Les films d'agents secrets et d'espionnage ont connu une ascension foudroyante dans les années 60 surtout grâce au célèbre James Bond, un homme qui alliait charme, ruse, témérité, intelligence et humour et qui avait en sa possession une série de gadgets futuristes qui pouvait faire fléchir et réfléchir n'importe quel criminel. Dans la foulée de ce genre de film est également apparu un personnage masqué qui est devenu en l'espace d'un film, un phénomène culte et qui avait pour nom Diabolik. Né de l'imaginaire des sœurs Angela et Lucian Giussani, ce personnage de bandes dessinées, très populaire en Italie, allait voir le jour sur le grand écran en 1967 sous la direction de Mario Bava, surtout reconnu pour ses films d'horreur de série B.
Diabolik est un voleur masqué de grande classe qui aime s'approprier l'inaccessible et l'imprenable. Que ce soit de l'or, de l'argent ou des bijoux, il aime réussir les grands coups d'éclat et défier au passage les autorités en les ridiculisant. Même le chef de la mafia tente de le capturer en échange de son pardon, mais on n'attrape pas une ombre aussi facilement. Le travail terminé, Diabolik se terre dans son formidable souterrain hyper sophistiqué dans lequel l'attend plus souvent qu'autrement sa ravissante partenaire.
Mettant en vedette John Phillip Law dans le rôle de Diabolik, Terry Thomas dans le rôle du ministre, Michel Picolli dans le rôle de l'inspecteur, Alfondo Celli dans celui du vilain Valmont et Marisa Mell dans le rôle de la sulfureuse Eva, "Danger: Diabolik" combine tous les éléments nécessaires pour faire un film d'action. Courses folles, chasses à l'homme, filles sexy, décors hallucinants et une trame musicale d'enfer. Le concept de sa planque est une pure merveille et elle n'est pas sans rappeler la cave de Batman. L'histoire est décousue, on ne connaît jamais les motifs qui poussent Diabolik à commettre ses vols, mais tout ça devient secondaire devant l'originalité du traitement, les décors à couper le souffle et la musique d'ambiance. L'humour injecté au film lui donne également une légèreté qui nous fait oublier le scénario gruyère et qui nous amène à regarder ce film comme un divertissement.
L'image de ce film est de bonne qualité malgré ses presque 40 ans d'âge. On remarque quelques égratignures sur la pellicule, surtout pendant la séquence du début, mais le tout se replace après. Les couleurs sont justes, possèdent un fini mat et on remarque une pellicule plus granuleuse sur certaines scènes d'extérieur. Quant à l'audio, la trame sonore est strictement une affaire d'enceintes avant. Les dialogues sont justes et clairs et l'hallucinante trame musicale se fusionne bien au mixage sonore. Parlant de cette trame musicale, le magazine G.Q. (Gentlemen's Quaterly) a publié en 2002 la liste des 100 plus grandes trames musicales de tous les temps et celle-ci signée Ennio Morricone figure au troisième échelon. Il est vraiment dommage que pareille œuvre n'ait jamais été mise sur le marché et ne peut être entendue qu'en écoutant le film.
Un menu statique qui reproduit l'univers de Diabolik tel que proposé par les sœurs Giussani dans leurs bandes dessinées est une très belle initiative. Quelques suppléments ornent cette édition DVD en commençant par la trame de commentaires faite conjointement par John Phillip Law et Tim Lucas, celui qui a signé la biographie sur Mario Bava. Très informative et passablement intéressante, on y apprend quelques idées de génie dans la façon dont le film fût tourné, quelques anecdotes du comédien concernant les scènes intimes avec Marisa Mell et de l'immense popularité qu'a eu le film en Europe contre toute attente. On a droit également au clip vidéo "Body Movin" des Beastie Boys dans lequel on retrouve plusieurs scènes du film. Adam Youch, des Beastie Boys commente le clip au besoin. "Danger: Diabolik- From Fumetti to Film", est une revuette d'une vingtaine de minutes sur le film et la bande dessinée. Comprenant une série d'entrevues avec John Phillip Law, Dino DeLaurentis, Errico Morricone, Adam Yauch, Roman Coppola, et l'illustrateur Stephen R. Bissette, on y apprend comment Mario Bava s'y est pris pour que son film et l'atmosphère du film colle le plus possible à celui de la bande dessinée. La bande-annonce et l'aguiche du film complètent les suppléments.
"Danger: Diabolik" fût le sujet de plusieurs reproches au fil des années. Certains l'ont accusé d'emprunter des idées de la série télévisée Batman, ce qui était impossible, car Batman en était à sa première saison et qu'en Italie, personne ne la connaissait. De plus, on a également reproché au film de piger ses idées dans les films de James Bond et il s'avère également que les films de James Bond subséquents à ce film y ont également pigé quelques trouvailles. "Danger: Diabolik" est le film d'action des années 1960 le plus stylisé qu'il m'ait été donné de voir. Au delà des incohérences du scénario, des invraisemblances et des effets spéciaux très moyens se cache un divertissement de première qui propose de l'action, de l'humour, une atmosphère sexy et une trame musicale d'enfer. Et dire que ce film, qui est passé au rang des films cultes depuis belle lurette, était à l'origine une parenthèse orchestrée par les studios Dino DeLaurentis pour occuper le comédien John Phillip Law qui était payé à rien faire en attendant que les délais entourant la production du film Barbarella se terminent. Je vous recommande plus que chaudement de vous procurer cette édition DVD qui vous coûtera à peine dix dollars et qui vous plongera dans l'atmosphère kitsch des années 60.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |