Le bon voisinage est un idéal qui semble tout ce qu'il y a de plus normal et pourtant qui n'a pas un jour maudit son voisin pour avoir eu un comportement étrange. Que ce soit au sein d'un quartier de Nazareth ou à la frontière entre cette ville et Ramallah, les conflits ont des répercussions sur les gens qui y vivent. Non seulement Elia Suleiman a-t-il écrit le scénario et aisé ce film qui a pour titre original "Yadon Ilaheyya", mais il y a également incarné le rôle principal. De plus, il s'est mérité plusieurs nominations, dont celle du meilleur film lors du Festival de Cannes en 2002. Bien qu'il n'ait pas remporté cet honneur, il s'est vu décerné le prix du jury lors de cet événement.
Le récit débute sous le ciel bleu de Nazareth. Le Père Noël est pourchassé par une bande de gamins, ils ne sont ni hystériques ni intéressés par les cadeaux que porte ce dernier. Ils courent à travers une route sinueuse, atteignent la cime de la colline où est dévoilé le poignard enfoncé dans la poitrine de la victime : le rêve et l'illusion s'estompent. Déjà le ton est donné, sur fond paisible, la triste réalité, perturbée par les conflits en tout genre, est traitée avec cynisme et satyre.
Le scénario est constitué de trois parties. Tout d'abord, celle des habitants de la ville qui vivent un quotidien banal et redondant. On retrouve un automobiliste hypocrite qui salut de la main les individus qu'il croise tout en les insultant. Puis un homme qui balance ses ordures chez la voisine et qui s'étonne le jour qu'elle les lui renvoie. Ce ne sont que deux exemples parmi une multitude qui est lentement dévoilée au cours d'une séquence avare de dialogues. Apparaît ensuite l'antihéros, incarné par Suleiman, qui s'occupe de son père malade affichant la plus grande impassibilité. Il conserve la même attitude lorsqu'il est en compagnie de celle qu'il aime dans un stationnement à la frontière gardée entre Nazareth et Ramallah. Ils y partagent quelques moments pleins de promesses, ils se caressent les mains, se regardent, mais ils ne se parlent point. Malheureusement, cette idylle finira en queue de poisson. Toutefois, la femme restera l'objet de ses fantasmes, ce qui est probablement la démonstration la plus évidente de l'utilisation de métaphores. La quiétude habituelle fait place à des scènes chorégraphiées qui provoquent l'hilarité sous des airs de crédulité. En parallèle avec ces scènes de rencontres, il y a cette discréditation des gardes de la frontière par la présentation du désordre qui règne à la frontière.
Le menu de ce DVD est tout ce qu'il y a de plus ordinaire, statique et accompagné d'une musique à saveur thématique. Il n'y a qu'un seul supplément sur le disque soit une galerie de trois bandes-annonces qui n'ont rien à voir avec le film. La qualité de l'image quant à elle m'a bien plus, les couleurs sont claires et la direction artistique très intéressante. Pour ce qui est du son, ça convient parfaitement au type de film. Il n'est pas nécessaire d'avoir l'équipement cinéma maison pour apprécier le contenu du film, puisque l'ambiance est créée par le bruit environnant.
Le point fort de ce film est certainement l'habilité avec laquelle le rythme est manipulé. Ainsi que par les quelques moments chorégraphiés qui sont à la fois mémorables et amusants. J'ai adoré ce film qui rappelle la nouvelle littéraire, par sa construction visuelle qui mène dans une direction pour ensuite nous faire bifurquer, en nous présentant l'action sous un nouvel angle. Ce scénario est brillant et s'adapte à n'importe quelle relation interpersonnelle. Concluant sur une énergie refoulée qui ne demande qu'à exploser.
| Film | 8 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |