Dès sa sortie, ce film belge n'a pas su passer inaperçu. En effet, "C'est arrivé près de chez vous", a été banni en Suède pour sa connotation extrêmement violente. Dans ce film, tout est bien, mais éthiquement parlant tout est mal. La violence règne, le meurtrier nous est sympathique et les médias approuvent cette vision meurtrière. Dans sa forme, ce film noir est unique en son genre, par contre côté contenu, il est tout à fait inhumain. Quand la violence et le meurtre sont maîtres, il n'y a plus aucune limite à la déchéance humaine.
Le film raconte l'histoire d'un meurtrier, Ben, tueur indépendant de profession. Une équipe de tournage décide de faire un documentaire sur la vie de celui-ci et suit Ben dans ces différentes escapades meurtrières pendant que celui-ci banalise ses agissements en nous livrant les secrets de son métier. Blair Witch Project avait repris le concept du film à l'époque. "C'est arrivé près de chez vous" est filmé comme si c'était un vrai documentaire. Ainsi, la ligne entre fiction et documentaire devient très mince. De plus, tous les personnages du film ont conservé leur véritable nom pour augmenter le réalisme du documentaire, surtout qu'à la sortie du film peu d'entre eux étaient connus. Tous ces choix cinématographiques augmentent le réalisme du film et bernent le spectateur en lui faisant croire que c'est un véritable documentaire.
J'avais eu la chance de voir "C'est arrivé près de chez vous" dans l'un de mes cours en cinéma, mais en dehors du cadre académique il était presque impensable de pouvoir ce procurer ce film. En 2002, la collection de films Criterion a rendu possible la distribution de celui-ci sous son nom américain "Man bites dog". Malheureusement, il est devenu l'un des films Criterion difficiles à se procurer. Criterion est reconnu pour la qualité de ces films autant dans la forme que dans le contenu. Par contre, cette édition n'est pas fidèle à leur réputation. La qualité du transfert et le son sont décevants. La pellicule n'a pas été nettoyée et trop souvent des taches et l'usure sont perceptibles à l'écran. Peut-être que c'était voulu par les réalisateurs (ils ont eux-mêmes supervisé le transfert) pour ne pas perdre l'effet documentaire à faible budget du film. Mais bon, ils auraient pu faire mieux, car présentement on a l'impression d'être au cinéma et visionner une copie du film qui a été projeté trop souvent. La qualité sonore du film est bonne, mais est seulement offerte en Mono. La réalisation du film ne justifie pas du Dolby Digital 5.1, mais au moins un son stéréo pour tout bon cinéma maison.
Côté suppléments, il est difficile d'être impressionné. On retrouve quelques photos de tournage, la bande-annonce du film à l'époque de sa sortie, une entrevue avec les réalisateurs ainsi qu'un court-métrage que ceux-ci ont tourné durant leurs études cinématographiques. Ce court-métrage nommé "Pas de C4 pour Daniel Daniel", réalisé en 1989, est comique et intéressant à voir. Il est fidèle à tout bon film étudiant en proposant un humour simpliste. Pour ce qui est de l'entrevue, c'est bref et presque sans commentaire. Elle a été faite pour Criterion en 1993. Les réalisateurs parlent dans un anglais qui aurait mérité d'être sous-titré. Ce qu'ils disent devient redondant, mais ils nous apprennent tout de même des aspects intéressants entourant la réalisation, la sortie du film et comment la critique a perçu et jugé celui-ci.
Ce film avant-gardiste est encore aujourd'hui d'actualité en nous proposant une critique acerbe des médias. Il nous montre des actes d'une violence crue sous un angle cru, mais de façon très singulière et non corrompue. Pour ces raisons, je trouve le film exceptionnel et devrait être vu par tous bons cinéphiles avertis. Par contre, je conseille au cœur sensible de s'abstenir, car il n'y a aucun mot pour décrire la violence des évènements. De plus, la banalisation des actes augmente notre révolte et notre dégoût.
| Film | 8 |
| Menu | 7 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |