The Curious Case Of Benjamin Button
The Criterion Collection
Paramount Home Entertainment

Réalisateur: David Fincher
Année: 2008
Classification: PG
Durée: minutes
Ratio: 2.40:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51), Espagnol (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 17
Nombre de disques: 2 (DVD-9)
Code barres (CUP): 097361430669

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
14 mai 2009

David Fincher est un des réalisateurs les plus fascinants du cinéma américain. Après ses débuts "adolescents" avec les cultes Seven et Fight Club et des films de genre (The Game, Panic Room) qui s'avéraient souvent plus des exercices de style qu'autre chose), le voilà atteindre sa phase de pleine maturité. Par Zodiac qui méritait plus d'un visionnement, et maintenant le très sensible "The Curious Case of Benjamin Button" qui donne à Brad Pitt un de ses meilleurs rôles en carrière.

Benjamin (Pitt) n'est pas un enfant comme les autres. À sa naissance, son corps ressemblait à celui d'un vieillard. Plus les années s'écoulent et plus il rajeunit. Ce phénomène, inexpliqué, l'amène à se questionner sur l'existence, lui qui verra toutes les personnes qu'il aime vieillir et mourir. Il en sera tout autant de la belle Daisy (Cate Blanchett) avec qui l'histoire amoureuse sera ponctuée de passions et de rejets.

Se débarrassant de tout artifice, David Fincher est un cinéaste qui désire être pris au sérieux. Avec son nouvel essai, il y arrive pleinement. Sa mise en scène experte se veut très discrète, utilisant une photographie hachurée sans jamais en mettre plein la vue. Les effets spéciaux dominent pratiquement tous les plans et ils s'oublient rapidement. L'idéal pour recréer à la perfection ces décors, ces costumes et ces fabuleux maquillages où des comédiens sont vieillis ou rajeunis à volonté. Les images généralement sombres sont un ravissement pour les yeux. Les couleurs sont splendides et précises, avec cette luminosité dorée, ces contrastes d'une justesse inouïe et ce souci esthétique constant. Quelques scènes utilisent volontairement le grain, les égratignures et le noir et blanc, et le sentiment de se retrouver devant un album de photos est constant. Dommage qu'à l'occasion du blocage apparaît furtivement.

Le virtuose saupoudre son récit de la délicate musique d'Alexandre Desplat en prenant soin de ne pas noyer l'émotion. Au contraire, tout y est calculé au millimètre près, alternant airs classiques et moments de jazz dans sa très belle recréation d'époque: celle de la première partie du 20e siècle où a été écrite la nouvelle originale de Francis Scott Fitzgerald. Les pistes sonores, toujours sobres et élégantes, sont soutenues efficacement par tous les haut-parleurs qui sont utilisés pour retransmettre ces mélodies onctueuses, ce vent, cette pluie de feux d'artifice, ce klaxon diffus et ces applaudissements nourris. Dans ce brouhaha de vie – et de mort – émane de solides dialogues toujours compréhensibles qui peuvent être accompagnés de très visibles sous-titres blancs.

Le créateur de Alien 3 livre au passage un pensum sur le passage du temps, les possibilités de l'espèce humaine et sa propension aux bonheurs et aux malheurs. Même si la trame narrative n'est pas la même, plusieurs liens se tissent avec un certain Forrest Gump, également écrit Eric Roth. Le héros sera presque toujours rejeté, il rencontrera des gens mémorables tout en participant à des évènements extraordinaires. Il y a un peu d'humour qui provient des répliques ou de leitmotivs (le passage sur le tonnerre est hilarant), mais surtout des drames et des déceptions qui découleront de la différence entre lui et les autres.

Il sera facile d'accuser le réalisateur d'étirer inutilement son propos. S'il est vrai que les 167 minutes paraissent parfois un peu longues et que le rythme n'est pas toujours soutenu, ces longueurs et ces lenteurs sont les fondements de l'existence. La vie s'étiole trop lentement ou trop rapidement, et ce sont les souvenirs qui habitent les personnages. Au cœur de ces divagations apparaît l'amour, l'éternel sentiment universel qui fascinait tant Darren Aronofsky dans son incompris The Fountain. Ici, Fincher le détourne dans une production grand public, sans doute plus accessible, mais néanmoins inspirante à tout point de vue. Une romance sans tambour ni violon entre un Brad Pitt qui aura rarement paru aussi convaincu et une Cate Blanchett tout en retenue.

Le boîtier et la jaquette de carton affichent une classe certaine. D'un fond noir émanent les deux principaux acteurs. Un livret présente un essai instructif du critique de cinéma Kent Jones. Le menu principal du DVD semble provenir d'une autre époque. Il y a une vieille maison, un plancher qui craque, des échos de voix, une horloge, etc. La pièce musicale rend le tout hypnotisant et même obsédant. Une piste de commentaires est également présente sur le premier disque. Fidèle à ses habitudes, Fincher analyse son travail dans le moindre détail, revenant sur son rapport avec son père et ses liens avec sa principale vedette qu'il se plaît à diriger. Très intéressant!

Rarement un film récent aura porté le sceau de la compagnie Criterion aussi rapidement. C'est cependant le cas ici et les suppléments offerts sur le second DVD ne peuvent que réjouir le plus ardent des cinéphiles. Il faut remonter à loin pour trouver une édition aussi satisfaisante et complète. Surtout qu'aucun bonus n'a été oublié. Outre les traditionnelles bandes-annonces, plus de 100 jolies photographies peuvent être admirées. Les documentaires sur le tournage sont regroupés en quatre sections distinctes et chronologiques. Le premier trimestre regroupe une douloureuse préface chargée en émotions, des discussions entre les producteurs pour mener à terme ce projet inadaptable (les Frank Oz, Steven Spielberg, Tom Cruise et Spike Jonze ont été préalablement pressentis) et il y a une ébauche de la séquence du train. Le second trimestre explore le soin apporté aux costumes tout en revenant pendant près d'une heure sur les lieux de tournage et les défis rencontrés. Du bonbon. Qui se répercute sur le troisième trimestre. Le secret des effets spéciaux est percé à jour avec ces nombreux documents sur l'utilisation des nouvelles technologies, l'existence de Benjamin, le processus de rajeunissement, la fabrication du bateau et la recréation des différentes époques. Le tout est accompagné d'un dossier sur la profondeur du son utilisé afin de faire revivre la culture de la Nouvelle-Orléans et une entrevue avec le compositeur français Alexandre Desplat. Plus oubliables sont ces quelques séquences où Pitt et Fincher présentent le tout lors de la première mondiale.

Sans doute pas aussi efficace que Seven et Fight Club, mais nettement plus sobre et profond, "The Curious Case of Benjamin Button" s'avère un nouveau sommet pour un cinéaste qui en a déjà beaucoup. Contrairement au Youth Without Youth de Francis Ford Coppola avec qui il a de nombreux points communs, ce long-métrage ne verse pas dans la surenchère. Il demeure plus instinctif, avec sa charge d'émotions qui arrive lentement, portée par une narration souvent mélancolique. Peut-être pas le film le plus joyeux de l'année, mais certainement un des plus bouleversants, et sans doute plus mémorable que les Slumdog Millionaire et autres Milk.


Cotes

Film8
Présentation9
Suppléments10
Vidéo9
Audio8