En 1924, à Chicago, deux procès pour meurtre ont attiré l'attention de toute la population: ceux de Beulah Annan et de Belva Gaertner, alias Roxie Hart et Velma Kelly, les personnages créés pour la comédie musicale Chicago qui est inspirée de ces faits véridiques. Cette même année, un autre drame a bouleversé la population de Chicago: l'enlèvement du jeune Robert Franks, 14 ans, qui a mené à sa mort.
Le jeune âge de la victime n'est qu'une raison de trouver ce meurtre crapuleux. En effet, c'est en connaissant l'identité des meurtriers ainsi que leurs motivations que nous devenons le plus dégoûtés. Les deux meurtriers, Richard Loeb et Nathan Leopold, n'étaient âgés respectivement que de 18 et 19 ans, provenaient tous deux d'une famille juive fortunée et étaient de surcroît deux jeunes étudiants parmi les plus brillants, voués à des études supérieures et un avenir des plus prometteurs. Par contre, c'est justement cette intelligence qui les a menés au fond du gouffre: ils se croyaient deux êtres supérieurs intellectuellement au reste de la société. Tout bonnement, ils ont trouvé une idée de mettre à profit cette intelligence: commettre le crime parfait. Le crime dont tout le monde parlerait et que personne ne réussirait à résoudre. Ils ont alors mis leur plan à exécution, ont enlevé le jeune Franks simplement parce qu'il était dans les parages et non parce qu'ils aient eu quelque sentiment haineux envers lui, et l'ont assassiné. Croyant qu'ils avaient caché le corps dans un endroit tellement discret qu'il ne serait pas trouvé avant très longtemps, les deux jeunes en ont profité pour demander une rançon aux parents de la jeune victime, leur laissant croire qu'il était encore vivant. Malheureusement pour eux, le corps fut retrouvé avant que la somme d'argent leur soit donnée. Un jeune journaliste appelé à travailler sur cette histoire sordide, sans savoir que ses deux amis étaient impliqués, renseignait les meurtriers sur le déroulement de l'enquête. Cela ne leur a pas pris beaucoup de temps avant de comprendre qu'ils avaient commis une erreur: la paire de lunettes de Nathan a été retrouvée sur le corps. Dès qu'ils ont appris ce fait, ils ont aussitôt élaboré un plan pour se sortir de cette impasse en détournant l'enquête des policiers vers d'autres suspects. Mais les policiers ont finalement trouvé un motif d'interroger les deux adolescents, et Richard Loeb fut le premier à passer aux aveux.
Vu les moyens des deux familles, le plus grand avocat des États-Unis fut engagé pour défendre Loeb et Leopold et il réussit à leur faire éviter la peine capitale, le juge les condamnant plutôt à la prison à vie assortie d'une peine d'emprisonnement de 99 ans, sans possibilité de libération. Loeb fut assassiné au pénitencier de Joliet en 1936. Quant à Leopold, il devint un prisonnier plus que modèle et sa réhabilitation ne faisant aucun doute, il fut libéré sous conditions à sa quatrième demande, en 1958.
Le film "Compulsion" est sorti en salles en 1959 et raconte l'histoire de ces deux adolescents meurtriers de façon très complète, quoique légèrement déguisée. Entre autres, les noms des personnages ont été changés, Loeb devenant ainsi Arthur Straus et Leopold, Judd Steiner. 20th Century Fox voulait ainsi éviter une éventuelle poursuite légale qui aurait pu être intentée par Leopold, qui venait tout juste de sortir de prison. Le mot fut passé de ne jamais mentionner les noms réels des assassins, que ce soit dans le film, les communiqués de presse ou les entrevues accordées aux médias. Lors de sa sortie en salles, nous pouvions toutefois voir sur l'affiche du film l'écriteau "Based on the famous Leopold and Loeb murder case", ce qui a évidemment mené à une poursuite pour atteinte à la vie privée intentée par Leopold. Celle-ci a plus tard été rejetée pour le motif que Leopold avait déjà publié sa version de l'histoire dans un livre, Life Plus 99 Years.
La pochette n'est pas attrayante, mais très appropriée lorsqu'on connaît le film. En effet, en bas de la pochette noire et rouge, nous trouvons la paire de lunettes de Judd Steiner qui reflète dans ses verres certaines images du film. Les menus sont fixes et pas plus colorés, mais il ne faut pas s'attendre à de la grande technologie de la part d'un film qui date de 1959. Du côté des suppléments, nous ne retrouvons que deux bandes-annonces du film en plus de celles de The St.Valentine's Day Massacre et Murder, Inc..
La qualité vidéo est très surprenante. Nous pouvons bénéficier d'une image très claire et très nette, malgré le fait qu'elle nous soit présentée en noir et blanc. En effet, la définition de tous les éléments composant l'image est très précise. Nous ne voyons ainsi aucun élément qui ne soit embrouillé ou qui ne se confonde avec d'autres éléments l'entourant. De plus, aucune poussière n'est visible dans l'écran. Du côté sonore, c'est tout ce qu'il y a de plus standard, compte tenu de l'absence de musique de fond ou même d'ambiance. Le film est concentré sur les dialogues, qui sont tous parfaitement audibles dans les trois pistes sonores qui nous offertes sur ce DVD.
"Compulsion" n'est pas le seul film à reprendre cette histoire (Rope, Swoon), et il y a même eu une comédie musicale qui a été présentée Off-Broadway, "Thrill Me: The Leopold & Loeb Story". Sans avoir vu les autres productions, je peux vous dire que "Compulsion" raconte l'histoire de manière très près de la réalité et très complète. On nous laisse le temps de nous faire une idée sur la psychologie des personnages principaux, incarnés par Bradford Dillman et Dean Stockwell, avant que l'enquête contre eux ne débute. Le crime en tant que tel n'a pas été montré à l'écran, mais les détails de l'enquête et les conversations entre Straus et Steiner nous apprennent au fur et à mesure comment il a été commis. Même lorsque nous arrivons au procès, le montage a été fait de manière à ce que nous ayons l'impression d'avoir assisté à son intégralité. Vous allez peut-être trouver la plaidoirie finale de l'avocat de la défense, incarné par le grand Orson Welles, un peu longue (il s'agit en fait de la plus longue plaidoirie dans l'histoire du cinéma), mais sachez qu'en réalité, son monologue a duré douze heures, alors on nous en a quand même épargné un grand bout! Mis à part cette scène, le film ne paraît pas long du tout, toutes ces informations étant présentées dans un peu plus de 100 minutes. Finalement, je me dois de mentionner la qualité de la distribution: d'abord, il y a Martin Milner dans la peau du journaliste (le fameux inspecteur Peter Malloy dans Adam-12), et plus particulièrement le regretté Orson Welles, Dean Stockwell (Quantum Leap - et que nous pouvons encore voir dans plusieurs productions récentes) et Bradford Dillman, qui sont remarquables dans leurs rôles et qui ont d'ailleurs tous les trois partagé le prix du meilleur acteur au Festival de Cannes de 1959.
| Film | 9 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 6 |