Si Confucius a dit "Celui qui parle trop agira difficilement", Charlie Chan pourrait lui répondre, "l'expert est seulement l'homme qui prend de rapides décisions – et il a quelquefois raison". Ainsi, les sages ont parlé.
Le personnage de Charlie Chan a été une franchise prolifique depuis les années trente. Des dizaines de films et même une série télévisée ont utilisé les aventures tranquilles, mais non dénuées d'intérêts du célèbre détective chinois originaire d'Honolulu. Il est apparu sous la plume de Earl Derr Biggers au milieu des années vingt, comme personnage secondaire pour commencer. Ce n'est qu'au début des années trente qu'il commence à prendre l'avant-scène pour finalement devenir le héros principal: un détective influant de la police fédérale, travaillant principalement pour le gouvernement américain. Outre les nombreux films tournés jusqu'à la fin des années quarante, on dénombre aussi une série télévisée de 39 épisodes en 1957, un film pour la télévision en 1979 avec Ross Martin (Artemus Gordon de la série Wild Wild West) dans le rôle-titre et un film pour le cinéma en 1981 avec Peter Ustinov interprétant le détective chinois.
Trois acteurs se sont partagé le rôle de Chan durant les premières années: Warner Oland (d'origine suédoise), Sidney Toler et Roland Winters. Il est important de noter que malgré la nationalité chinoise du héros, c'était toujours un acteur "blanc" qui le personnifiait. En effet, à cette époque, les rôles principaux ne pouvaient pas être attribués à un acteur autre que "blanc". MGM nous propose de découvrir ou redécouvrir ce détective très futé avec la sortie de six films où Sidney Toler joue le rôle principal. Bien entendu, on ne peut passer sous silence son jeu parfois excessif (dans le langage principalement), mais souvent plaisant, de patriarche chinois, calme, souriant et très philosophe. On apprécie le choix fait par le studio d'une part de nous proposer six films consécutifs dans la lignée des sorties avec ce personnage, mais en plus la série commence avec l'arrivée d'un second rôle très drôle, Birmingham Brown (Mantan Moreland), qui va revenir régulièrement par la suite pour jouer l'assistant, involontaire parfois, de Charlie Chan. Les mimiques faciales de l'acteur (surtout avec ses yeux blancs exorbités sur son visage noir) sont aussi amusantes que les proverbes chinois de Chan ("La suspicion, c'est comme la pluie. Elle peut tomber sur les coupables, comme sur les innocents."). Par contre, les amateurs du personnage vont remarquer un changement avec les films précédents. Les films sont tournés pendant la guerre et les droits changent de main, passant de 20th Century Fox à Monogram. Les budgets diminuent et les erreurs "grossières" apparaissent (comme ce plan, qui revient plusieurs fois, où Charlie Chan quitte son bureau sensé être situé à Washington, et où on le voit sortir du célèbre immeuble de la police de Los Angeles, où flotte d'ailleurs le drapeau de la Californie!).
Le coffret "Chanthology" comprend les six films dans six boîtiers séparés, puisqu'ils peuvent aussi être achetés à l'unité. C'est ce qui explique le choix bizarre de mettre un film d'à peine plus une heure sur un seul disque. Du point de vue technique, on reste malheureusement sur une grande faim, surtout ceux, comme moi, qui ont découvert le personnage attachant de Chan avec ce coffret. Chaque disque comporte un menu coloré avec en fonds d'image des extraits du film en question, diffusés en boucle. De là, on accède au film, aux chapitres ou au choix de langues de sous-titres. Et c'est tout, pas de suppléments ni même une bande-annonce. Chaque film, en noir et blanc, est d'une durée variant de 64 à 67 minutes. La qualité varie, comme je le précise ci-dessous. Voici la liste des films proposés dans ce coffret dans l'ordre de leur sortie au grand écran:
Charlie Chan in The Secret Service (1944): Un chercheur éminent, protégé par le gouvernement américain, est mystérieusement tué chez lui. Avec lui, les plans d'une arme redoutable ont disparu. Chan va devoir résoudre rapidement le cas et retrouver les plans avant qu'un ennemi puissant ne s'en empare. Qualité moyenne de l'image, mais bien éclairée dans l'ensemble. Les plans rapprochés sont assez nets. La bande sonore est juste correcte pour les dialogues, mais manque de précisions pour les bruits ambiants.
The Chinese Cat (1944): Un homme est assassiné chez lui dans son bureau fermé de l'intérieur. Plusieurs mois après la fin de l'enquête, qui n'a pas vraiment abouti, un livre sort et accuse l'ancienne femme de la victime. C'est alors que la fille vient demander à Charlie Chan de faire enfin la lumière sur cette affaire. Qualité de l'image et du son très identiques au film précédent.
Meeting at Midnight (sorti sous le nom "Charlie Chan in Black Magic) (1944): La fille de Chan assiste à une séance de spiritisme quand l'hôte des lieux est assassiné devant ses invités. Tout en démystifiant les arnaques utilisées par l'équipe du médium, Chan devra aussi trouver qui lui en voulait autant pour le tuer. Beaucoup de scènes sombres où il est difficile de voir ce qui s'y passe. La bande sonore est toujours moyenne pour les dialogues et très pauvre pour les ambiances.
The Jade Mask (1945): Un chercheur acariâtre, détesté de tous, est tué alors qu'il détient la formule secrète pour produire un gaz révolutionnaire. Mais il ne sera pas le seul à emporter des secrets avec sa vie. Chan devra découvrir le meurtrier parmi les membres présents ce soir-là dans la grande maison isolée. Les scènes extérieures sont trop sombres et contrastent beaucoup avec les scènes intérieures, du moins si elles sont bien éclairées. On note par contre une petite amélioration dans les ambiances sonores un petit peu plus distinctes.
The Scarlet Clue (1945): Les meurtres s'enchaînent pour Charlie Chan et les pistes s'entremêlent. Et quand le monde de la radio et de la télévision en fait partie, il est difficile de trier le vrai du faux. Quant au plan du radar révolutionnaire que le gouvernement veut garder secret, il risque d'être trop vite découvert. Nous retrouvons une image correcte, comme dans les premiers films de ce coffret. Les ambiances sonores sont aussi un peu plus présentes.
The Shanghai Cobra (1945): Alors que plusieurs employés de la Banque nationale meurent mystérieusement, Charlie Chan doit se rappeler d'une mission à Shanghai où le suspect avait réussi à s'échapper. Il y a de fortes chances qu'il soit maintenant derrière cette ténébreuse histoire. La qualité de ce sixième film est assez mauvaise. Beaucoup de scènes se déroulant sous terre, on n'y voit pratiquement rien. On doit deviner les actions. C'est très dommage. La bande sonore est elle aussi plus pauvre à nouveau.
Avec pas moins de quatorze enfants, il est normal qu'il y en ait toujours un qui transite autour du détective. En général, Chan leur attribue un chiffre de hiérarchie et ne tarit pas d'expressions directes les concernant. Par exemple, à Tommy, Chan dira: "Tu es la branche fragile qui entache la fierté de notre arbre généalogique" ou encore "Toi, mon fils, si le silence est d'or, tu dois être ruiné". Ou encore à Eddie (pardon, Edward!), le plus "éduqué": "Laisse donc reposer ton cerveau un moment, et utilise plutôt tes muscles". Il faut bien avouer que la présence des enfants, en tandem avec Birmingham Brown, est bien souvent la raison des moments comiques de chaque film, outre les réponses typées de Chan, comme son éternel "Excuse, please!" chaque fois qu'il veut passer à autre chose, sans oublier nombre d'articles qui manquent dans ses phrases (à l'image d'un asiatique essayant de parler une autre langue).
Même si ces six films de Charlie Chan ne sont pas parmi les meilleurs, ni les plus mauvais, ils ont l'avantage de former un ensemble assez cohérent, principalement en continuité. Le personnage est apparu sur plusieurs supports, du livre au cinéma en passant par la bande dessinée. Il a même été le premier héros chinois gentil de la littérature américaine du début du siècle. Les affaires ne sont pas toutes extraordinaires, mais on se prend très vite au jeu de la prédiction et surtout on veut connaître le dénouement. Et en plus, le personnage est tellement attachant. Des rumeurs voulaient qu'un nouveau film, mettant en vedette Lucy Liu dans le rôle de la petite fille de Charlie Chan, soit mis en préparation. Mais le projet semble arrêté pour le moment. En tout cas, ce coffret, malgré ses limites techniques indiscutables et son manque flagrant de contenu, m'a ouvert l'esprit à découvrir encore plus de Charlie Chan. Et un petit dernier proverbe de Charlie pour conclure: "Les souris ne danseront pas tant que le chat est dans la maison".
| Film | 7 |
| Menu | 3 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 4 |