Citizen Kane
Two-Disc Special Edition
Warner Home Video

Réalisateur: Orson Welles
Année: 1941
Classification: PG
Durée: 119 / 113 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (Mono)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 32
Nombre de disques: 2 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Simon Bergeron
14 mai 2007

Il existe une liste de films nécessaires dans l'évolution. Ces métrages, pour la plupart boudés du public (parfois même de la critique) lors de leur sortie initiale, se sont vus offrir l'aura de la protection du temps. En faisant ainsi avancer le cinéma et tous les départements impliqués dans la création du septième art, c'est avec joie que l'on redécouvre les échos du passé, étrangement bien ancrés dans toute époque confondue. Surgit donc à Hollywood un nouveau venu sorti des studios RKO doté du contrat le plus lucratif de l'histoire : contrôle total de la création et montage final en prime. Ce jeune homme faisant tout au plus 24 printemps se nommait Orson Welles et il allait changer la face du monde cinématographique. Pour rendre justice à Welles en quelques mots : il le savait déjà.

Le tout commence dans un manoir immense dans lequel un homme, sur son lit de mort, littéralement, soupire son dernier mot : "rosebud". Dans les nouvelles, on fait l'éloge de ce personnage qu'était Charles Foster Kane en lui dédiant une bobine complète relatant les passages marquants de sa vie. Un journaliste est ensuite attitré pour découvrir la signification mystérieuse du mot "rosebud". Aidé des archives, il consulte des manuscrits âgés, d'anciennes connaissances, toutes dépeignant l'homme d'une manière personnelle et un peu différente. L'attaché de presse apprend entre autres un monceau d'informations pertinentes sur la vie de Kane, à partir de son plus jeune âge où il fût soutiré à ses parents pour être placé sous la garde d'un homme mieux nanti jusqu'à ses conquêtes féminines et sa montée en flèche dans le monde de l'information en passant par une déchéance qui n'aura d'égal que sa propre folie.

Beaucoup de choses permettent d'offrir au film une note proche de la perfection. On retrouve, notamment : l'interprétation, les décors, les mouvements de caméra, les costumes, l'originalité du scénario, le montage, les effets spéciaux, la réalisation, le naturel de l'entreprise, le passage du temps, la pertinence des propos, etc. Sur ces points et bien d'autres, "Citizen Kane" est un véritable accomplissement, un film qui tient toutes ses promesses en les dépassant. Un tour de force rempli de morceaux de bravoure qui transcende la matière filmique aujourd'hui comme alors. Tout est soigné au peigne fin grâce (et à cause) du perfectionnisme maladif d'Orson Welles. Si le studio est inquiet de sa demande outrageuse de faire le film à sa manière, ce n'est ni plus ni moins que pour servir le système, le faire évoluer au-delà des conventions établies par les studios majeurs. Une stratégie chère au réalisateur de The Lord Of The Rings.

Réunis sur deux disques, les suppléments offrent une sélection variée et aussi pertinente que le film lui-même. Sur le premier, nous retrouvons une bande-annonce géniale, une des galeries d'images, des scénarimages, une bobine de la première mondiale du film ainsi que deux pistes de commentaires sur le film lui-même. En premier lieu, celle de Roger Ebert traite souvent des différences entre le cinéma de l'époque contre celui plus contemporain du 21e siècle avec une verve et un propos cinglant, mais juste. Sur le second disque, on retrouve le glorieux et presque aussi mythique "the Battle for Citizen Kane" relatant les déboires rencontrés par le jeune réalisateur, bossant dans un système qui ne voulait clairement pas de sa présence pour chambouler ce qui semblait marcher comme sur des roulettes. Tout y passe dans ce documentaire y compris des images prises durant la lecture d'Orson Welles de "War of the Worlds" à la radio (qui causa, rappelons-le, des émois fantastiques). Ce métrage, presque aussi long que le film lui-même, ne manque pas de cohérence et de pertinence, emboîtant un bon rythme sans se perdre dans trop de détails inutiles. Des extras plus qu'intéressants, nécessaires au commencement de la compréhension de la richesse d'une œuvre aussi intemporelle et indispensable que celle-ci.

L'image en noir et blanc comporte une certaine dose d'égratignures lors de nouvelles filmées, mais au-delà, le transfert est sublime. Les scènes coulent tel un ruisseau avec une richesse dans tous les plans, une complexité démesurée sous tous ses aspects et aucun effet de compression ne se fait voir à aucun moment ou un autre. Le son n'offre pas non plus l'impression d'avoir été compressé. Les dialogues sont clairs, les bruits n'offrent quant à eux une belle clarté et aucun défaut de synchronisation dans quelque scène que ce soit.

Avant de regarder ce film, il faut se mettre dans l'ambiance du temps, oublier les gros titres à effets spéciaux et se préparer à regarder un film au rythme différent et un maître nous éblouir avec ce qu'il sait faire de mieux tout en voyant une page tourner dans l'histoire du cinéma. "Citizen Kane" n'est pas un film que l'on devrait voir. C'est un métrage qui nous commande à le regarder : à l'image du personnage-titre en passant par l'ego du réalisateur minutieux. Un film non seulement nécessaire, il s'agit de l'œuvre clé dans la poursuite de l'évolution d'un art aujourd'hui de plus en plus souvent bafoué.


Cotes

Film10
Présentation7
Suppléments10
Vidéo9
Audio8