Chinatown / The Two Jakes
Special Collector's Edition
Paramount Home Entertainment

Réalisateurs: Roman Polanski / Jack Nicholson
Année: 1974 / 1990
Classification: 14A
Durée: 130 / 137 minutes
Ratio: 2.35:1 / 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, Mono),Français (mono), Espagnol (Mono), Portugais (Mono)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol, Portugais
Nombre de chapitres: 16 / 14
Nombre de disques: 1 (DVD-9) chacun

Le DVD "Chinatown" est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca
Le DVD "The Two Jakes" est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Robert Bélanger
20 janvier 2008

L'eau, le gaz naturel, le réseau routier et un détective privé astucieux et cynique nommé J.J. Gittes. Écrite par le scénariste Robert Towne, cette trilogie sur le développement de la ville de Los Angeles ne sera jamais complétée puisque seulement deux films furent tournés. L'excellent "Chinatown", réalisé en 1974 par Roman Polanski, demeure le plus bel exemple de "néo noir" contemporain, mais il faudra attendre 16 ans avant que Jack Nicholson ne s'attaque à "The Two Jakes", qui atterrit sur nos écrans en 1990. Malheureusement, le film est un échec tant critique que commercial et le dernier volet, qui devait s'intituler "Cloverleaf" est relégué aux oubliettes (1).

Chinatown

Los Angeles, début des années 1930. Le détective privé Jake Gittes (Jack Nicholson) est embauché par une séduisante femme du monde (Faye Dunaway) pour enquêter sur son mari qu'elle soupçonne d'infidélité. Gittes pense avoir affaire à un simple cas d'adultère, mais il se retrouve plongé dans un monde de duperie, de corruption et de trahison. Il dénouera un scandale après l'autre, mais le côté obscur de la cité des anges cache bien des mystères, et il aura bien du mal à découvrir l'identité de celui qui tire les ficelles derrière cette eau pour laquelle on tue.

Après l'assassinat crapuleux de son épouse et actrice Sharon Tate, Roman Polanski était retourné en Europe et avait juré de ne jamais remettre les pieds aux États-Unis. Heureusement pour nous, le producteur Robert Evans a réussi à le convaincre et "Chinatown", un polar sombre et dévastateur, est probablement le meilleur film du réalisateur européen. Entre ses mains, le scénario légendaire de Robert Towne devient une méditation pessimiste sur la corruption et la noirceur de l'âme humaine, où les personnages ne peuvent échapper aux démons qui hantent leur passé. L'exécution est parfaite, la distribution est exemplaire et les décors, le montage, la trame sonore et les dialogues sont presque sans faille. On ne sait pas si Polanski tentait d'exorciser ses propres démons, mais son film demeure un classique intemporel et incontournable.

The Two Jakes

Dix-huit ans plus tard en 1948, Los Angeles déborde d'optimisme et de fric facile et Jake Gittes (Jack Nicholson) a troqué son bureau miteux pour des locaux plus respectables. Quand Jake Berman (Harvey Keitel) l'engage pour qu'il surprenne sa femme en flagrant délit d'adultère, Jake se retrouve dans le pétrin lorsque Berman tue l'homme qui se révèle être son associé dans une entreprise immobilière. Harcelé par la police pour son rôle dans l'affaire, Jake se retrouvera en plein mystère et son passé reviendra le hanter alors qu'il tente de découvrir le lien entre le meurtre et l'industrie florissante du pétrole et du gaz naturel.

Apparemment, le scénario de "The Two Jakes" n'était qu'à moitié complété au début du tournage et c'est là le principal problème du film. Les personnages semblent apparaître et disparaître au gré des scènes, l'intrigue fait souvent du sur place et une partie des mystères demeurent non résolus. Et quand ils le sont, soit qu'on a vu venir de loin, soit que ça tombe à plat. Nicholson n'est pas Polanski, mais même si son film n'a ni la classe ni la finesse d'exécution de "Chinatown", il parvient tout de même à insuffler une atmosphère de désillusion et de rêves brisés à une ville qui grandit trop rapidement, incapable d'absorber tous ces changements. À cet égard, il faut noter le travail du directeur photo Vilmos Zsigmond, qui a su donner au film un look distinctif qui sied parfaitement à l'intrigue, tout en évitant de copier "Chinatown". Tous les acteurs sont par ailleurs excellents.

Bien que les deux films proposent un transfert anamorphosé, l'image remastérisée de "Chinatown" est supérieure à celle du second film. La pellicule est propre, les couleurs sont naturelles et le niveau des contrastes et des détails est excellent. Sur "The Two Jakes" par contre, les couleurs paraissent sursaturées avec une prédominance de la teinte orangée, le niveau des contrastes est trop élevé et certaines scènes souffrent d'un problème d'accentuation des contours. Côté audio, le résultat est comparable même si la piste sonore est plus dynamique sur le second film et fait un meilleur usage des enceintes arrière. Pas surprenant puisqu'il s'agit d'un film beaucoup plus récent. Dans les deux cas, la séparation des canaux avant est nette et les dialogues sont clairs et sans distorsion apparente. Pas grand chose à dire sur la présentation, sauf que les boîtiers sont extrêmement laids!

Au rayon des suppléments, "Chinatown" l'emporte facilement grâce au documentaire exhaustif divisé en quatre chapitres, produit par Laurent Bouzereau pour cette édition spéciale. Le propos du producteur Robert Evans, du scénariste Robert Towne, de Jack Nicholson et de Roman Polanski (interviewé à Paris) est aussi fascinant qu'informatif, particulièrement en ce qui a trait à la dispute entre Towne et Polanski au sujet de la fin du film, le pessimisme de ce dernier l'ayant emporté. "The Two Jakes" nous offre une revuette où Jack Nicholson nous entretient des problèmes du tournage, de la difficulté de porter deux chapeaux (acteur et réalisateur), de la distribution et du scénario. Intéressant, mais un peu redondant.

Un classique et un film qui n'est pas mauvais, mais qui souffre de la comparaison avec son illustre prédécesseur. Achetez le premier, louez le second.


(1) Pas totalement puisque curieusement le scénario de "Cloverleaf" a servi au tournage de... Who Framed Roger Rabbit!

Cotes

Film9/6
Présentation4/4
Suppléments8/4
Vidéo8/6
Audio7/8