The Devil and Daniel Johnston
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateur: Jeff Feuerzeig
Année: 2005
Classification: PG
Durée: 110 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51)
Sous-titres: Français
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
17 septembre 2006

Les biographies ne servent pas seulement à en savoir davantage sur des âmes mondialement connues comme Neil Young ou les Rolling Stones, mais également à découvrir des artistes cultes souvent inconnus qui auraient pu changer la facette du rock, de la pop et du folk. Après avoir raconté les hauts et les bas d'une formation atypique comme les Half Japanese, le réalisateur Jeff Feuerzeig s'attaque à un chansonnier maudit. Pas Nick Cave, mais bien Daniel Johnston.

Comme tant de gens avant lui (de Brian Wilson à Syd Barrett), Daniel Johnston est l'exemple parfait du génie ayant mal tourné. Aux États-Unis pendant les années 1980, le jeune Daniel est un être introverti qui chante et dessine dans ses temps libres. Un jour, il tombe en amour fou avec une certaine Laurie et sa passion devient rapidement une obsession lorsque la réciprocité ne se tient pas. Éploré, il cherche du réconfort dans la musique et la drogue hallucinante le fait rapidement divaguer. Une lente descente aux enfers pour cet amoureux de Casper et de Captain America qui visitera quelques instituts psychiatriques pour finalement s'affranchir de ses démons des décennies plus tard.

"The Devil and Daniel Johnston" n'aurait pu être qu'une énième biographie sur la malchance qui s'abat sur un auteur-compositeur talentueux. Il n'en est rien, car le cinéaste Jeff Feuerzeig cherche continuellement à surprendre dans les lieux communs. En partant chronologiquement, les risques de se planter étaient très élevés. Pas pour un tel sujet qui comprenait une matière première aussi riche. En effet, pendant de nombreuses années, Johnston s'est confié à une enregistreuse, il a tourné de nombreux films amateurs, il a multiplié les photographies et tout ce matériel a été récupéré lors du tournage. Cette incrustation au sein de la psyché chancelante n'évite pas un certain voyeurisme, mais c'est surtout pour accroître ce réalisme époustouflant, digne d'un Tarnation.

Cette odyssée, un tantinet trop longue, propose de nombreuses sources édifiantes et vivifiantes. Il y a bien entendu le témoignage des parents qui hantera longtemps. Mais également ceux d'amis, d'animateurs de radio et de fans. En livrant son âme sur des vulgaires cassettes, Johnston touchait par son authenticité et il a influencé, d'une manière ou d'une autre, la musique des Wilco, Mercury Rev, The Flaming Lips, Beck, Yo La Tengo et bien plus de gens encore. Le voir divaguer avec des membres de Sonic Youth est une source de plaisir inestimable. Son apport la plus notable est sans doute celle apportée à la musique de Nirvana, dont son leader Kurt Cobain ne se tannait pas de porter un gilet à l'effigie de Daniel Johnston. Ces séquences instructives sont doublées de scènes très rigolotes, qui comprennent notamment des parallèles hilarants avec l'excellente œuvre de Woody Allen Broadway Danny Rose et l'aura démoniaque engendrée par Metallica.

Puisque la particularité de ce récit découle de vieux matériaux vidéo et audio, les images et le son se veulent souvent inégaux. Les archives peuvent être horribles ou magnifiques, leur utilisation est exemplaire. La photographie est bien fignolée, le contraste demeure réussi et il n'y a aucun artefact pour gâcher la vue. Même les sous-titres jaunes se déchiffrent immédiatement, sans jamais forcer les yeux. L'ingéniosité du Dolby Digital 5.1 est de créer une atmosphère qui ne disparaîtra pas de sitôt. Dès le départ, une trame sonore ponctuée de piano s'empare des enceintes situées sur les côtés, saupoudrant le tout de bruits divers comme des applaudissements. La musique mémorable de Johnston est superbe, à la fois charmante et mélancolique. Un investissement pour se procurer sa discographie complète devient presque nécessaire à la tombée du générique. Cette richesse de l'ouïe ne nuit pourtant jamais à la qualité des voix : audibles, reconnaissables et très claires.

La pochette branchée sur les hallucinogènes propose une combinaison entre le vrai Daniel Johnston et un sosie à l'esprit volatile émanant de doubles enchanteurs. L'extra-terrestre figurant sur le DVD est le même que celui de l'album Continued Story, un concept récurent revenant un peu partout. Une fois l'insertion du disque, un triste menu principal fade, sans mouvement ni musique apparaît. Rien de très intéressant à regarder. Sauf qu'il ne faut pas se décourager. Les autres menus sont incroyablement attrayants, avec leurs lots de dessins humoristiques et d'icônes apparaissant à des endroits très bien déterminés.

Les suppléments sont des parfaits compléments à cet opus iconoclaste. La piste de commentaires de Jeff Feuerzeig et du producteur Henry Rosenthal est ornée de nombreux détails, toujours drôles et intéressants. Le duo analyse les scènes tout en parlant des sources utilisées, des lieux de tournage, de l'utilisation de la couleur et de la nécessité d'avoir accès à de telles archives. Un changement de perception s'opère alors lentement. Des extraits des cassettes entendues sont également disponibles dans leur intégralité. Le son est parfois douteux, mais il y a des sous-titres pour compenser. Les réflexions morbides donnent des frissons en de nombreuses occasions. Trois courts-métrages réalisés par le chanteur sont inclus et si la technique est plus que rudimentaire, il est difficile d'en trouver d'aussi comiques. Un extrait peu développé montre la première mondiale au Festival de Sundance en 2005 et la réaction positive du public. Beaucoup plus pertinente est cette réunion tant espérée entre Daniel et Laurie, qui s'échangent des accolades et de l'affection. L'émotion disparaît totalement pendant cette mini-fiction de quinze minutes qui amène Johnston à se défoncer en disant n'importe quoi. Une expérience qui n'est pas toujours nécessaire. La réalité rattrape le pas avec des bonus plus usuels, soient six scènes coupées très pertinentes et treize bandes-annonces de films distribués par Sony Pictures Classics.

Mélangeant la nouveauté à une formule conventionnelle qui a fait ses preuves, "The Devil and Daniel Johnston" est d'une fascination sans borne. Non seulement le documentaire permet de découvrir un homme sympathique à la musique plus que recommandable (quelques-uns de ses albums sont de véritables chefs-d'œuvre), mais le support visuel et sonore transforme le visionnement en un périple tordu vers l'inconnu.


Cotes

Film7
Présentation7
Suppléments8
Vidéo7
Audio8