The Corporation
Mongrel Media

Réalisateur: Jennifer Abbott, Mark Achbar
Année: 2003
Classification: PG
Durée: 145 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD20, DVS)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 24
Nombre de disques: 2 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Alexandre Martin
26 juin 2005

Profitant de la popularité croissante des films documentaires activistes, un groupe de cinéastes canadiens a décidé de mettre en film le livre de Joel Bakan traitant sur la nature de l'entité commerciale que sont les corporations. Ainsi, dans la foulée des films comme The Yes Men, Manufacturing Consent, The Big One et Roger and Me, "The Corporation" nous démontre les méfaits des nouvelles tendances de mondialisation de nos sociétés.

Le but principal du film est de jeter la lumière sur le système capitaliste actuel, et de démontrer comment les corporations sont passées d'une excellente idée pratique à une perversion du système légal. En effet, puisque les corporations sont régies par les mêmes lois qu'une personne (elles sont des "personnes morales"), elles bénéficient de tout plein d'avantages. Cette façon de faire permet aux dirigeants de la compagnie de complètement se déresponsabiliser moralement et légalement face aux actions de la corporation. Il en est de même pour les propriétaires, des actionnaires anonymes qui n'ont pas de contrôle ou de droit de regard sur les détails des agissements corporatifs (notons que, tout récemment, on a pu voir certains groupes d'actionnaires s'insurger contre des pratiques douteuses de grosses corporations, notamment WalMart, ce qui laisse croire qu'il y a de l'espoir...). À partir de cette observation, les cinéastes ont eu la brillante idée de vouloir savoir quels traits de personnalité aurait une corporation, lorsqu'auscultée par un professionnel de la santé mentale. Le résultat est frappant: il s'agit tout simplement d'un psychopathe...

Le film est plutôt présenté sous la forme d'un reportage, avec de multiples interviews et une narration explicative. On y retrouve toutes sortes d'histoires plus incroyables les une que les autres. Par exemple, on y voit le président de Shell dire qu'il se sent concerné par l'environnement, alors qu'au même moment des militants environnementalistes sont exécutés dans les pays où sa compagnie fait de l'extraction de masse. On nous présente aussi une employée d'une firme de marketing qui, en toute moralité, nous explique qu'elle fait des études pour améliorer l'efficacité des enfants à "achaler" leurs parents pour des produits de consommation. Le président de Goodyear y va aussi d'une belle intervention, en nous disant en toute sincérité qu'il trouve effroyable de mettre des employés à la porte (20 000 personnes en 10 ans...). On nous explique aussi de récents fiascos corporatifs, comme celui de la compagnie Bectel qui, en droit d'un contrat de fourniture d'eau potable, rend illégale la collecte de l'eau de pluie. L'effet est sans précédent, avec un soulèvement populaire hors du commun... Ce genre de pratique est d'ailleurs entériné par de grandes instances économiques; par exemple, chez nos voisins de la Colombie-Britannique, le prestigieux Institut Fraser prône la privatisation de tout ce qui existe (l'eau, l'air, le sol, tout!). D'autres segments sont complètement irréels; ainsi, on voit deux étudiants proférer leur foi dans le système corporatif, avec pour simple raisonnement que, dans le futur, celles-ci seront toujours là, et que si on ne croit pas en elles, alors, c'est une mauvaise chose...

Le documentaire nous donne quand même espoir sur ce qu'il est possible de faire pour contrer ce genre de tendance. Un segment est dédié au directeur du National Labor Comittee, Charles Kernaghan. C'est lui qui a mis en lumière l'exploitation des enfants dans les pays pauvres lorsqu'il a obtenu la preuve que les vêtements faits pour Walmart, sous la bannière de Kathy Lee Gifford et dont les profits sont théoriquement remis à une oeuvre caritative pour enfants, étaient produits par de jeunes filles de 12 ans sous-payées, dans des conditions horribles. On nous raconte aussi les détails du fameux procès des journalistes de Fox qui ont été licenciés après avoir découvert que Monsanto avait menti sur les hormones de production laitière (BGH). On se rappellera que les journalistes avaient finalement perdu leur procès puisqu'il avait été décidé qu'il n'était pas illégal de mentir lors d'un reportage à la télévision. Des activistes célèbres comme Noam Chomsky, Naomi Klein et Michael Moore viennent aussi ponctuer le débat de leurs observations et commentaires.

Le transfert de ce film est impeccable. Bien sûr, les images d'époque comportent leur degré de dégradation, mais le film n'en est pas moins homogène. La compression non plus ne cause aucun problème, ce qui était prévisible du fait que les images sont plutôt statiques. Du côté de la piste audio, c'est le même constat; on ne note rien de dérangeant. Tous les interviews et commentaires sont clairs et nets, et la musique est subtilement mixée, sans empiétement. L'ambiophonie est pratiquement absente, de même que l'utilisation du haut-parleur d'extrême-grave. Bref, tout ce qu'il y a de plus classique comme traitement technique pour un film documentaire.

Cette édition deux disques est bourrée de suppléments. Tout d'abord, sur le premier DVD (le même que celui de l'édition d'un seul disque), on retrouve un montage de questions réponses des réalisateurs (Michael Achbar et Jennifer Abbott) et de l'écrivain dont le livre a inspiré le film (Joel Bakan). Les interviews utilisées pour répondre aux questions sont issues de diverses tables rondes de festivals ou de présences à la télévision. On nous présente ensuite des scènes qui n'ont pas été utilisées pour cette version du film, mais qui l'étaient, si ma mémoire est bonne, pour la version télévisée du documentaire. Pour cette dernière raison, ces scènes sont particulièrement intéressantes. On retrouve ensuite l'interview radiophonique complète qu'a donnée Joel Bakan à l'émission "Majority Report" de Janeane Garofalo sur les ondes d'Air America (l'interview est filmé en studio). Ce segment, ne serait-ce que par sa spécificité, est extrêmement intéressant. Le segment suivant est nettement moins pertinent; on y voit Katherine Dodds, la responsable du Marketing du film, nous expliquer les techniques qu'elle a employées pour promouvoir le documentaire. Deux pistes de commentaires sont aussi incluses sur ce disque: l'une est donnée par les réalisateurs et l'autre par l'écrivain. Les deux pistes sont très intéressantes, évidemment, et agrémentent l'écoute du film. La section de supplément de ce disque est complétée par la bande-annonce de "The Corporation" et celle du film de Noam Chomsky Manufacturing Consent.

Le deuxième disque comprend les interviews complets de toutes les personnes interviewées pour le film. Ce qui est intéressant est qu'on peut aussi choisir de les écouter en fonction du sujet qu'ils abordent. En tout, le disque comprend près de 195 minutes de matériel. Le disque comprend aussi une section DVD-ROM qui permet d'en savoir plus sur les intervenants du film, en identifiant les sites Web où l'on peut en apprendre davantage sur eux. Un magasin en ligne et un guide de ressource sont aussi disponibles. Les menus des DVD sont superbement réalisés, avec de belles et efficaces animations sous le même thème que le film. L'aspect présentation du DVD est tout à fait réussi.

Mongrel Media nous présente ici un excellent DVD pour un excellent film. La présentation soignée du DVD ne fait qu'accroître les chances qu'on prenne ce film au sérieux, et qu'ainsi, plus de gens le voient.


Cotes

Film10
Présentation10
Suppléments10
Vidéo8
Audio8