Bien qu'il n'ait tourné qu'une poignée de films dans sa carrière, le réalisateur Sergio Leone aura sans contredit laissé sa marque dans l'histoire du cinéma. Bien qu'il n'ait pas été l'inventeur du genre, il fut certainement celui qui popularisa et donna ses lettres de noblesse au western italien (dérisoirement appelé western-spaghetti). Certains, dont je suis, diront même que ce fut lui qui amena le renouveau du genre et propulsa même ses thématiques éculées vers une nouvelle ère.
À la fin de sa vie, il avait entamé une nouvelle phase créatrice et se concentra sur l'histoire contemporaine. Malheureusement, il n'eut le temps que de réaliser un seul film, "Once Upon a Time in America" (sa version de la bataille de Leningrad durant la Seconde Guerre mondiale était encore au stade de planification lors de sa mort subite d'une crise cardiaque) pour tenter de sortir de son moule et de s'insérer parmi les grands réalisateurs du vingtième siècle.
Mais heureusement, son chant du cygne reste comme un témoignage sans équivoque de son talent. Mettant en vedette Robert DeNiro, Elizabeth McGovern et James Woods et partiellement tournée à Montréal, cette ultime fresque de Leone possède certainement toutes les caractéristiques de ses films précédents. Que ce soit par sa lenteur à développer son intrigue, la profondeur de ses personnages, le regard sur l'histoire et la violence d'une nation, l'importance de sa musique (d'Ennio Morricone, bien entendu) ou son style un peu baroque d'utilisation de gros plans et de jouer avec la profondeur de champ et l'espace des lieux de tournage, "Once Upon a Time in America" est totalement et complètement Leone.
Maîtrisé du début à la fin (personnellement je trouve tout de même que la séquence ultime avec le camion de vidange est une fausse note, la seule peut-être du film) ce film est certainement parmi les plus belles études des milieux mafieux. Mais là où Le Parrain et Goodfellas se contentaient de montrer la violence et la détermination des gangsters, le long-métrage de Leone s'attarde sur la psychologie des personnages et nous montre l'incertitude et le doute des truands arrivés au sommet.
Il est vrai que plusieurs trouveront le film trop lent et trop complexe et décrocheront rapidement. C'est d'ailleurs ce que pensèrent les dirigeants nord-américains du studio à l'époque puisqu'il sortirent une version remontée et tronquée de plus de deux heures qui présentait une trame narrative chronologique au lieu des nombreux flash-back préférés par Leone. Il fallut une poursuite contre atteinte à l'intégrité artistique de l'œuvre - gagnée par le réalisateur – pour faire taire les ignares du studio et permettre au public de finalement voir le film dans sa version originale.
"Once Upon a Time in America" raconte l'histoire d'un groupe de quatre jeunes magouilleurs juifs new-yorkais qui grandissent dans les années 20, années de prohibition, et qui petit à petit gravissent les échelons pour finalement devenir chefs de bande et truands adultes. La rivalité de deux d'entre eux (DeNiro et Woods) pour la flamme de leur jeunesse (McGovern) mènera à la trahison et à l'éclatement de la bande.
Au niveau visuel, la superbe direction photo de Tonino Delli Colli prend toute son ampleur avec l'image 1080p du disque Blu-ray. Une incroyable profondeur des tons et une précision des détails nous donnent une expérience de visionnement sans pareil. Contrastes doux et pureté du grain font ressortir toute la splendeur des décors des années vingt de même qu'ils donnent une ambiance propre aux rues du New York de l'époque. Pour le son, même principe. Une belle approche au Surround 5.1 avec un bel espace accordé à la trame sonore superbe du maestro Morricone. Les dialogues un peu éthérés et parfois abstraits entre les différents personnages prennent aussi leur envol avec ce son haute définition.
En suppléments on retrouve un extrait d'un documentaire sur Leone - les bouts où il discute du tournage de ce film - et un commentaire audio du critique cinématographique de la revue Time, Richard Schickel. Il aurait été plus agréable d'avoir tout le documentaire sur l'artiste, mais on se contentera de ces vingt minutes à défaut de mieux.
| Film | 9 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 10 |
| Audio | 10 |