Quand on parle de Martin Scorsese, deux grandes tangentes se démarquent. En premier lieu, son amour inconditionnel pour la ville de New York qui n'a d'égal que celui que porte Woody Allen pour cette même "Grosse pomme" et en second lieu, les histoires de gangsters où son doigté singulier combiné à des distributions d'enfer souvent menée par Robert DeNiro ont propulsé le genre vers de nouveaux sommets. Depuis plus d'une décennie, le cinéaste cherchait à retrouver sa touche magique, chose qu'il avait égarée depuis le monumental Goodfellas et après quelques dernières productions prometteuses, en l'occurrence The Aviator, il aboutit finalement d'une œuvre dense et riche, empruntée au cinéma asiatique Infernal Affairs qu'il adapte de façon magistrale.
Billy Costigan (Leonardo DiCaprio) est un jeune policier fraîchement sorti de l'école qui aime le goût du risque. Il acceptera l'invitation de ses supérieurs qui cherchent désespérément une taupe pour infiltrer le crime organisé bostonnais contrôlé par Frank Costello (Jack Nicholson). Colin Sullivan (Matt Damon) est aussi un policier fraîchement sorti de l'académie, mais à la différence qu'il infiltre le milieu policier, car il à la solde de Frank Costello. C'est ainsi que deux hommes découvriront de part et d'autre que leur organisation est infiltrée et chercheront à connaître l'identité de l'intrus.
Voilà une histoire de flics qui s'appuie sur des prémisses plus qu'intéressantes et qui livre la marchandise sur tous les fronts. J'avoue avoir eu quelques doutes à l'amorce de ce projet d'adaptation du fascinant film chinois Infernal Affairs, car Hollywood a souvent tendance à remodeler les concepts originaux en les édulcorant, pour en faire des inepties conjecturales. Cependant, en confiant la réalisation à Martin Scorsese, maître incontesté du genre policier, l'adaptation, au très sous-estimé scénariste William Monahan Kingdom of Heaven, et le montage à la grande Thelma Schoonmaker, on a droit à un remake très personnel qui s'inspire d'évènements réels qui se sont passés à Boston, et qui conserve toute la richesse et la finesse du film original. Comme si ce n'était pas assez, la distribution est une des plus impressionnantes qu'il m'ait été donné de voir dans un film américain depuis belle lurette. Dans les rôles principaux, Leonardo Dicaprio, toujours juste, et Matt Damon maîtrisent leurs personnages comme cela n'est pas permis et le grand Jack Nicholson, donne dans un registre plus discret, sans doute pour laisser le plancher aux deux vedettes principales, mais chacun des mots prononcés par son personnage Frank Costello nous sidère. Par exemple, on comprend pourquoi il est devenu ce qu'il est quand il explique avec désinvolture dans les tous premiers moments du film qu'il préfère que son environnement soit un produit de sa personne au lieu qu'il soit un produit de son environnement. Il faut cependant remercier le film A Good Shephard pour cette distribution. Le rôle du chef de la mafia devait être incarné par Robert De Niro, mais il ne pouvait accepter le défi, car il campait la réalisation du film ci-haut mentionné. Bref, Martin Scorsese renoue avec la perfection dans le viscéral "The Departed", chose qu'il n'avait pu faire depuis le sublime Goodfellas.
Présentée dans son ratio d'origine, la mielleuse cinématographie de Michael Ballhaus (Gangs of New-York) conserve toute sa richesse. L'image regorge de détails et les couleurs sont justes et claires. Aucune forme d'artefact de numérisation n'a pu être observée lors du visionnement. Bref, un délice visuel de 152 minutes qui n'attend que vos yeux. La section des suppléments propose une bonne batterie de documentaires, tous placés sur le second disque que l'on obtient dans l'édition spéciale, mais étant donné la sortie précipitée de cette édition DVD, très peu sont attenants au film lui-même. "Au-delà de la fiction: La véritable histoire de Whitey Bulger, Southie et d'agents troubles" est une revuette d'une vingtaine de minutes qui nous parle des vrais personnages et évènements qui ont servi à tisser la toile de fond bostonnaise du scénario. "Scorsese à propos de Scorsese" d'une durée de 85 minutes est en fait un documentaire produit en 2004 par la "Turner Film Production". On y entend le réalisateur faire un survol de sa carrière en soulignant au passage quelques réalisations de son cru qu'il a préférées. Pour les fans du cinéaste, voilà un incontournable. "Scorsese et le monde des gangsters" d'une durée de 24 minutes situe ce film de gangsters aux autres films de même genre qu'a réalisés le cinéaste. Pour compléter, nous pouvons contempler une série de scènes supprimées, neuf au total couvrant près de 20 minutes, le tout commenté par le réalisateur au besoin. La bande-annonce du film complète le tout. À noter qu'une bande de sous-titres en français est disponible pour tous les suppléments.
Martin Scorsese vient de recevoir l'Oscar allant à la meilleure réalisation et le film "Departed" gagne le prix du meilleur film. Voilà, qui est chose faite et il était temps qu'Hollywood reconnaisse un de ses plus grands réalisateurs. Quant à cette édition DVD de deux disques, elle est passablement complète, même si elle semble précipitée et elle nous offre des transferts de grande qualité. Voilà une œuvre et une édition DVD que chaque cinéphile voudra s'approprier, mais il ne faudrait pas se surprendre d'en voir une encore plus bonifiée faire son apparition dans les mois à venir.
| Film | 10 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 10 |
| Audio | 9 |