De tous les films qu'a pris part Paul Newman, "Cool Hand Luke" est probablement un des plus sous-estimés. Et sans doute un de ses dix meilleurs en carrière. Pourquoi ne pas redécouvrir ce petit trésor qui débarque dans une nouvelle édition "de luxe"?
C'est l'éternel combat entre l'ordre et la liberté. Cette fois, cette confrontation se tient dans une prison où les occupants passent leurs journées à défricher les champs. Arrêté pour avoir détruit des parcomètres, Luke Jackson (Newman) n'a rien à faire des règles en place. Il préfère plutôt suivre son instinct, prendre la poudre d'escampette et défier les gardiens en service. Cela lui vaut plusieurs problèmes, mais également l'admiration des autres détenus, dont fait parti l'influent Dragline (George Kennedy) qui ne s'en laisse pas imposer. Dans ce jeu d'usure qui risque d'avoir des conséquences funèbres, l'apparence est souvent plus importante que les fondements réels.
Sélectionné aux Oscars en 1967 dans cinq catégories, "Cool Hand Luke" de Stuart Rosenberg est une œuvre qui vieillit bien. Au départ, cela ressemble à une énorme comédie avec un nombre incalculable de répliques mordantes et d'allusions savoureuses. Peu à peu, la chronique du quotidien et le drame prennent le dessus, pour amener le cinéphile à prendre position pour les détenus au détriment des gens qui font respecter la loi. Ce balancement, presque immédiat, provoque néanmoins son lot d'injustices chroniques, renvoyant à cette idée de pouvoir où les classes sociales s'exploitent mutuellement. Jusqu'à une conclusion attendue rappelant que les brebis doivent suivre le droit chemin...
En plus d'être un long-métrage carcéral comme il s'en fait peu, le récit se veut également une observation de la nature humaine. Les quelques longueurs et les temps morts sont donc naturels. L'homme attend, il cherche comment s'occuper et très souvent, il revivra la même journée de nombreuses fois. À partir de là, c'est la qualité de l'interprétation qui fait toute la différence. Avec son sourire équivoque et son regard mobilisateur, Paul Newman aura rarement été aussi charismatique. Il est toutefois secondé par une très belle distribution (Dennis Hopper, Harry Dean Stanton, etc.), et un George Kennedy beaucoup moins simpliste qu'il le laisse paraître à sa première apparition. Contre toute attente, le comédien a même décroché un oscar dans un rôle de soutien pour sa performance en demi-pointe.
L'opus a bénéficié d'un nouveau transfert et cela paraît. Les images sont très jolies, avec des couleurs précises, des contrastes toujours homogènes et un sens inné des détails. En fait, hormis la présence d'un peu de blocage et des teintes plus sombres, il n'y a absolument rien à redire. De leur côté, les pistes sonores sont toujours en version mono. Les dialogues sont toutefois clairs et il n'y a aucun bruit de parasites. Si la traduction dans la langue de Molière laisse un peu à désirer, il y a de très visibles sous-titres blancs en français et en anglais en cas de problème. La musique se veut généralement descriptive, liant des scènes moins importantes entre elles, si ce n'est l'utilisation de mélodies plus douces et dramatiques.
La pochette bohème montre un Paul Newman couché sur le sol, cigarette dans le bouche et yeux postés sur le spectateur. Le menu principal du DVD reprend pratiquement la même pose. Rien ne bouge, il n'y a qu'un air musical léger qui se fait entendre. Pour une édition "de luxe", le peu de suppléments étonnent. La bande-annonce de trois minutes présente les enjeux sans trop brûler de moments importants. Le documentaire de 29 minutes sur le tournage offre la chance au réalisateur et au scénariste d'aborder le processus de création, les problèmes de studio, la sélection des acteurs et l'adaptation cinématographique du livre de Donn Pearce. Un segment intéressant qui est cependant filmé de façon très conservatrice. Le tout se termine par une pertinente pistes de commentaires d'Eric Lax qui est à la fois un historien et l'auteur de biographies sur Paul Newman. De sa voix enjouée, cet homme apporte un peu plus d'informations sur le récit. Ses propos, très descriptifs, permettent de mieux saisir le contexte de l'époque, et ce, même s'il s'intéresse parfois un peu trop à la vedette de The Hustler.
Drame humain, comédie noire et réflexion sur la réhabilitation de prisonniers, "Cool Hand Luke" a tout pour s'inscrire parmi les meilleurs ouvrages de Paul Newman. Ici, le héros de The Verdict s'accapare des regards et il offre une des meilleures interprétations de sa carrière. Et il n'est pas le seul! Lorsque toute la distribution et le scénario sont à la hauteur, le résultat ne peut qu'être probant.
| Film | 8 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 6 |