Expédition plus grande que nature aux confins de la Terre et de l'être humain, "Le dernier continent" cherche à allier prises de conscience écologique et cinéma. Un retour aux sources salvateur qui arrive à se libérer des glaces de ses quelques défauts.
Jean Lemire est un biologiste qui s'est tourné vers la réalisation pour ouvrir les yeux au public et aux instances gouvernementales sur les effets liés au réchauffement de la planète. Malgré ses cinq documentaires sur sa Mission Arctique et son joli La planète blanche, le message passe difficilement. Pourquoi ne pas pondre un nouveau long-métrage, des émissions qui seront diffusées à la télévision et un livre?
Surtout que sa prémisse est tout simplement fascinante. Lemire et son équipe (un médecin, un mécanicien, une cuisinière, etc.) quittent tout pour séjourner en Antarctique. Au total, 430 jours à braver le froid et des conditions qui changent souvent rapidement, dont neuf mois sur un bateau emprisonné dans des glaces. Cette expérience est bien entendu scientifique. Il faut mesurer le poids du réchauffement climatique sur les espèces et l'équilibre naturel. Elle devient rapidement humaine et intérieure au sein de ces hommes et de ces femmes qui se retrouvent loin de toute attache, devant se côtoyer pendant de longues semaines.
Sur différents aspects, "Le dernier continent" est une œuvre implacable. Le récit, qui aurait pu être endormant au possible, tient plutôt en haleine et le suspense explose tel un film catastrophe lorsque le bateau risque à tout moment de chavirer. Il est également difficile de rechigner sur la cause et ses impacts. En montrant les glaciers fondre et les animaux souffrir de ces fronts chauds, la réalité ressort encore une fois au grand jour, et ce, même si de nombreuses autres productions ont déjà arpenté un chemin similaire.
La démonstration n'est toutefois pas sans faute. Même si de nombreux éléments plus techniques ont été coupés (ils apparaîtront plutôt dans les documentaires destinés pour la télévision), le cours didactique n'est jamais trop loin. Il apparaît surtout dans cette narration un peu superflue et appuyée. L'attachement envers les individus n'est également pas immédiat. Rapidement, quelques personnes seront remplacées par de nouvelles têtes et c'est uniquement à la fin que leur nom apparaîtra. Les avoir mentionnés plus tôt n'aurait sans doute pas nuit.
Étrangement, les qualités se transforment en défauts et vice-versa. La trame sonore luxueuse et orchestrale de Simon Leclerc, sans doute magnifique dans des écouteurs, est omniprésente et elle tend à voler la vedette aux magnifiques images. La musique joue sur l'émotion facile, la noyant presque au passage. La pièce de Patrick Watson qui clôt le tout est toutefois d'une efficacité à toute épreuve. Les différentes pistes audio francophones sont particulièrement soignées, surtout celle en Dolby Digital 5.1. Fréquemment, les enceintes sont envahies par des bruits de vagues, d'eau et de cris d'animaux. Les voix y demeurent pourtant très claires et compréhensibles. En revanche, il n'y a pas de sous-titre. Il faut donc bien saisir la langue de Molière pour ne manquer aucune information.
Les paysages sont tellement éclatants qu'ils laissent sans souffle. Ils sont fascinants, déroutants, éblouissants. Tournées sur plus d'une année, autant de jour, de nuit que dans la neige, la qualité des images ne peut que varier selon les éclairages. Généralement, il n'y a aucun problème à signaler. Les effets lumineux donnent beaucoup de profondeur aux textures, alors que le niveau des détails capte le regard. Tout pour faire oublier ce grain qui peut s'immiscer à quelques endroits et ces contrastes un peu trop ténébreux.
La pochette est assez révélatrice. Elle montre un bateau prisonnier des glaces, avec cette eau si bleue et cette blancheur immaculée. Le menu principal du DVD reprend presque la même pose, en la demeurant toutefois immobile. L'air instrumental qui y joue donne pourtant des frissons. Afin de poursuivre le périple le plus loin possible, de nombreux suppléments sont de la partie. Le plus divertissant est sans aucun doute cette piste de commentaires où Jean Lemire et son collègue et ami Mariano Lopez se remémorent le voyage, parlant des plans retenus, élaborant plus en détail sur les objectifs d'une telle mission. Beaucoup d'humour et d'émerveillement sont au rendez-vous chez ces complices qui n'ont qu'un seul désir : retourner en bateau. Entre une bande-annonce et une galerie statique de belles photos, il reste plusieurs reportages séparés en deux sections. La première, plus animée et rythmée, traite du compositeur Simon Leclerc, des méchants phoques léopard, des gentils manchots royaux, des îles malouines et de la scène d'ouverture. Voici 25 minutes d'éléments intéressants. Le dernier segment s'intéresse à quelques étapes marquantes (le départ, des albatros hurleurs, une fonte de glaciers, un solstice d'été, etc.), gardant la voix et la narration au strict minimum, laissant plutôt parler ces paysages et ces animaux. Heureuse idée.
Attendu pour ses vertus écologiques, "Le dernier continent" apporte à peine plus de nouveaux éléments que l'inférieur Arctic Tale et compagnie. C'est toutefois sur le plan humain que le documentaire étonne. Progressivement, il dresse des parallèles entre les espèces animales (ces phoques trop mignons) et ces hommes et ces femmes seuls dans leur solitude, qui ont décidé de fuir quelque chose ou quelqu'un et qui se remémorent ce jeune enfant ou ce père malade. L'émotion culmine dans la dernière partie, jusqu'à ce générique qui arrive finalement trop tôt. Malgré les thématiques brûlantes d'actualité, les prises de vue étonnantes et les épreuves passées, peut-être que le sujet véritablement inédit aurait été le retour à la normalité et ses multiples répercussions après plus de 400 jours d'isolement...
| Film | 6 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |