En transposant l'important livre Disgrace de J.M. Coetzee qui a toujours été jugé inadaptable, le réalisateur Steve Jacobs en a tiré un film fort et déchirant porté par le jeu de haut niveau de John Malkovich.
Un professeur (John Malkovich) de Cape Town tombé dans la disgrâce après la plainte d'une étudiante et ancienne amante décide d'aller retrouver sa fille (Jessica Haines) dans une région éloignée de l'Afrique du Sud. Les deux êtres n'ont pas le temps de se rapprocher et de rattraper le temps perdu qu'un événement traumatisant viendra les hanter à jamais.
Ce long-métrage divisé en deux temps aborde quelques thèmes majeurs, dont la violence faite aux femmes, les questions de pouvoir, le racisme, le manque de communication et la situation africaine post-apartheid. Grâce à une fine mise en scène aux symboles et métaphores jamais trop proéminentes, le bourgeois antihéros qui passe son temps à citer Lord Byron évoluera et grandira forcément au contact de cette réalité implacable. Ce qui débutait comme une simple histoire de mœurs prend des propensions impensables, souvent violentes et décourageantes, dont le jeu souvent déconnecté des acteurs périphériques rappelle que l'ordre et la loi ne sont plus les mêmes sur ce territoire. Dans le difficile rôle-titre, John Malkovich se veut extrêmement nuancé et subtil, se forçant de ne pas trop en faire, véhiculant toujours la bonne émotion.
La musique enveloppante donne de la latitude à des airs classiques et à de l'opéra. La piste sonore anglophone en Dolby Digital 5.1 distille un doux parfum, jouant avec les enceintes (en recréant des bruits de verre, de klaxons, de pluie, d'aboiements, etc.), se concentrant sur les voix, qui s'entendent correctement. Afin de bien saisir les nombreux dialogues et les quelques accents, insérer de très visibles sous-titres jaunes en anglais ou en français peut être une bonne idée. Les images détaillées, aux couleurs développées et aux riches contrastes, ne sont pas exemptes de grain, et surtout d'une certaine blancheur qui s'affiche périodiquement.
La pochette sans éclat montre le visage du protagoniste, trois individus qui s'éloignent et un ciel menaçant. Le menu principal du DVD offre plutôt un montage de séquences sur une mélodie au piano. En plus de la bande-annonce originale et de quelques publicités, les suppléments s'articulent autour de deux segments. Le premier est un trop court documentaire sur le tournage qui montre le cinéaste dans le feu de l'action, la construction d'une maison, l'élaboration des effets spéciaux, etc. Le second, légèrement plus complet, est une série d'entrevues avec les acteurs, le metteur en scène, un producteur, le directeur de la photographie, et alouette. Les informations qui en ressortent amènent autre facette au résultat final et ce, même si parfois les réponses manquent sérieusement de tonus.
Écrire que "Disgrace" n'est pas une œuvre facile à aimer est un euphémisme. Il ne faut pas hésiter à remettre en question ses jugements de valeurs et parfois même laisser de côté sa morale pour bien adhérer à l'entreprise. Le spectateur non coopératif risque même de décrocher avant la fin. Pour lui, il y aura toujours un interchangeable quoique divertissant Iron Man 2. Mais les cinéphiles avisés, qui n'hésitent pas à embrasser la noirceur et la lourdeur du sujet, en ressortiront transformés devant ce récit à la fois imparfait (car un peu trop froid et étudié) et déstabilisant, qui ne s'oubliera de sitôt.
| Film | 7 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |