Equinox
The Criterion Collection
The Criterion Collection

Réalisateur: Jack Woods
Année: 1970
Classification: NR
Durée: 82 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (Mono)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 18
Nombre de disques: 2 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
17 juillet 2006

Édition cinq étoiles pour "Equinox", un sympathique film de monstres ayant imposé le gars qui a plus tard réalisé les effets spéciaux sur les Star Wars et autres Jurassic Park. Était-ce réellement nécessaire d'obtenir un tel traitement de luxe pour une petite production artisanale et indépendante?

Fauché par un véhicule, un homme est transporté dans un institut médical où il raconte son histoire en apparence démente. À la suite d'une longue promenade en forêt avec quatre de ses amis, il a découvert un livre mystique n'amenant que des calamités. Une fois ouvert, les gens se sont transformés, des démons ont apparu librement à la surface de la planète et un univers parallèle est devenu à la portée de la main. C'est en essayant de rompre le charme du destin qu'il s'est retrouvé inconscient. Ses proches ont tous disparu et il craint maintenant pour sa vie.

Au départ, ce long-métrage réalisé en 1967 avec un budget extrêmement misérable s'intitulait "The Equinox... A Journey Into the Supernatural" et comportait un montage assez différent. Les éléments inquiétants arrivaient beaucoup plus tôt et le traitement ressemblait à un film d'étudiants sans queue ni tête. Trois années plus tard, le producteur Jack H. Harris et le cinéaste Jack Woods ont retouché au résultat final pour offrir un "Equinox" misant beaucoup plus sur le suspense. En rallongeant le tout de onze minutes, un climat de tension pouvait se poser, alors que les explications plus farfelues survenaient dans la dernière moitié du récit.

De prime abord, cette histoire véhicule tous les clichés possibles et inimaginables. Un rythme rapide afin de ne pas trop montrer la technique rudimentaire, des personnages atroces et stéréotypés, un essoufflement généralisé du ton avant la fin, un mélange entre réalisme et onirisme, un humour sans grande envergure plus stupide que réussi et des scènes moyennement horrifiantes qui font facilement rire aux larmes. L'exemple parfait que le divertissement peut exister avec une accumulation de bouts de ficelles et d'efforts constants.

C'est grâce à ses thématiques et ses effets spéciaux qui font sourire que cette œuvre a pu devenir culte au fil des ans. Les méchants arrivant sournoisement, l'amalgame entre l'humour et le grand-guignolesque, les livres diaboliques: plusieurs éléments popularisés plus tard par des cinéastes comme John Carpenter, Wes Craven, Peter Jackson et Sam Raimi. Surtout que le concepteur des effets visuels, Dennis Muren, a ensuite été repêché par Georges Lucas et Steven Spielberg pour jouer dans la cours des "grands". Pas mal pour des grosses marionnettes désopilantes plus risibles qu'effrayantes!

Pour rajouter aux drôleries de l'époque, l'image est saturée de grains, de taches et d'égratignures. De nombreux éléments extérieurs n'apparaissant pas toujours aux moments escomptés, ce qui peut surprendre amplement. Malgré une couleur assez ordinaire, la définition des contours est correcte et le niveau de détail est appréciable. Les sous-titres blancs ne prennent jamais le dessus, ils s'avèrent donc par moment difficile à lire. Si les voix sont généralement très claires et audibles, elles ne semblent pas toujours bien aller avec les personnages! Une énième cocasserie doublée d'une trame sonore psychotonique, incroyablement élevée et expressionniste. Les cris n'auront jamais été si singuliers au sein de ce petit haut-parleur!

"Equinox" se serait rapidement retrouvé aux oubliettes si la prestigieuse et très courue collection Criterion ne s'était pas intéressée à ce phénomène. Après la restauration de classiques du septième art, c'est le moment de dépoussiérer la série B à Z? Il faudrait espérer que non. En attendant, une tonne d'options et une présentation plus que réussie attendent les amateurs. Dans un boîtier aux couleurs psychédéliques contrastées montrant un monstre poilu à la poursuite des gens se trouve un superbe livret de trente pages. Plusieurs anecdotes y sont racontées et il y a des messages de personnalités aussi influentes que George Lucas et le producteur Ray Harryhausen. Les différents menus sont animés, un long montage arborant souvent l'arrière-plan pendant qu'une excellente musique pimente parfaitement l'atmosphère. Beaucoup d'informations sont données sur le contenu des suppléments qui s'étalent sur deux DVD.

Le premier disque comporte une introduction de l'écrivain Forrest J. Ackerman ainsi qu'une courte biographie sur l'homme atypique. Plutôt instructif. Une piste de commentaires du réalisateur Jack Woods et du producteur Jack H. Harris complète "Equinox". En parlant de l'époque et de l'impact du film sur l'imaginaire des gens, il est plus aisé de saisir les quelques "subtilités" du récit. La version originale, "The Equinox... A Journey Into the Supernatural", est également incluse. Quoique moins haletante que son populaire re-montage, les différences sont assez évidentes. Un contraste qui est le bienvenu. Une piste de commentaires de Dennis Muren, du co-réalisateur Mark McGee et du technicien Jim Danforth offre des propos très personnels sur le tournage, les transformations et la détermination de travailler sans argent ni réel scénario.

C'est sur le deuxième DVD que se trouve la crème onctueuse riche en calories de toutes sortes. "Monstrous Origins" montre et explique des trucages et des scènes retranchées. Une entrevue de sept minutes avec Dennis Muren traite de sa fascination pour King Kong et de son parcours au sein d'une technologie évoluant à la vitesse de la lumière. Assez passionnant... à l'image de ces dix minutes passées en compagnie des acteurs Frank Bonner, James Duron et Barbara Hewitt qui baignent dans la nostalgie. Entre des photos humoristiques, une horde de souvenirs, des réactions surprenantes face aux retouches et la mention d'erreurs chronologiques, impossible de s'y ennuyer. Un court-métrage muet intitulé "Zorgon: The H-Bomb Beast From Hell" agrémente neuf savoureuses minutes. Cette série B tournée en une fin de semaine reprend même le concept de la cave maudite!

Quelques ouvrages du regretté animateur d'effets spéciaux David Allen proposent de nouvelles pistes de réflexion. Entre son admiration pour le gros Kong (ce que ce vaillant primate peut être adulé!) dans un commercial de Volkswagen et "The Magic Treasure", une superbe animation de vingt minutes mettant en vedette des personnages non vivants, son talent est plus que certain. Une bande-annonce, deux publicités radiophoniques, de nombreux produits de promotion, des articles de journaux et des dessins de magazines complètent cette formidable rétrospective. Ces matériaux de toutes sortes sont séparés dans de multiples catégories et différentes notes sont rajoutées afin de donner une profondeur aux éléments.

Pour un film arborant le logo "The Criterion Collection", "Equinox" est une nette déception. C'est plus drôle que stressant et il pratiquement impossible de ne pas rire à la vue des performances médiocres et d'effets spéciaux de la préhistoire. La qualité et la quantité des suppléments pansent cependant ce problème, amenant de nouveaux éléments aux visionnements subséquents. L'exemple parfait du long-métrage qui aurait pu passer tard le soir au Cinéma du Parc...


Cotes

Film5
Présentation9
Suppléments10
Vidéo5
Audio6