Pickpocket
The Criterion Collection
The Criterion Collection

Réalisateur: Robert Bresson
Année: 1959
Classification: NR
Durée: 75 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Français (Mono)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 9
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Robert Bélanger
18 décembre 2005

Né en 1901, le cinéaste français Robert Bresson fait presque figure d'anomalie, même selon les normes rigoureuses et intransigeantes d'auteurs comme Sternberg et Dreyer. Se décrivant lui-même de façon paradoxale comme un athéiste chrétien, il réalise son premier long métrage en 1943 ("Les Anges du Péché"), mais ne tourne que treize films durant les 40 années suivantes. Il puise son inspiration dans les classiques de la littérature, mais son interprétation radicale du matériel le rend quasi méconnaissable. Habile manipulateur de la trame narrative, il s'attarde à de petits détails en apparence insignifiants de l'intrigue tout en obscurcissant ou en cachant les éléments clefs. Refusant de travailler avec de vrais acteurs, il utilise des amateurs qu'il fait répéter sans relâche dans le but de leur extirper toute trace de théâtralité. Alors que ses premiers films étaient des mélodrames poétiques au look lumineux et stylisé, il développera plus tard un style austère et hermétique qui intériorise l'aliénation de ses personnages. En 1959, il réalise "Pickpocket", un parfait exemple de cet usage déroutant du langage cinématographique.

Michel (Martin LaSalle), un jeune Parisien sans emploi, se rend à l'hippodrome et décide, sans raison apparente, de voler l'argent du sac à main d'une femme. Il se fait prendre par la police, mais il est relâché faute de preuve. Plus tard, alors qu'il va rejoindre son ami Jacques (Pierre Leymarie) dans un café, il est clair qu'un inspecteur de police le surveille. Fasciné par le vol à la tire, il ignore la requête de Jeanne (Marika Green), une voisine de sa mère très malade qui le supplie d'aller la visiter, et s'associe à un pickpocket expérimenté qui lui montre les trucs du métier. Dévoré par sa nouvelle obsession, il prendra de plus en plus de risques sans se soucier que les soupçons s'accumulent contre lui.

Basé sur le roman Crime and Punishment de Dostoevsky, "Pickpocket" est une étude minimaliste sur l'aliénation qui met la vie de tous les jours à nu pour ne retenir que l'essentiel. La passion que ressent Michel est entièrement intériorisée et il se sent complètement exclu du monde dans lequel il évolue. Les personnages autour de lui ne montrent aucune émotion, il n'y a aucun gros plan sur les visages et on n'entend ni le bruit des voitures, ni ceux de la gare, ni ceux d'une banque achalandée. La caméra est statique et certaines scènes que certains pourraient considérer comme essentielles, comme l'arrestation de Michel et la mort de sa mère, ont été coupées, alors que d'autres, qui semblent de moindre importance, reçoivent plus d'exposition. Bresson cherche donc à créer de l'inconfort chez le spectateur et lui demande non pas de s'identifier au personnage de Michel, mais de carrément se mettre à sa place et de nous faire vivre sa perception du monde qui l'entoure. Un monde auquel il appartient, mais où il erre comme une âme confinée au purgatoire et où seule son activité de pickpocket lui permet d'exister et de "toucher" à cette réalité qui lui échappe. Ce n'est que lors de la scène finale que le style de Bresson se normalise si on peut dire (gros plan, musique, émotions) pour souligner que Michel a enfin réussi à s'échapper de son univers. Paradoxalement, il ne fera que troquer cette forme de captivité pour une autre. Par ailleurs, il faut mentionner la minutie avec laquelle Bresson dépeint la dextérité du pickpocket, alors que chaque larcin prend l'aspect d'un véritable ballet manuel.

Pickpocket est présenté dans son ratio original de 1.33:1 et jouit d'un très bon transfert remasterisé dont l'âge n'est trahi que par quelques taches et égratignures. L'image est donc nette et généralement propre, et le niveau des contrastes et des détails est excellent. La piste audio mono est également claire et les dialogues, les effets sonores et la musique ne souffrent d'aucune distorsion. La présentation est standard et le boîtier simple contient un encart de huit pages qui comprennent le chapitrage, le générique, quelques notes au sujet du transfert et un essai fort intéressant sur le film du critique culturel Gary Indiana. Les menus sont de facture classique, statiques et accompagnés d'effets sonores.

Plusieurs suppléments se retrouvent sur cette édition. Tout d'abord, dans "Paul Schrader Introduction", le scénariste et réalisateur nous parle de l'impact du film sur sa carrière, particulièrement de l'influence qu'il a eue sur l'écriture du scénario de Taxi Driver. Il décortique également de façon très concise le style de Bresson en utilisant des extraits du film pour étayer son propos. Ce segment est impératif pour les néophytes qui ne connaissent pas le réalisateur. Puisqu'elle révèle la fin du film, il vaut mieux écouter cette introduction après le visionnement. Par la suite, nous avons droit à une piste audio de commentaires avec l'historien du cinéma James Quandt. Il connaît bien son sujet et ses commentaires sont très informatifs. Cette piste est indexée, ce qui permet d'aller directement à la scène ou au sujet qui nous intéresse plus particulièrement. "The Models of Pickpocket" est un documentaire de près d'une heure réalisé par Babette Mangold en 2003. Elle retrace les principaux acteurs du film, dont Pierre Leymarie, Marika Green et même l'élusif Martin LaSalle, qui vit à Mexico depuis plus de 35 ans. Ce segment est trop long et d'un intérêt limité puisque cette chasse aux acteurs devient rapidement redondante. Ensuite, "Cinépanorama" nous offre un court extrait d'entrevue avec Bresson enregistré lors d'une émission de télévision en 1960. Le réalisateur, de nature timide, n'est visiblement pas très à l'aise face à deux interlocuteurs à l'approche presque hargneuse, mais il parvient tout de même à faire valoir son point de vue. Dans "Q&A on Pickpocket", Marika Green et les cinéastes Paul Vecchiali et Jean-Pierre Améris, répondent à des questions avant une projection du film en l'an 2000. Leurs réponses sont perspicaces, mais la caméra qui bouge tout le temps donne le mal de mer. Quant à elle, la revuette "Kassigi" nous offre une prestation du prestidigitateur à l'émission La Piste aux Étoiles. Kassigi agissait à titre de consultant sur le film et jouait également le rôle du mentor et complice de Michel. Finalement, on retrouve la bande-annonce du film.

"Pickpocket" n'est évidemment pas un film facile et le style de Bresson, qui élimine les aspects spectacle, drame et performance qui constituent la base du cinéma auquel nous sommes habitués, a de quoi déstabiliser même le plus réceptif des spectateurs. J'ai personnellement apprécié l'ingéniosité de l'exercice, mais le résultat m'a laissé plutôt froid. Pour initiés seulement.


Cotes

Film7
Présentation5
Suppléments8
Vidéo8
Audio7