Pastiche jubilatoire des films policiers, "The Other Guys" fait amplement sourire par son amour envers le septième art et le soin apporté à son duo de flics. Si seulement l'histoire avait été aussi soignée, il aurait presque été possible de parler d'une des meilleures comédies américaines de l'année. Malgré son box-office décevant lors de sa présentation en salles, il est possible de le redécouvrir en format Blu-ray.
Les détectives Danson (Dwayne Johnson) et Highsmith (Samuel L. Jackson) sont les héros de New York, laissant dans l'ombre leurs nombreux camarades. Bien que leur collègue Terry (Mark Wahlberg) est avide de voir un peu d'action, son partenaire trop distingué Allen (Will Ferrell) est plus un adepte de la paperasse. Une de ses enquêtes va pourtant les emmener sur le terrain alors qu'une magouille financière plane à l'horizon...
Le cinéma américain raffole de ce genre d'histoire complexe où la corruption policière et le blanchiment d'argent dominent les arcanes de la société. L'âge d'or de ce type de sujet remonte aux années 1970 qui ont popularisé de nombreux classiques et même plusieurs cinéastes établis, dont le vénérable Sidney Lumet. Au lieu de rajouter de l'eau à cet engrenage connu, "The Other Guys" préfère le faire grincer allègrement.
Le principal mérite de la production est de traiter sa prémisse sous un mode humoristique. Le réalisateur et scénariste Adam McKay a sans doute vu plusieurs de ces longs-métrages et il s'amuse à détourner les clichés, multipliant les références (à Miami Vice, à Scarface) et les allusions savoureuses. De ses plans de caméra à la musique utilisée, le pastiche est assuré avec classe, et l'absurdité des situations rappellent par moments le mésestimé Loaded Weapon. Tout est donc exagéré dans cet univers de testostérone qui se veut nettement plus divertissant que les récents et similaires Filière 13 et L'appât.
En surface les nombreux numéros se distinguent par leurs dialogues mordants et les quelques blagues joyeusement répétitives. L'esprit évoque la folie de Saturday Night Live, ce qui est généralement une bonne chose. Dommage que le fil conducteur soit ténu au point qu'il se rompt allègrement. Même si la bonne humeur est presque constante, les enjeux se développent beaucoup trop lentement et toujours en surface. À l'image de Cop Out, ce n'est pas proprement l'intrigue qui est importante, mais la multitude de calembours qui la pimente.
L'interprétation toujours dans le ton rachète quelque peu ces intempéries. Utilisé dans un contre-emploi, Will Ferrell se permet de ne pas en faire trop, ce qui est tout à son avantage. Ses remarques doucement naïves contrastent avec le jeu plus survolté de Mark Wahlberg qui laisse enfin libre cours à ses talents comiques. Sans être révolutionnaire, ce tandem de flic se veut plutôt efficace. Il est bien appuyé par les performances joyeusement caricaturales de Samuel L. Jackson et de Dwayne Johnson, par le tempérament décontracté de Michael Keaton en supérieur, et par la présence allumée d'Evan Mendes en épouse d'un des deux protagonistes.
Solide et détaillée, la qualité de l'image ne se démord pas malgré que les couleurs manquent un peu d'éclat. De subtils et précis contrastes sont de la partie, rachetant ce blocage qui peut se faire ressentir. Encore plus fournies sont les pistes sonores qui font ressortir des différentes enceintes des bruits de balles, de sirènes et d'explosions sans pourtant enivrer les dialogues. Bien que la traduction française soit assurée au Québec, il vaut toujours mieux opter pour les voix originales (surtout que les jeux de mots sont nombreux) et insérer de corrects sous-titres.
La pochette rocambolesque montre les deux héros en pleine action. Le menu principal du disque est composé d'un trépidant montage de scènes sur une mélodie de circonstance. Bien que superficiels, les bonus sont nombreux, et il y en a plusieurs qui sont uniquement disponibles sur l'édition Blu-ray. Il y a de quoi s'amuser follement avec ce bêtisier, ces longues séquences supprimées ou allongées, ces nombreuses répliques sarcastiques, ce faux album de photographies, ces séances d'action supplémentaires, etc. Quelques segments présentent plutôt un regard sur la grande imprévisibilité du projet, les comédiens discutent des personnages en plan rapproché, des rôles secondaires sont expliqués plus en détail (celui de Michael Keeton, de Steve Coogan...), il y a un vidéoclip, une fausse publicité, des bandes-annonces variées et bien plus encore. Rien de tout cela ne mérite pourtant l'attention plus que quelques minutes. Au lieu de la traditionnelle piste de commentaires, il y a des échanges hilarants entre les mères de Will Ferrell, Adam McKay et le scénariste Chris Henchy. Original à défaut d'être essentiel.
De loin il est possible de n'y voir qu'une simple comédie ni particulièrement intelligente ni réellement inventive. Pourtant, le scénario s'attaque aux crimes des cols blancs pendant la crise financière en reflétant parfaitement le cynisme de son époque. Peu importe ce qui arrive, les grands méchants se feront aider par l'État, alors que les plus petits perdront la totalité de leur économie. Ces thématiques traitées par la farce (pas surprenant que le patron soit à la fois chef de police et leader charismatique dans un magasin tant les forces de l'ordre semblent malléables) réussissent généralement leur objectif premier (faire rire) tout en faisant apparaître (timidement, mais tout de même) la réflexion. Après l'ordinaire Talladega Nights: The Ballad of Ricky Bobby et l'embarrassant Step Brothers, il est heureux de voir que les collaborateurs Adam McKay et Will Ferrell reviennent à quelque chose de plus audacieux et de pertinent, se rapprochant même de leur fameuse association sur Anchorman: The Legend of Ron Burgundy.
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |