George Cukor est un tout jeune réalisateur lorsqu'il s'attaque à l'adaptation cinématographique de cette pièce de théâtre à succès. Il choisit, pour interpréter la myriade de personnages de ce délicieux mélodrame, les vedettes hollywoodiennes les plus en vue de l'époque, des vétérans John et Lionel Barrymore à la coqueluche des années 30, la lumineuse Jean Harlow. À cette époque, le public américain réclamait des films dans lesquels ils pouvaient admirer le talent de plusieurs vedettes à la fois. Ce désir donna lieu à plusieurs films à sketchs qui souffraient toutefois d'un manque d'homogénéité (Grand Hotel, par exemple). Chaque star devait avoir sa scène de bravoure, mais les liens entre les personnages étaient souvent ténus et l'œuvre en souffrait. Ce n'est pas le cas avec "Dinner at Eight".
Le prétexte est simple. La femme d'un armateur, Mme Jordan (délicieuse Billie Burke) qui n'aime rien tant que briller en société organise un souper en l'honneur d'un couple d'aristocrates britanniques. Ce que la pauvre madame Jordan ignore toutefois, c'est que son mari est atteint d'une maladie mortelle et qu'en plus il est au bord de la faillite. Dans sa candeur, elle invite même l'homme qui est en train de ruiner son mari, le vorace Dan Packard (Wallace Beery). Ce dernier est marié à une poule de luxe interprétée par Jean Harlow. La scène de la dispute entre les Packard, au moment où ils se préparent à partir pour aller dîner chez les Jordan, est la plus drôle du film.
Plusieurs intrigues se nouent et se dénouent alors que l'heure avance et que huit heures approche. Évidemment, la plupart des intrigues trouvent leur conclusion ultime lors du souper. Parmi les invités de huit heures, se trouvent Carlotta Vance, une vieille actrice sur le déclin, parfaitement consciente de sa déchéance, mais qui préfère en rire, Larry Renault, acteur lui aussi sur le déclin, mais qui ne l'accepte pas du tout et le docteur Wayne Talbot, qui a une aventure avec Mme Packard.
Ce qui fait principalement la force du film, outre le fait que le scénario soit très bien ficelé, est l'interprétation. Marie Dressler, dans le rôle de Carlotta est éblouissante. J'ai vraiment adoré cette comédienne que je ne connaissais que de nom avant de voir le film. Elle a commencé sa carrière au cinéma alors qu'elle approchait la soixantaine et elle est décédée deux ans après "Dinner at Eight". Elle n'a donc malheureusement pas fait beaucoup de films. Elle a toutefois eu le temps de remporter l'Oscar de la meilleure actrice pour Min and Bill en 1934 (vivement que ce film sorte en DVD!). Les frères Barrymore, Lionel et John, offrent comme à leur habitude une très bonne performance pour ce film.
Ce qui fait que ce film se démarque des autres mélodrames de l'époque c'est qu'il s'intéresse au phénomène du déclin des grandes familles d'aristocrates américains au début des années 1930 qui se font damer le pion par les "self-made men" de l'après-crash boursier. Packard et Jordan ont tous deux une façon fort différente de faire des affaires. Packard représente la venue du capitalisme sauvage tandis que Jordan fait des affaires en gentleman, comme au XIXième siècle. Le film se termine par une réplique géniale de Carlotta Vance. À la jeune et belle madame Packard qui s'inquiète du fait que le modernisme semble vouloir remplacer les hommes par des machines, elle lui répond: "Ça c'est quelque chose qui ne devrait jamais vous inquiéter ma chère..." Le film est émaillé de ce genre de répliques cinglantes et assassines ce qui le rend encore plus savoureux.
Pour un film qui date de 1933, la qualité des images est très acceptable. Par contre, le son a beaucoup souffert du passage des années. Mais pas assez pour nous empêcher d'apprécier l'œuvre. En supplément, on retrouve un documentaire très bien documenté sur Jean Harlow, présenté par Sharon Stone. On a également inclus un court-métrage de 22 minutes intitulé "Come to dinner" qui parodie le film. La plupart des acteurs choisis pour ce pastiche ressemblent à s'y méprendre aux acteurs originaux. Malheureusement, les sous-titres français ne sont pas disponibles sur ce court-métrage.
Je conseille à tous l'achat de ce DVD. Ce film est véritablement un classique du cinéma américain. De plus, il nous donne l'occasion d'admirer l'une des distributions les plus éclatantes de cette époque!
| Film | 9 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 5 |