S'il y avait un classement des expressions les plus prononcées, je pense que "y'a plus de saisons, mon bon ami" se positionnerait dans les dix premières. Cette remarque sur une météo qui n'est pas en rapport avec la saison pourrait trop bien résumer l'histoire de "The Day After Tomorrow", que Fox nous remet dans les bacs avec cette fois-ci un deuxième disque rempli à ras bord de suppléments variés. En fait, il s'agit d'une édition très semblable à celle qui est sortie en Zone 2 en octobre 2004, à quelques détails près, certaines sections de l'édition Zone 2 (comme les accès "Vue globale" et "La ville sous la glace") n'apparaissant pas dans cette sortie Zone 1. Et, bien malheureusement pour nous francophones, ce ne sont pas les mêmes pistes sonores non plus (Dolby Digital Stéréo au lieu de Dolby Digital 5.1 en Zone 2).
Je ne reviendrais pas vraiment sur le film, puisque Martin vous en a fait une critique attentionnée il y a quelques mois. Mais pour se rafraîchir un peu la mémoire, je vais en faire un petit résumé. Alors qu'il fait un prélèvement de carottes de glace en Arctique, le paléoclimatologue Jack Hall (Dennis Quaid) et son équipe subissent un incident inusité: la glace du pôle subit d'importantes modifications. De retour à Washington, il reçoit un appel du professeur Rapson (Ian Holm) lui signalant que les eaux au large du Groenland baissent grandement de température de façon anormale. Partout dans le monde, des manifestations inquiétantes de la météo se manifestent: pluie d'énormes grêlons à Tokyo, destruction d'une grande partie de Los Angeles après le passage de plusieurs tornades ou encore New York qui disparaît presque sous les eaux. Justement, le fils de Jack, Sam (Jake Gyllenhaal) se trouve dans la Grande Pomme à ce moment-là. Un refroidissement soudain transforme alors la ville en une immense cité sculptée dans la glace. Jack décide de monter une expédition quasi polaire pour aller à la rescousse de son fils.
Cette nouvelle édition diffère de la précédente par ses suppléments, beaucoup plus nombreux. Sur le premier disque, nous retrouvons le contenu déjà existant sur la première édition, c'est-à-dire le film avec quatre bandes sonores ainsi que deux pistes de commentaires. La qualité de l'image ainsi que le son sont aussi bons que dans la première édition et il y a les mêmes bandes sonores (à notre grand regret de ne pas y retrouver cette fois-ci une piste française Dolby Digital 5.1). La différence commence réellement à l'insertion du deuxième disque. Nous accédons immédiatement à un menu avec cinq choix. Nous nous attarderons principalement sur les quatre premiers, représentant à eux seuls environ quatre heures de vrais suppléments (je ne parle pas donc de pistes de commentaires). Les quatre blocs sont: Pre-production, Production, Post-production et Science.
Pre-production: découpé en quatre parties, nous participons à l'élaboration du projet en commençant par une "Previsualization", c'est-à-dire l'utilisation de séquences primaires, générées par ordinateur, pour donner une première idée de certaines scènes. On peut voir en même temps, le résultat final. Pas très intéressant, car la plupart des scènes seront reprises avec plus d'explications dans la troisième partie "post-production". Puis dans "Pre-production Meeting", nous retrouvons les principaux responsables du projet à Montréal, en novembre 2002. La réunion de planification est certainement très importante, mais malheureusement un gros problème de prise de son nous empêche de bien comprendre la plupart des interventions. Très dommage. Dans "Storyboard Gallery", nous avons onze scènes du film présentées avec les dessins préparatoires. Enfin, avec "Concept Art Gallery", ce sont des dessins, des plans techniques ou même des photos modifiées de 17 plans ou situations du film. On peut voir jusqu'à quel point les concepteurs détaillent le projet. Cette partie est intéressante, mais manque un peu de consistance.
Production: il s'agit d'un documentaire de production de près de 50 minutes: "Two Kings and a Scribe: A Filmaking Conversation" (sous-titré: Unplugged – Unscripted). James Christie Walker, cinéaste, a filmé le tournage de "The Day After Tomorrow". Utilisant une conversation entre Roland Emmerich (le réalisateur et co-scénariste), Jeffery Nachmannof (le co-scénariste) et Mark Gordon (le producteur), nous allons nous promener sur les nombreux plateaux du tournage, principalement à Montréal, puisque la plus grande partie des scènes "humaines" y ont été tournées (ce qui peut surprendre, vu l'ampleur de certaines, comme l'inondation des rues de New York, recréées en studio à Montréal). Cette partie est donc très intéressante et surtout on a vraiment l'impression d'avoir été aux premières loges. Peut-être un petit regret que ce petit film ne soit pas plus long. Et un autre petit regret qu'il n'y ait pas de sous-titres, ni pour malentendants.
Post-production: Avec "Pushing The Enveloppe: Visual Effects", comme on peut s'en douter, on jette un œil derrière les innombrables plans d'effets spéciaux (plus de 400, venant de neuf sociétés différentes). Pendant une trentaine de minutes, Karen Goulekas (responsable des effets visuels) fait la transition entre les différentes équipes et leur travail respectif, que ce soit de la destruction de Los Angeles au raz de marée sur New York, sans oublier bien entendu la scène des loups ou le refroidissement soudain. Époustouflant et exténuant quand on voit le travail effectué. Dans "Scoring", on survole pendant une dizaine de minutes la partie musicale du film, composée par Harald Kloser. On ne manquera pas de noter la date de l'enregistrement, à savoir le 24 mars 2004, quand on sait que le film sortait le 28 mai de la même année. La présentation de cette séquence permet de voir l'orchestre jouer pendant qu'une image plus petite montre la scène correspondant dans le film. Puis avec "Audio Anatomy", on retrouve la même séquence de montage audio que l'on avait dans la première édition de ce DVD, avec les huit pistes et l'interactivité de choisir soi-même sa piste. Nous en arrivons à la partie des scènes supprimées. Il y en a dix en tout, pour une durée totale d'environ 18 minutes, avec commentaires optionnels de Roland Emmerich et de Mark Gordon. Elles ne sont pas toutes importantes, mais certaines sont surprenantes, comme celle du Japonais qui se fait assommer par d'énormes grêlons. Dans le film, il reçoit un appel de sa femme. En fait, dans la scène initiale, il parle avec un "golden boy" de New York sur un échange qui paraît louche. D'ailleurs, plusieurs scènes mettant en image ce boursicoteur, Gary, semblent avoir été retirées. Dans le film, il finira dans un bus, au fond de l'eau. Nous avons là une partie très intéressante de ces suppléments, surtout pour les plus curieux, ce que nous sommes un peu tous, n'est-ce pas?
Science: il s'agit cette fois d'un documentaire d'une durée d'environ une heure avec une approche scientifique: "The Force of Destiny: The Science and Politics Of Climate Change". Sans être aussi alarmiste que le film lui-même, les intervenants de ce film, scientifiques ou politiques pour la plupart, tiennent à nous mettre en garde sur nous-mêmes et notre mode de vie et surtout sur ce qui va inévitablement nous arriver dans seulement quelques dizaines d'années si nous n'essayons pas de changer ces mauvaises habitudes. Et même pour certaines, il est trop tard. Certaines scènes du film sont utilisées à titre d'exemple pour expliquer la réalité des phénomènes climatiques et surtout leur dévastation sur notre planète. J'aurais presque envie de dire qu'à côté de ce documentaire, le film est une farce minimaliste. Seuls les délais dans le temps sont différents. Et encore, on peut se le demander...
Quelques bandes-annonces originales et autres promotions maison concluent ce second disque. Tous les menus de ce deuxième disque sont animés, interactifs et sonorisés. Et au risque de me répéter, je regrette qu'il n'y ait pas de sous-titrage ni de codage pour malentendants, surtout quand on sait que cette édition est presque identique à celle sortie en France, qui comportait, elle, des sous-titres français.
Au-delà de l'aspect "grosse machine hollywoodienne", ce qu'il est indéniablement, ce film est aussi un message important à notre société, peut-être un peu trop enterré derrière un déluge d'effets spéciaux spectaculaires. La principale raison de s'en préoccuper est de se dire que les forces de la nature sont les seules où l'être humain n'a absolument aucun pouvoir. Le jour où la météo se déchaînera ne serait-ce qu'en partie de ce que ce film avance, nos petites guéguerres antiterroristes ne nous avanceront pas à grand-chose. Que pourrions-nous dire aux familles des 250 000 disparus du tsunami en Asie? Que c'est la faute aux islamistes? Certes, je sors du cadre purement "climatologique" avec cet exemple, mais il faut juste garder à l'esprit qu'il y a des éléments contre lesquels nous ne sommes que bien peu de choses.
Roland Emmerich égratigne au passage certaines attitudes gouvernementales tout au long du film, passant parfois inaperçues. Le vice-président des États-Unis qui considère ces alertes comme non prioritaires, le Mexique qui ferme, dans un premier temps pour se raviser plus tard, ses frontières aux Américains (retournement de situation), obligation d'être devant un désastre réel pour décider de prendre des mesures, etc. Une grosse machine, certes, mais qui doit aussi nous faire réfléchir, même s'il est peut-être trop tard.
Et pour terminer, une petite anecdote venant de mon estimé collègue Éric Simard et que je peux confirmer après bien des arrêts sur image: effectivement, l'itinérant noir qui apparaît plusieurs fois dans le film a bien un sac en plastique de la chaîne d'épicerie québécoise "Super C". Et vu le nombre de ces scènes, j'imagine qu'ils ont dû en prendre une bonne quantité. Merci Éric pour cette remarque toute locale.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 10 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |