À chaque année, les semaines s'amenuisent entre les sorties d'une œuvre en salles et en format DVD. Un des exemples les plus révélateurs touche le documentaire québécois de Catherine Hébert "De l'autre côté du pays". L'essai prenait l'affiche dans la Belle Province le 17 janvier 2008... et il était disponible dans les magasins et les clubs vidéo dès le 5 février! Lorsqu'il n'y a même pas un mois entre ces deux procédés, il y a généralement un problème. Contre toute attente, ce n'est pas le cas de ce document qui s'écoute et se regarde avec un intérêt presque constant.
En 2004, la réalisatrice Catherine Hébert s'était déjà intéressée à l'Ouganda par l'entremise du joli "Des mangues pour Charlotte". Elle récidive quelques années plus tard en retournant dans ce pays d'Afrique pour reprendre à nouveau son pouls. Le constat y est désolant. Plusieurs habitants qui résident au nord du Nil sont suivis dans leurs occupations et le moral est loin d'être excellent. Des âmes regrettent les horreurs perpétrées par des rebelles et d'autres n'arrivent pas à comprendre pourquoi le gouvernement en place ne fait rien pour changer la donne. Des femmes pleurent leurs enfants disparus et des adolescents orphelins doivent marcher de très longues distances pour travailler et être en sécurité. Tous ont peur de finir kidnappés et torturés, des craintes qui transforment les journées ensoleillées en présages nocturnes.
Par son titre, "De l'autre côté du pays" donne la parole à une population souvent ignorée, celle qui souffre et dont les hécatombes ne se comptent pas nécessairement en nombre de morts. En reprenant l'idée du long-métrage choral, la cinéaste a filmé en douce dans ce pays ravagé et dangereux au péril même de sa vie. Cela donne un documentaire choc qui renseigne beaucoup sur une région qui ne fait pas toujours les manchettes pour les bonnes raisons. Dès le départ, Hébert campe la situation historique et politique, se tenant bien de rester le plus objectif possible. Par la suite, les visages défilent et le montage revient - grâce à une succession de gros plans - à ces héros et à ces héroïnes qui tentent de survivre. Il n'y a pas de sensationnalisme ou d'émotions gratuites qui sont à l'honneur. Mais plutôt une charge sobre qui s'intéresse à l'individu, plongeant au sein de ses démons pour ressortir avec un minimum d'espoir.
Puisque tout est filmé clandestinement, la qualité des images ne peut que varier. C'est normal et ce n'est pas plus grave. Habituellement, les paysages y sont magnifiques et le niveau des détails est plus qu'intéressant. Sans être parfait, la profondeur des contrastes demeure louable et il y a un travail colossal apporté aux atmosphères, dont ces plans où le clair-obscur s'affronte sans réellement faire de gagnant. Les couleurs sont généralement saturées, donnant une dimension presque fantomatique aux différents intervenants. Le jeu sur le son y est tout aussi subtil. Le montage sonore dérègle parfois la musique et les paroles pour montrer l'élévation de l'esprit hors du corps. Il est toutefois dommage que le tout soit en Dolby Digital 2.0 et que les enceintes situées sur les côtés ne soient presque jamais exploitées. Si les voix s'entendent sans problème, les dialectes laissent à désirer, dont cet anglais chancelant et chevrotant. Il ne faudra donc pas hésiter à insérer d'attrayants sous-titres blancs en français et ce, même si ces derniers auraient pu être plus gros.
La pochette joue sur les contrastes, confrontant le noir de la peau à l'orange perpétuel qui semble baigner plusieurs existences. Splendide. Tout le contraire du menu principal du DVD qui reprend simplement la même photographie sans y apporter de changements. Le moindre mouvement ou une petite mélodie aurait pu apporter un peu de nouveauté. Hormis une honnête bande-annonce, il n'y a aucun supplément de disponible. Une déception, surtout face à la complexité du sujet et aux anecdotes que la réalisatrice aurait pu raconter.
"De l'autre côté du pays" pourrait paraître trop lourd. Avec un tel sujet, comment peut-il en être autrement? Entre les témoignages et les exemples déchirants, l'estomac se noue assez rapidement. Sauf que ce n'est pas l'objectif premier de Catherine Hébert. C'est plutôt de filmer une réalité trop souvent inconnue et ignorée, et de donner des munitions à ceux et celles qui aimeraient bien changer la situation. Un documentaire important, qui aurait dû rester plus longtemps dans les salles de cinéma.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |