Les temps changent et rapidement. Il y a à peine quelques années, Michael Moore remportait un Oscar pour Bowling For Columbine et une Palme d'Or avec Fahrenheit 9/11. De nos jours, c'est à peine si ses missives sortent au cinéma, prenant parfois directement le chemin de l'Internet. Ce n'est heureusement pas le cas de "Capitalism: A Love Story", un documentaire peu nuancé, mais extrêmement divertissant qui fait rire et pleurer.
Par le passé, Michael Moore a traité de sujets chauds, comme les soins de santé aux États-Unis. Le voici qui réplique en mettant le capitalisme au banc des accusés, accusant les grandes entreprises de tout asservir, ridiculisant un pays qui s'en va vers sa déchéance. Au passage, il s'intéresse au sort de gens happés de plein fouet par la crise économique, le chômage et le manque de liquidité.
Ce polémique documentariste ne change pas. Il ne se fera pas de nouveaux amis avec cette nouvelle missive... et il n'en perdra pas non plus. Conscient qu'il a un style bien à lui, Michael Moore en profite, livrant un long-métrage jubilatoire et dérangeant, débutant sur des bases connues (le méchant capitalisme) avant d'extrapoler vers des exemples plus surprenants (ces enfants enfermés au privé, ces pilotes d'avion qui ne gagnent presque rien, etc.). En l'espace de deux heures, il est capable de faire rire aux larmes, utilisant un montage particulièrement ironique pour démontrer que tout ne va pas nécessairement bien au pays de l'Oncle Sam. S'il manipule parfois cette information et qu'il tend toujours à idéaliser les autres nations, le père de Roger and Me le fait pour divertir et éduquer au même moment. Mieux, il se base sur sa propre expérience, faisant même appel à son paternel, pour mettre un visage sur cette souffrance. Cela donne des témoignages déchirants qui ne laissent pas indifférents.
En recourant à un nombre incalculable d'archives, le rendu vidéo ne peut qu'être inégal. Parfois il y a du grain ou des égratignures. Les couleurs ne sont pas toujours attrayantes et les contrastes sont à peine corrects. Il faut toutefois se plier à l'exercice qui ne cherche surtout pas à dorer la pilule d'une région qui est sévèrement en train de s'étouffer. Les nombreuses mélodies utilisées demeurent dans le ton, empruntant à une multitude de films et d'émissions de télévision. Bien que la piste sonore anglophone en Dolby Digital 5.1 ne soit pas très diversifiée (il n'y a que de la musique et des voix qui s'échappent des enceintes), les dialogues sont irréprochables, et il y a toujours de très visibles sous-titres blancs en anglais et en français en cas de besoin.
La pochette jaune, noire et grise ne fait pas dans la subtilité. Il y a le réalisateur qui regarde un homme qui s'en met plein ses poches. Le menu principal du DVD expose sur une symphonie légère quelques plans troublants d'immeubles abandonnés. Des contrastes qui fonctionnent toujours bien. Les suppléments nombreux et instructifs continuent d'explorer les thèmes abordés. Il sera donc question d'une analyse plus poussée du capitalisme, d'entrevues plus complètes avec des sommités, du cas spécial de la ville de Flint (en compagnie d'un ami du cinéaste), d'échanges avec un prêtre, du discours enflammé de Jimmy Carter en 1979, des liens entre la nourriture et l'économie, d'une banque socialiste, d'un homme qui prend soin de ses semblables, de bandes-annonces et d'un générique spécial. Les informations sur ces bonus, qui s'étirent sur environ 90 minutes, se recoupent parfois, et l'absence d'une piste de commentaires se fait remarquer, sauf que le tout complète admirablement le visionnement.
"Capitalism: A Love Story" n'est peut-être pas le meilleur documentaire de Michael Moore, mais il est certainement un de ses plus humains. L'homme aiguise son style, s'avérant à la fois mordant et touchant, montrant comment tout va mal tout en se gardant un peu d'espoir à la toute fin. Il faut bien entendu accepter l'homme pour ce qu'il est... et si c'est le cas, il est possible de passer un très bon moment avec ce défenseur du monde libre, moderne et plus égal.
| Film | 7 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |