Grosse déception que ce documentaire de Jonathan Berman. Avec un sujet intéressant comme la création en 1968 et la vie dans la légendaire commune hippy de Black Bear Ranch en Californie, on s'attendait à quelque chose d'historiquement et de socialement plus pertinent. Peut-être est-ce l'angle plus anecdotique qu'anthropologique favorisé par le réalisateur qui laisse le spectateur un peu sur sa faim, mais toujours est-il qu'après une heure trente de visionnement, on se sent lésé dans notre découverte de ce mode de vie communal typique à cette époque.
Premièrement, il faut dire que la construction et le montage du documentaire sont un peu erratiques et manquent définitivement de direction, ce qui n'aide pas à l'édification d'un document clair. Deuxièmement, en basant son documentaire sur des bribes d'informations et sur des entrevues, intéressantes certes, mais décousues, Berman a fait fausse route et nous laisse perplexe. On aurait de loin préféré une structure plus historique, malgré sa banalité, à cette toile de personnages éclatés et nostalgiques.
"Commune" raconte donc l'histoire d'une des communes les plus connues de Californie (toujours active aujourd'hui, même si les membres fondateurs ont depuis longtemps quitté le nid), celle de Black Bear Ranch fondée par un groupe de hippy ayant acheté le terrain d'une ancienne mine grâce à de l'argent quêté auprès de leurs idoles musicales de l'époque comme Frank Zappa, The Monkees, The Doors et autres groupes rock. On apprend que le trio original ayant très vite perdu le contrôle et que leur moto "free land for free people" ("terre libre pour gens libres") ayant été pris au sérieux par toute sorte de gens de la région venant s'installer peu à peu sur le ranch, la commune rêvée devient vite une espèce de lieu anarchique où différentes personnes ayant des vues divergentes sur la façon de faire les choses on se retrouve avec des petits clans plutôt qu'avec un seul groupe homogène. Peu à peu l'équilibre s'installe et la vie commence à s'organiser avec ses hauts et ses bas, ses disputes et ses joies. On cultive, on construit, on élève, on apprend tout sur le tas. L'amour libre étant aussi le mot d'ordre de l'époque, les communards expérimentent les plaisirs du sexe sans appartenance à un couple, avec les conséquences qui viennent avec...
On y apprend aussi que le rêve tend à s'effriter un peu avec l'arrivée des premiers enfants et la vision différente des membres de la commune sur l'éducation et le respect (ou non) des horaires de vies normaux imposés par les petits. L'absence d'école à proximité semble aussi avoir été un facteur majeur dans la décision de membres originaux de quitter la commune. Parmi les entrevues les plus intéressantes, on retrouve quelques-uns de ces enfants et affirmer qu'ils sont tous épanouis et heureux de cette expérience serait possiblement exagérer la chose...
Pour soutenir cette histoire, on retrouve des entrevues des membres originaux (dont l'acteur américain Peter Coyote) et de leurs enfants, de membres actuels de la commune, de voisins et autres personnes ayant côtoyé ce milieu. On a aussi la chance d'avoir des documents vidéo de l'époque (en mauvais état) et passablement de photos.
Donc en résumé, on a ici affaire à un film moyennement intéressant même si le sujet en est passionnant. Le film historique définitif sur le mouvement des communes reste donc à faire...
Au niveau de la qualité vidéo, les entrevues actuelles sont en assez bon état, même si la direction photo est parfois crue. Un bon rendu des couleurs et une netteté des détails en font un charme à regarder. Par contre, les documents vidéo de l'époque sont de bien piètre qualité et on comprend qu'on les ait utilisés pour leur valeur historique et parce que le film avait bien besoin d'un petit plus visuel. Quant au son, il est de qualité acceptable. Les entrevues récentes sont parfois un peu boiteuses dans leur qualité, mais c'est souvent dû à la nécessité d'improviser dans un milieu non contrôlé. Sinon, l'échelle des fréquences est bien reproduite, les voix sont riches et pleines et les quelques moments d'émotion percent bien la toile sonore.
Pour les suppléments, on a ajouté quelques séquences de vidéo d'époque (inutiles), des biographies des producteurs et réalisateur, une galerie de photos et l'intégralité de l'entrevue avec Peter Coyote (parce que c'est une vedette et non pas parce que ce soit le protagoniste le plus intéressant!). On a aussi quelques options CD-ROM intéressantes comme la totalité du dossier que le FBI tenait sur la commune et des liens internet à différents sites reliés aux membres ou à l'histoire de cet endroit fabuleux.
| Film | 6 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |