Dans la vie, il ne faut pas s'en faire. Tant qu'il y a Dieu, tout peut arriver. C'est cette maxime un peu simpliste qui résume "Conversations With God", l'adaptation cinématographique du livre de Neale Donald Walsch qui a connu un immense succès à sa sortie. Mièvre recrudescence de la spiritualité? Eh oui!
Cette histoire vraie est la quête de Neale (Henry Czerny) pour retrouver une vie saine et normale. Au début des années 1990, il subit un accident de voiture qui endommage son cou. À sa sortie de l'hôpital, sa copine l'abandonne, il perd son emploi ainsi que sa maison. N'ayant nulle part où coucher, il se trouve un coin sur un terrain de camping où il se lie d'amitié avec plusieurs clochards. Peu à peu, il retrouve confiance en lui tout en dénichant un boulot, mais ces changements lui procurent peu de satisfaction. Voyant à nouveau son existence lui filer entre les doigts, il se réveille toutes les nuits pour recopier les songes que Dieu lui réserve. À l'aide d'une amie, un livre est vite publié et hop, un mirobolant contrat est signé. De rien, Neale est devenu une source d'inspiration pour tout un chacun.
En 2003, le réalisateur Stephen Simon avait engagé Neale Donald Walsch pour tenir un rôle important dans Indigo. Quelques années plus tard, il a décidé d'adapter son destin à la fois tragique et rempli d'espoir. Pour y parvenir, il a confié le rôle principal à l'excellent comédien sous-estimé Henry Czerny qui s'investit corps et âme dans le projet. L'acteur canadien offre une prestation vibrante et tenace en barbu qui cherche à reconquérir son identité en découvrant qu'il a fait fausse route depuis si longtemps. Le Frère Peter Larvin de The Boys of St. Vincent est même crédible lorsqu'il multiplie ses poncifs pompeux et didactiques pour convaincre ses semblables de la présence divine.
Ce discours de prêcheurs ne risque pas de convertir un public sceptique. Les situations sont parfois ridicules et elles s'adressent aux gens qui ont besoin d'être guidés. La trame narrative du récit se sépare en deux axes. Le premier - et le plus risible - est un exposé d'un sous Al Gore spirituel qui répond à des questions un peu délicates lors de ses conférences. Si les discussions ont parfois du bon sens, elles s'avèrent souvent naïves et manipulatrices. L'important, n'est-ce pas de faire le plus d'adeptes possibles? L'essence du message est noble, mais sa façon d'y parvenir l'est beaucoup moins.
Le second tronçon, plus cinématographique, montre l'histoire d'un combattant avec son lot de lourds symboles comme aimer la vie, aider les autres, parler dans l'autobus au lieu de s'isoler et prendre soin des sans-abri. Cette section est beaucoup plus intéressante... sauf qu'à la fin, des irrégularités finissent par saouler. Après avoir manqué d'argent pendant la moitié du film, le protagoniste arrive à se trouver un emploi à temps partiel. Tout d'un coup, il peut s'acheter une maison! Encore plus insultante est la suite, lorsqu'il perd ce travail. Au lieu de recommencer à zéro et retrouver de l'argent, il passe son temps à tergiverser chez lui en écoutant des voix. Mais comment fait-il pour payer son logement?
Cette œuvre doit être suffisamment mystique et complète, car aucun supplément ne l'accompagne. Il n'y a que diverses publicités qui apparaissent une fois l'insertion du DVD. Le menu principal du disque est déconcertant. Un homme au bord de l'eau regarde une montagne pendant que le soleil se couche. C'est pratiquement impossible de trouver quelque chose d'aussi kitch. Au moins, rien ne bouge et aucune musique n'accompagne la méditation.
Ce n'est pas le cas du long-métrage qui est dominé par des pièces orchestrales grandiloquentes. Sans être désagréable, la musique s'avère un peu trop collante et encombrante. Néanmoins, elle ne vient pas brimer les voix, qui auraient mérité d'être un peu plus élevées. Ce n'est toutefois pas nécessaire d'insérer des moyens sous-titres blancs en anglais, en français et en espagnol... à moins de ne rien comprendre à la langue originale. La présence d'une piste sonore Dolby Digital 5.1 est un peu superflue. Mis à part de timides bruits d'oiseaux et des applaudissements sentis, il n'y a vraiment rien d'autre à se mettre sous l'oreille. La qualité des images est potable sans étonner outre mesure. Des contrastes inégaux amènent des zones beaucoup trop sombres en introduction et du brouillard nettement plus lumineux par la suite. Les couleurs auraient pu être encore plus éclatantes et il y a parfois un léger grain.
"Conversations With God" est un essai un peu mièvre sur le succès et les échecs. La réalisation adroite de Stephen Simon (sa façon de lier deux séquences amène un peu de tumulte) et la performance impressionnante de Henry Czerny n'arrivent pas à faire oublier plusieurs scènes involontairement hilarantes ou des messages sont hachurés et simplifiés. Les personnes intéressées devraient peut-être jeter leur dévolu sur le bouquin de Neale Donald Walsch plutôt que sa transposition sans génie.
| Film | 4 |
| Présentation | 1 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |