parfois tout saborder avant la tombée du générique. Malgré toutes ses imperfections, sa gaucherie presque légendaire et sa façon de toujours en offrir plus que ce que le client en demande, son oeuvre est généralement nécessaire, seulement pour percevoir de quelle façon se développe le cinéma hollywoodien, entre grandiloquence et intimiste.
| Film | 8/6/5 |
| Présentation | 2 |
| Suppléments | 7/9/9 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |