L'un des plus grands classiques du cinéma français, "Les jeux interdits" du cinéaste René Clément, est en magasin sous le titre anglais "Forbidden Games". L'action de ce film débute en juin 1940, l'Allemagne lance sur la France leur fameuse offensive éclair, la Blitzkrieg, où la Luftwaffe, l'aviation allemande, pilonne les villes, les ponts, les chemins de fer... Sur les routes, c'est l'exode de la populace vers des lieux plus cléments. Un convoi est mitraillé par un avion allemand, les parents, ainsi que le chien de la petite Paulette (Brigitte Fossey), âgée de cinq ans, sont tués sous ses yeux.
Recueillie par une famille de paysan, les Dollé, Paulette s'attache au jeune Michel (George Poujouly), onze ans, qui l'avait trouvée et emmenée chez ses parents. La petite Paulette ne désire qu'une seule chose, enterrer son chien Jock mort durant le raid aérien. Pour qu'il ne soit pas seul, les deux enfants vont constituer un cimetière dans un vieux moulin. Pour faire plaisir à Paulette, Michel trouve des insectes et des petits animaux qu'il tue parfois afin de pouvoir les enterrer auprès du chien; il vole également des croix qui viendront orner les tombes. Mais par peur de trop vous en dire et de révéler ainsi certains bons moments du film, je préfère arrêter mon résumé sur cette triste histoire de deux enfants qui essayent tant bien que mal de vivre normalement en plein cœur de cette guerre absurde.
L'œuvre de René Clément, datant de 1951, est centrée sur le thème de l'enfance, plus précisément sur l'observation de celle-ci dans un contexte terriblement hostile à son épanouissement. Le cinéaste nous livre une description poétique de l'innocence propre à l'enfance, confrontée constamment à la mort. Ce film n'est ni historique ni politique, mais psychologique: en choisissant deux enfants comme personnages principaux, Clément a voulu exposer les rapports existant entre leur univers candide et fragile et le monde barbare et hypocrite des adultes. Lors d'une interview, le réalisateur a d'ailleurs déclaré qu'il avait cherché à illustrer certains aspects du déterminisme social, afin que nul n'oublie la valeur exemplaire de nos actions aux yeux des enfants qui nous observent.
Dans ce film, le cadre de la guerre est bien vite abandonné, le film se transforme en une sorte d'hymne à l'enfance. L'ambiance qui règne dans le film est bercée par un air de musique intemporel composé par Robert de Visée, Napoléon Coste et Jean-Philippe Rameau, arrangé et interprété à la guitare par l'espagnol Narciso Yepes. D'ailleurs, cette musique du film est devenue au fil du temps plus connue que le film lui-même grâce surtout à son extraordinaire ritournelle que tout le monde a fini par identifier au long-métrage "Les jeux interdits". La mise en scène n'est pas en reste: d'une grande vérité, elle dépeint brillamment la vision gracieuse et juste de l'amitié entre deux enfants urant la guerre qui, par le biais du jeu, parviennent à oublier l'horreur de leur quotidien.
Lors de l'émission sur France 2, "Vivement Dimanche" animé par Michel Drucker, du 17 avril 2005, la comédienne Brigitte Fossey a expliqué que lorsqu'elle avait cinq ans et demi sa mère et sa tante découvrent dans le journal Nice-Matin que René Clément cherchait une petite fille entre neuf et onze ans pour un court-métrage... même si elle n'avait pas l'âge recherché, elle est choisie pour le rôle! Peu après, sur les conseils du cinéaste Jacques Tati, René Clément tourne des scènes supplémentaires pendant les vacances de Pâques pour transformer son court-métrage en un long-métrage de quatre-vingt-cinq minutes.
Certes le film de René Clément a bien mal vieilli aujourd'hui, surtout par la naïve prétention de sa pensée sociologique. Ce film est un pur enchantement qui tient surtout au jeu renversant et sublime des deux petits interprètes, Brigitte Fossey et Georges Pouloujy. Produit par Robert Dorfmann, "Les jeux interdits" remporta en 1952 non seulement le lion d'or au festival du film de Venise, mais également l'Oscar du meilleur film étranger à Hollywood après avoir été refusé par le Festival de Cannes jugé par les membres de l'académie comme trop morbide!
L'image noir et blanc est relativement bien contrastée, portant tout de même son âge, malgré la restauration annoncée sur la jaquette du DVD; nous pouvons apercevoir de petites griffures ici et là, des points blancs et autres impuretés qui apparaissent régulièrement tout au long du film légèrement abîmé. Il y a également certains plans flous et une image parfois surexposée. Toutefois, le son est véritablement le parent pauvre de cette édition DVD. La piste audio me paraît par moment étouffé et manque totalement d'amplitude ce qui a pour effet de rendre presque inaudibles certaines répliques. Malgré cette piètre qualité sonore, je préfère écouter le film dans sa version originale que d'entendre la traduction anglaise un peu trop aseptisée à mon goût.
Voilà une édition des plus généreuses! La collection Criterion a déployé d'immenses efforts pour réaliser des suppléments nombreux et diversifiés, le tout étant réparti comme suit: Un magnifique livret de seize pages accompagne le DVD, vous pourrez voir une vielle entrevue animée par François Chalais questionnant le cinéaste René Clément dans le cadre de l'émission "Ciné-panorama" télédiffusée le 19 octobre 1963, un entretien avec Brigitte Fossey enregistré en septembre 2001, "Le Magazine de la jeune fille" enregistré en décembre 1967 où Brigitte Fossey et René Clément sont invités, la bande-annonce originale du film, une ouverture et une fin alternative du film.
Si vous aimez le cinéma français d'après-guerre, vous serez alors aux anges par ce drame humain bien réalisé et jetant un regard plus qu'intéressant sur le petit monde candide l'enfance. Bref, "Forbidden Games" est une magnifique histoire d'amitié qui saura profondément vous émouvoir.
| Film | 8 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 4 |